Predictions of fire

Le SAMEDI 21 MAI aura lieu l'évènement de notre saison: NSK Rendez-vous Grenoble
(Voir le dossier téléchargeable ci-dessous ainsi que le site dédié à cet évènement :NSK Rendez-Vous Grenoble : Predictions of fire)
Le Mark XIII (8, rue Lakanal, Grenoble)
Jeudi 19 mai - 18h : Vernissage de l'exposition : Kamarade.A en présence de l'artiste
Vendredi 20 mai de 21 à 2h: We come in peace - Soirée mix/projection NSK
Samedi 21 mai - 16h à 18h: Les Goûters du NKS - Rencontre artistique et citoyenne du NSK State

Samedi 21 mai 2016 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
Predictions of Fire / Orerokbe ognja

Michael Benson (Slovénie/Etats-Unis - 1996)

La projection sera suivie d'une table ronde avec les invités
Considéré comme la dernière avant-garde du XXe siècle, le Neue Slowenische Kunst, collectif slovène d’Art Total démasque, mime et interroge les liens entre art, identité et idéologie en récapitulant les traumatismes du passé. « Predictions of fire est de la dynamite intellectuelle qui explose les icônes et les mythes du communisme et du capitalisme. Au delà de l’histoire tumultueuse de la Slovénie, ce film instaure une nouvelle façon de regarder l’art, la politique et la religion. »
Communiqué du jury du Festival International du Film de Vancouver
"Ce film, au titre plus qu’approprié, fait preuve d’une sensibilité postmoderne, quasi godardienne, pour montrer comment la politique envahit chaque facette de la création artistique et comment l’idéologie totale est essentielle à la compréhension de la structure et de la signification des images. [...] Par sa richesse visuelle, Predictions of Fire est un documentaire au regard acéré sur les implications que peuvent avoir l’utilisation (et l’abus) de l’artau profit de la propagande politique ; un sujet qui va bien au-delà des frontières de la Slovénie ou de l’Europe de l’Est."
Emanuel Levy, Variety, 26 février 1996.

À l’heure de l’effondrement du bloc soviétique, de la création de l’Union Européenne et de l’éclatement de la Yougoslavie, le collectif Neue Slowenische Kunst devient le NSK State in Time, une performance artistique transcendée en état transnational utopique et virtuel au-delà de toute frontière terrestre.

Michael Benson, cinéaste et écrivain américain, a vécu 14 ans en Slovénie lorsque celle-ci faisait encore partie de la Yougoslavie et où la scène artistique alternative bouillonnait de modernité. Il revient sur l’histoire du NSK, mouvement de «rétrogarde», à travers le prisme de l’histoire du peuple slovène, de la Yougoslavie et de l’Europe dans tous ses bouleversements artistiques, géographiques et politiques au XXe siècle. Un confluent culturel non aligné entre Est et Ouest, un terreau fertile, où les guerres et les différents régimes totalitaires qui s’y sont succédé ont laissé des marques sur la jeunesse post-titiste.
 
Le film sera suivi par l'intervention de Valnoir, designer graphique, qui nous parlera du concert historique de Laibach à Pyongyang, Corée du Nord, en août 2015 ainsi qu'un débat avec Tatiana Dumas Rodica, consule de Slovénie et Roman Uranjek, IRWIN , collectif plasticien et co-fondateur du NSK.
 

 Notre prochain rendez-vous: Mercredi 25 mai prochain
Fin du Cycle " Noirs du Monde " avec
Le Doulos (Jean-Pierre Melville (France - 1962)

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Parlons femmes

Mercredi 1er juin 2016 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
Cycle " Rions ensemble " (1/3)
Partenariat avec l'association " Dolce Cinema "
Parlons femmes
Se permettete parliamo di donne
Ettore Scola (Italie - 1964)

Parlons femme, réalisé en 1964, est le premier long métrage d’Ettore Scola, qui avait jusque-là signé des scénarios, notamment pour Dino Risi. La mode était alors celle du film à sketches. De nombreux cinéastes italiens avaient œuvré dans ce genre, et pas des moindres, puisque Fellini, Visconti, De Sica et Monicelli s’étaient associés deux ans plus tôt pour Boccace 70. Mais Scola est ici seul aux commandes. Il dirige Vittorio Gassman, qui était, avec Mastroianni, la plus grande star du cinéma italien des années 60 et 70. Gassman avait connu un immense succès en 1963 dans un autre film à sketches, Les monstres de Dino Risi, emblématique de la comédie italienne. Genre et courant dont se revendique ouvertement Parlons femmes. Scola devra toutefois attendre la décennie suivante avant de connaître le succès et la notoriété internationale, avec des films comme Drame de la jalousie (1970), Nous nous sommes tant aimés (1974), Affreux, sales et méchants (1976) et Une journée particulière (1977). Notons que la distribution de Parlons femmes comporte une belle brochette d’actrices de l’époque dont les sublimes Sylva Koscina (Les travaux d’Hercule), Eleonora Rossi Drago (Femmes entre elles), Antonella Lualdi (Le Rouge et le noir), Giovanna Ralli (Les évadés de la nuit) et Jeanne Valérie (Les Liaisons dangereuses, 1960). [avoir-alire.com].

On l’a dit les styles et les genres se mélangent dans Parlons Femmes. C’est le premier film de Scola et il développe à peine en images le ton acerbe qui deviendra le sien et sera si perceptible dans Affreux, sales et méchants (1976) par exemple. Si le spectre d’un certain néo-réalisme plane sur l’ambiance de comédie italienne, c’est pourtant aussi à la Nouvelle Vague française que l’on pense souvent. Proximité de certains sujets, rapport à la ville et aux extérieurs, repositionnement des femmes… Après tout, le terme même de « nouvelle vague » ne fut pas à l’origine forgé pour le cinéma, mais pour la sociologie dans une enquête sur les phénomènes de génération par Françoise Giroud en 1957. Preuve s’il en est que le si le mouvement naît en France, il est sans doute aussi l’affaire d’une génération de cinéastes autant que de frontières géographiques. On repense aux premiers Chabrol, au Godard de Vivre sa vie (1962) ou de Bande à part qui sort la même année. Et on constate une volonté similaire de redessiner des rapports humains plus conformes à la société contemporaine avec des formes cinématographiques de son temps. Chez l’Italien, les personnages sont des types, mais d’une humanité certaine et leur ascendance est nettement moins littéraire que chez le voisin français. Mickaël Pierson [iletaitunefoislecinema.com]

Notre prochain rendez-vous: Mercredi 8 juin
Suite du Cycle " Rions ensemble " avec
Le ciel peut attendre / Heaven can wait (Ernst Lubitsch (Etats-Unis - 1946)

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Le Ciel peut attendre

Mercredi 8 juin 2016 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
Cycle " Rions ensemble " (2/3)

Le ciel peut attendre / Heaven can wait
Ernst Lubitsch (Etats-Unis - 1946)

Lubitsch : l’homme du cinéma pur (Alfred Hitchcock). Un prince (François Truffaut). Un géant (Orson Welles).

Lubitsch sur son film
Je considère Le ciel peut attendre comme une de mes œuvres majeures, car j’ai tenté alors de rompre, à divers égards, avec la formule traditionnelle suivant laquelle sont faits les films. Avant de mener à bien celui-ci, j’ai rencontré une certaine résistance, parce qu’il ne délivrait aucun message et ne visait aucun objectif en particulier. Le héros en était un homme qui ne s’intéréssait à rien d’autre qu’à avoir une bonne vie, sans avoir l’ambition d’accomplir quoi que ce soit, ou de réaliser quoi que ce soit de grand. Le studio m’aynt demandé pourquoi je voulais faire un film aussi dépourvu de relief, j’ai répondu que j’espérais faire connaître aux spectateurs d’un film un certain nombre de personnages, et que si le public les appréciait, cela suffirait pour faire le succès du film. Fort heureusement, il s’est trouvé que j’ai eu raison. De plus, j’ai montré un mariage heureux sous un jour plus authentique que cela se fait habituellement à l’écran, où cette sorte de mariage est trop souvent décrite comme une relation pantouflarde, ennuyeuse et sans éclat.
Herman G. Weinberg, Ernst Lubitsch, The Lubitsch Touch, Ramsay Cinéma, 1994, p. 183.

François Truffaut sur Lubitsch
« Donc pas de Lubitsch sans public mais, attention, le public n’est pas en plus de la création, il est avec, il fait partie du film. Dans la bande sonore d’un film de Lubitsch, il y a le dialogue, les bruits, la musique et il y a nos rires, c’est essentiel, sinon il n’y aurait pas de film. Les prodigieuses ellipses de scénario ne fonctionnent que parce que nos rires établissent le pont d’une scène à l’autre. Dans le gruyère Lubitsch chaque trou est génial. […]

Si vous me dites : « Je viens de voir un Lubitsch dans lequel il y avait un plan inutile », je vous traite de menteur. Ce cinéma-là, c’est le contraire du vague, de l’imprécis, de l’informulé, de l’incommunicable, il ne comporte aucun plan décoratif, rien qui soit là « pour faire bien » : non, du début à la fin, on est dans l’essentiel jusqu’au cou.[…]
Sur le papier, un scénario de Lubitsch n’existe pas, il n’a aucun sens non plus après la projection, tout se passe pendant qu’on le regarde.
François Truffaut, Les films de ma vie, Flammarion, 1975, p. 73.

La présentation du film par J.P. Coursodon et B. Tavernier
Un homme et une femme sont en train de valser au son de La Veuve joyeuse, à l’écart de leurs invités. Ils fêtent leurs noces d’argent et revivent quelques moments heureux du passé. L’homme a mené une vie de plaisir, trompant plusieurs fois sa femme, mais ce soir, une amitié amoureuse et attendrie les rapproche comme s’ils découvraient un sentiment nouveau. La femme, plus mûre, regarde son mari avec sérénité et semble vouloir lui cacher un secret pour ne pas l’effrayer. La caméra recule dans un long travelling à la grue et le commentaire nous apprend que, six mois plus tard, la femme va mourir. Vers la fin du film, un mouvement inverse accompagnera, toujours au son de la même valse, la mort du héros, qui nous sera aussi cachée. Ces deux séquences clés se trouvent dans la deuxième partie de Heaven Can Wait, œuvre miraculeuse qui tient de la confession et du testament. Comme son héros, Lubitsch récapitule sa carrière, fait revivre ses souvenirs. Toute sa vie, il a exalté, de manière plaisamment amorale, le plaisir, tourné en ridicule les institutions sociales, les interdits. Et il regarde son héros, cet homme qui ne veut pas vieiliir, qui lutte avec des efforts ridicules, touchants et tragiques, pour goûter un peu de joie, sans s’apercevoir de la gravité que peut contenir un instant de bonheur, de la fragilité d’un souvenir. Et Lubitsch ne peut s’empêcher d’admirer cet homme, de lui donner raison au moyen d’une pirouette dramatique qui n’est peut-être que le visage de la pudeur : Dn Ameche préfère suivre une jolie fille au purgatoire plutôt que d’aller au ciel. Film somme, Heaven Can Wait est à Lubitsch ce que Le Carrosse d’or est à Jean Renoir, une réflexion d’un artiste sur son œuvre et un aboutissement de cette œuvre. Oscillant avec une délicatesse rare, à l’intérieur d’une même scène, entre l’émotion pudique, la satire farceuse et la chronique souriante d’une justesse qui sera inégalée, cettte œuvre en dit plus long sur les rapports entre un homme et une femme que tous les pensums d’Antonioni dont se gargarisent nos intellectuels. Cette valse nostalgique venait juste après To Be or Not to Be, percutante satire du nazisme, d’une lucidité et d’une audace inouïes pour l’époque, qui firent crier au scandale les conformistes de toutes tendances (le même accident est arrivé à son disciple Billy Wilder, avec les admirables Kiss Me Stupid et One Two Three) qui se complaisent, eux, dans la propagande larmoyante.[…]
[J.P. Coursodon, B. Tavervier, 50 ans de Cinéma américain, Omnibus-Nathan, 1995, p. 655]

Gene Tierney sur le travail avec Lubitsch
" Lubitsch était un petit bonhomme aux cheveux noirs et raides, coiffés sur le côté, avec un cigare dans le coin de la bouche. Il avait été l'un des grands du cinéma européen et avait fait tourner Greta Garbo dans le classique Ninotchka. On voyait en lui le maître absolu de la comédie raffinée et sophistiquée. Mais sur le plateau, c'était un tyran, le plus exigeant des réalisateurs. À la fin d'une scène - poursuit-elle, que nous avions travaillée de midi à cinq heures pour obtenir le résultat désiré, j'étais au bord des larmes à force d'avoir entendu Lubitsch me crier après. Le lendemain, je suis allé le trouver, je l'ai regardé droit dans les yeux et j'ai dit : - Mr. Lubitsch, je suis bien décidée à faire de mon mieux, mais il me sera vraiment impossible de rester sur ce tournage si vous continuez à me crier après. - On me paye pour ça, aboya-t-il. - Exact, dis-je, mais moi, on ne me paye pas assez pour en entendre autant! Après un silence tendu, Lubitsch éclata de rire. Depuis lors, nous nous sommes entendus comme larrons en foire."

Le cinéma de Lubitsch
Lubitsch, juif allemand né à Berlin, exilé à Hollywood au début des années 20, acteur puis réalisateur, muet et parlant, avait emmené dans ses valises un savoir faire et des bonnes manières. La fameuse « touch » justement. Et c'est quoi alors ? Un sens du rythme et de l'ellipse qui donne à chacun de ses films des allures de formule 1 qui refuserait de s'arrêter au stand. Pas de temps mort chez Lubitsch. Ses breuvages se boivent cul-sec. Le ciel peut attendre, nous dit d'ailleurs l'un de ses plus fameux cocktails. Il y a le raffinement, on l'a dit. Les personnages bien mis sont les vecteurs de satires sociales souvent cruelles. Pour la tendresse, on repassera. « La délicatesse c'est une peau de banane sous les pieds de la vérité ! » entend-t-on dans Sérénade à trois. Lubitsch avait du goût, au point de prendre un certain Billy Wilder - le futur réalisateur de Certains l'aiment chaud ou Sunset Boulevard - comme co-scénariste. Les dialogues comme les situations offrent des gags volontiers burlesques qui éclatent comme des bulles de champagne. Pas de tartes à la crème. De la tenue que diable ! Les ouvrages de Lubitsch sont des chef-d'oeuvres d'horlogerie que les exégètes comme les amateurs s'amusent à démonter pour comprendre comment c'est fait. Voilà pourquoi il reste encore aujourd'hui la référence absolue en matière de comédie. To be Lubitsch or not Lubitsch, that's the question. C'est (juste) une question de feeling et surtout d'une (grosse) dose de génie (avec ou sans cigare !).

Thomas Baurez [L’Expess, 25 août 2010]

Notre prochain rendez-vous: Mercredi 15 juin prochain
Suite du Cycle " Rions ensemble " (3/3) avec
Back Soon / Skapp ute (Solveig Anspach (Islande / France - 1995)

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Ghost in the Shell

Mercredi 22 juin 2016 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
En partenariat avec " Les Rêv'Ailleurs "
Ghost in the Shell / Kôkaku Kikôtai
Mamoru Oshii (Japon - 1995)

Véritable date dans l'histoire du cinéma d'animation (voire dans l'histoire du cinéma tout court), le premier Ghost in the shell mis en scène par Mamoru Oshii (Patlabor, Avalon, Innocence) et inspiré du manga de Masamune Shirow (Appleseed, Dominion Tank Police) demeure une décennie plus tard un incontournable de la science-fiction contemporaine. Si la richesse de l'œuvre n'est sans doute plus à démontrer, son essence ne cesse de fasciner, car ce qui nous est présenté n'est ni plus ni moins que la fin de l'humanité et la naissance de sa succession. Dans Ghost in the shell, nous assistons à une nouvelle Genèse : corps, âme, reproduction, philosophie, émotions, les « remplaçants » des hommes naissent devant nos yeux. Derrière un scénario très complexe de politique-fiction, Ghost in the shell cache une œuvre philosophique dont les enjeux donnent le tournis et dont la modernité semble se révéler davantage avec le temps qui passe.
Grâce à une technique irréprochable et un sens troublant de la mise en scène, le film côtoie fréquemment le sublime. En particulier lors de certains enchaînements de séquences, lorsque l'action reste en suspens, le plus souvent figée sur le regard vide et bouleversant de Motoko Kusagani (la cyborg dont le 0,01% d'humanité, l'âme, se nomme ici « ghost »), l'un des plus beaux regards de l'histoire du cinéma. Durant ces instants, le silence se fait, et la musique de Kenji Kawaï monte, lentement, portée par des percussions enveloppantes, avant de s'élever sur des chœurs transcendant ou des cordes synthétiques. Le regard de Motoko Kusanagi est inoubliable, au moment de son saut dans le vide, à son éveil, face à un être vivant devenu une machine, face à une machine devenue un être vivant, face à la citée tentaculaire, face à son doute, à sa pulsion de vie contrariée, face à l'éternité qui s'ouvre devant elle. Ce regard multiplie pourtant les handicaps : c'est le regard d'une machine, un regard de « dessin animé » de surcroît. On pourrait croire que l'on n'a jamais été aussi loin de l'humanité que face à Motoko, et pourtant, on n'a que très rarement été aussi proche au cinéma de l'essence de l'âme humaine (ou de son successeur).[...]
Certes, il y a peu d'action dans Ghost in the shell, mais n'oublions pas que chez Oshii, pour ce qui est du spectaculaire, le moins est toujours plus. Ainsi, chaque coup de feu, chaque combat, chaque explosion, chaque instant de violence ne frappe que plus intensément le spectateur. Une énergie contenue, voisine, par exemple, de celle d'un Tarkovski (l'intensité des silences du Miroir ou de la menace des pièges métaphoriques de Stalker), cinéaste auquel on a souvent, à juste titre, comparé Oshii (Avalon entretenant plus d'un point commun avec Stalker).[...]
Devant Ghost in the shell, rapidement, peu nous importe que le Projet 2501 ne soit qu'un programme d'espionnage sophistiqué, peu nous importe les histoires de guerres entre ministères, ce qui prime est sans doute identique à certaines questions de 2001 l'odyssée de l'espace ou de Blade runner : où va l'humanité, où va la vie ? Le chef-d'œuvre d'Oshii offre, dans un déluge de plaisirs des sens et malgré la mélancolie urbaine omniprésente, des réponses aussi formidables qu'optimistes. Quasi inépuisable malgré sa très courte durée, Ghost in the shell est non seulement un jalon esthétique et thématique de l'animation japonaise, mais est aussi une œuvre aux forts accents prophétiques dont l'importance dans l'histoire du Septième Art et le statut de classique incontournable se trouvent confirmés à chaque nouvelle vision.
[http://www.ed-wood.net/ghost_shell.htm]

Il est bien difficile de proposer une approche de la science-fiction originale de nos jours et c’était déjà le cas dans les années 90. Pourtant, Ghost in the Shell de Mamoru Oshii avait créé la surprise à sa sortie, non pas par son approche narrative mais par la patte de son réalisateur, toujours si unique près de vingt ans après la sortie du film. L’intrigue mélange astucieusement le manga de base de Masamune Shirow avec diverses influences littéraires. William Gibson, le père du cyberpunk, est bien évidemment référencé, notamment via la représentation de Tokyo qui évoque ouvertement l’éternelle Sprawl, la méga-cité que hantent les personnages de Gibson. Philip K. Dick est également évoqué, via les fréquents questionnements identitaires qui interpellent la galerie de personnages déshumanisés d’Oshii. [...]
Ghost in the Shell est donc une adaptation qui transcende le manga d’origine (qui reste néanmoins une lecture intéressante) et qui mérite pleinement son statut d’ambassadeur de l’animation japonaise. Aux antipodes des superbes productions du studio Ghibli, Mamoru Oshii enchaînait sur les pas d’Akira pour nous proposer une vision de science-fiction radicale, inspirée et poétique. Une fresque dédiée aux moments de rien qui se succèdent non pas pour créer une expérience narrative mais un espace filmique dédié à la sensation et au ressenti, qui nous propose un futur proche que nous avons déjà partiellement atteint mais qui malgré sa froideur reste mystérieusement séduisant. C’est là tout le génie Mamoru Oshii, celui de nous proposer des visions fantomatiques et angoissantes mais pourtant si attirantes.
[http://www.avoir-alire.com/ghost-in-the-shell-la-critique-du-film]

Avec ce film se termine notre saison 2015-2016
Nous préparons activement la programmation de la prochaine saison.
Notre prochain rendez-vous :
Mercredi 28 septembre 2016 à 20h,
au Cinéma Juliet Berto

En attendant, TRES BEL ÉTÉ A TOUS. 

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Le 28/09/2016: Apocalypse now

Mercredi 28 septembre 2016 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Cycle "Visages de guerre (s) (1/2)

Apocalypse Now

(Franci Ford Coppola, USA - 1979)

" Mon film n’est pas du cinéma. Son sujet n’est pas le Vietnam.
C’est vraiment le Vietnam. C’était réellement comme ça. C’était dingue… et de la façon
dont nous l’avons fait, c’était vraiment comme ça que les Américains étaient au Vietnam.
Nous étions dans la jungle, nous avions trop d’argent, trop d’équipement
et petit à petit, nous sommes devenus fous." 

Francis Ford Coppola dans sa Conférence de presse à Cannes en 1979.
[
in Conrad, Les Cahiers de l’Herne, 2014, p. 350.]

Serge Daney sur Apocalypse Now
Coppola remonte le fleuve de la civilisation à la barbarie, pas la barbarie des autres, mais celle dont on provient, dont toute civilisation provient, du côté de la horde paternelle. Si cette remontée-là aussi tourne court, c’est parce que Coppola n’a pas vraiment choisi entre délire surréaliste et cruauté ethnographique. [...] Coppola n’est sans doute pas un cinéaste aussi profond que Kubrick (pour rester chez les géants). On a vu que son jeu de pistes ne mène nulle part vraiment, déçoit. Pourtant, c’est un extraordinaire entrepreneur de spectacles et le plus réussi dans Apocalypse Now, c’est cette autre remontée du fleuve qui mène Willard à Kurtz de spectacle en spectacle, presque de « show » en « show ». C’est là où Coppola est souvent un très grand cinéaste. [Cahiers du cinéma n° 304 (Octobre 1979)].

 
 
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Le 5/10/2016: Johnny got his gun

 

Johnny s’en va-t-en guerre / Johnny Got His Gun

(Dalton Trumbo, USA - 1971)
Festival de Cannes 1971 :
Grand prix spécial du jury et Prix FIPRESCI (Prix de la Critique internationale)

Mercredi 5 octobre 2016 à 20h
Cinéma Juliet Berto, Place Saint-André, Grenoble

« Jamais l’absurdité et la cruauté de la guerre n’ont trouvé meilleure illustration

que dans ce film de Dalton Trumbo, réquisitoire à la fois naïf et implacable.

Un film coup de poing devenu une référence ». Arte

« Johnny held a different meaning for three different wars.

 Its present meaning is what each reader conceives it to be,

and each reader is gloriously different from every other reader,

and each is also changing. I've let it remain as it was to see what it is.»

Dalton Trumbo [Los Angeles March 25, 1959].

Johnny got his gun est d'abord un roman de Dalton Trumbo paru le 3 septembre 1939, soit deux jours après l'entrée en guerre des Etats-Unis. Le livre, inspiré d'un fait divers réel, raconte l'histoire d'un soldat mutilé au front lors de la première guerre mondiale. Réalisé en 1971 par l'auteur, ami de Luis Buñuel, le film inspiré du roman, reçoit la Palme d'or à Cannes en pleine guerre du Viêt-Nam. C'est dire à quel point le film est lié à la guerre, à la fois par son propos mais aussi par son histoire.

Dalton Rumbo : Pourquoi j’ai écrit « Johnny got his gun »

[Extrait du Dossier de presse du Distributeur Tamasa]

Une cellule ici, un cercueil là-bas.

Les chiffres nous ont déhumanisés. Au petit déjeuner, en prenant notre café, nous lisons dans la presse que 40.000 Américains sont morts au Vietnam. Au lieu de vomir, nous nous servons du pain grillé.

Voici une équation : 40.000 jeunes morts, 3.000 tonnes de chair et d’or, 55 tonnes de matière cérébrale, 190.000 litres de sang, 1.840.00 années de vie qui ne seront jamais vécues. 100.000 enfants qui ne  naîtront jamais. C’est là un luxe que nous pouvons nous offfrir : il y a déjà trop d’enfants qui meurent de faim dans le monde.

Est-ce que nous nous réveillons en hurlant la nuit quand nous en rêvons ? Non. Nous n’en rêvons pas parce que nous n’y pensons pas, parce que cela ne nous touche pas. Nous nous intéressons davantage aux lois et à l’ordre, afin de faire régner la sécurité dans nos rues d’Amérique tandis que nous transformons celles du Vietnam en égouts qui charrient du sang. Nous en refaisons le plein chaque année en forçant nos fils à choisir entre une cellule de prison chez nous et un cercueil là-bas. « Chaque fois que je regarde le drapeau, mes yeux se replissent de larmes.» Les miens aussi.

Que deviennent les blessés ?

Si les morts ne représentent rien pour nous, sauf pendant le week-end du « « Memorial Day », que dire de nos 300.000 blessés ? Sait-on où ils se trouvent ? Ce qu’ils ressentent ? Combien ont perdu au total de bras, de jambes, d’oreilles, de nez, de bouches, de visages, de pénis ? Combien d’entre eux restent sourds, muets, aveugles ou les trois à la fois ? Combien ont été amputés d’un, de deux, de trois ou de quatre membres ? Combien d’entre eux demeureront immobilisés jusqu’à la fin de leurs jours ? Combien d’entre eux végèteront en silence jusqu’à leur dernier souffle dans de petites chambres obscures ?

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Le 9/11/2016: Good Night and good Luck!

Good Night and Good Luck

(George Clooney, USA - 2005)

Mercredi 9 Novembre 2016 à 20h
Cinéma Juliet Berto, Place Saint-André, Grenoble

Ce film relate le combat mené par un présentateur du journal télévisé des années 1950, et un producteur, pour mettre fin à la carrière du sénateur McCarthy et sa chasse aux sorcières anti-communiste.

George Clooney, inquiet devant l'aseptisation des médias d'aujourd'hui, “qui ne permettent de faire la différence entre la pub, la propagande, la manipulation et l'information”, s'est personnellement impliqué dans la production de ce film. Un univers “fifties” en noir et blanc, une image ciselée par la fumée des cigarettes et une bande-son saturée de musique de jazz

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Le 15/11/2016: La bête lumineuse!

Attention: Séance spéciale le Mardi,
en partenariat avec "Ethnologie et Cinéma"

Mardi 15  novembre 2016 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

La bête lumineuse
(Pierre Perrault, Canada - 1983)

Une partie de chasse comme métaphore des relations humaines, où l’individu est confronté à ses plus bas instincts mais aussi à la sublimation de ses désirs.
Plus ou moins bien reçu et compris à sa sortie, notamment au Festival de Cannes, ce film déstabilise par un aspect au premier abord cruel. Rarement a-t-on vu dans un documentaire un tel dévoilement de la personnalité intime d’un homme, pris au piège devant une équipe de tournage effacée tel un témoin objectif de la situation. C’est pourtant un film sur l’amitié et la révélation de soi, comme le suggère un dialogue à la fin, si la « victime » accepte de valoriser l’opportunité d’être ainsi mise face à elle-même, « de se faire montrer ses faiblesses ». On comprend particulièrement avec ce film la boutade de son ami le cinéaste Jean-Pierre Lefebvre, disant que Perrault était « le meilleur réalisateur dramatique du cinéma québécois ». Chaque fois qu’on revoit ce film cru, intense et bouleversant, on y trouve immanquablement de nouvelles vérités et une admiration renouvelée. Nicolas Renaud.

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Le 16/11/2016 Perfumed Nightmare

Mercredi 16 novembre 2016 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Perfumed Nightmare
(Kidlat Tahimik, Philippines - 1977)

" One of the most original and poetic works of cinema made anywhere in the seventies." Werner Herzog

 

Dans son village proche de Manille, Kidlat admire les Etats-Unis et rêve de construire là-bas des ponts allant jusqu’à la lune.

Premier film du « père du cinéma indépendant philippin », Perfumed Nightmare est aussi un pied de nez au genre ethnographique. Interrogeant avec une fausse candeur la domination coloniale sur son pays, ce film est une fable désenchantée en même temps qu’une déclaration d’indépendance.

Par sa forme comme par son contenu, Perfumed Nightmare prend le contrepied du cinéma occidental mainstream, pour ne pas dire hollywoodien. Première réalisation d’un jeune Philippin né en 1942, Eric Oteyza de Guia, ce film est plus qu’un film : en se réinventant Kidlat Tahimik, cet autodidacte du cinéma ouvre avec grâce et humour d’autres possibles cinématographiques, bouscule le genre ethnographique et interroge avec une fausse mais efficace candeur la domination occidentale sur son pays. Même le discours anticolonialiste se trouve reformulé dans cette fable désenchantée où Kidlat Tahimik, dans son village proche de Manille, rêve de construire des ponts jusque sur la Lune et découvre l’autre face du monde occidental à la faveur d’un voyage à Paris.
Anne Kerlan [Festival des trois continents]

 

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Le 7/12/2016: Land and Freedom

Mercredi 7 décembre 2016 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Cycle "Résistance (s) (4/4)

Land and freedom
(Ken Loach, GB - 1995)

"J'ai voulu raconter l'histoire d'une révolution trahie. Expliquer comment, à chaque tentative de changement, la gauche gâchait tout espoir. Témoigner d'une lutte de pouvoir - ici entre anarchistes, trotskistes et communistes. Montrer que la révolution populaire a échoué par la faute du P.C. et de la politique de Staline (...) Mon message est simple : le socialisme n'a pas échoué, il reste à faire. Aujourd'hui que le bloc communiste s'est effondré, cette leçon est précieuse."
 Ken Loach

Si Ken Loach n'existait pas, il faudrait l'inventer. Comme il existe, il s'agit de l'aimer comme un être rare. De le protéger comme une espèce en voie de disparition. Car c'est exactement ce qu'il est, avec sa foi politique intacte. Sa fidélité à un idéal de vie oublié. Son obstination à filmer les humiliés et les offensés
pour mieux dénoncer tous ceux qui humilient et offensent."

Pierre Murat [Télérama, 02 mai 2015].

 

Peu soucieux d’objectivité historique, Ken Loach aborde la guerre d’Espagne comme l’Angleterre contemporaine : en filmant les plus faibles avec respect et humanisme.
Après avoir passé des années à enregistrer les grandeurs et misères de la classe ouvrière anglaise, Ken Loach s’aventure pour la première fois hors des îles Britanniques. Ce coup-ci, il trimballe sa caméra, son regard et ses idées politiques en Espagne, très précisément à l’époque de la guerre civile. Autant le préciser d’entrée, l’auteur de Kes n’a pas investi ce terrain pour en revenir avec un film consensuel, avant-programme pour dossiers de l’écran qui présenterait le pour et le contre au nom de toutes les parties, pommade qui caresserait les cicatrices de l’histoire dans le sens de l’objectivité. Non, ce qui l’intéresse, c’est comment et pourquoi un vent d’espoir immense est retombé comme un soufflé.
Ken Loach propose donc sa vision des choses, rallume quelques braises refroidies, s’inscrit clairement dans le camp des anarcho-trotskistes, met dos à dos franquistes et communistes staliniens en les rejetant dans les marges de son film. Les suppôts de Franco sont résolument hors champ et les communistes passent du statut d’alliés encombrants mais inévitables à celui de vilains méchants, torpilleurs de la liberté et traîtres de la révolution. Cette ligne politico-éthique en chagrinera certains. Ce serait pourtant une erreur de ne lire ce film qu’à la lueur de la grille historico – politique : après tout, on laissera aux historiens et autres spécialistes le soin de démêler les vérités des contre-vérité proférées par Ken Loach et d’établir "objectivement" la nature des relations entre le POUM et le PC espagnol ainsi que leur rôle véritable dans cette guerre. Nous, c’est la vérité cinématographique qui nous intéresse : on est venus voir un film, pas un cours magistral ni une réunion de cellule. Et sur ce plan-là, il est intéressant de constater la permanence de la vision de Ken Loach metteur en scène, de sentir ce que Land and freedom peut avoir de commun avec ses films précédents. Il y a cette façon d’embrasser un groupe humain et de saisir à vif ce qui le lie ou le défait : la petite troupe de guérilleros est à ce titre une proche cousine des prolos de Raining stones ou des ouvriers du chantier de Riff raff. Il y a aussi cette capacité à capter d’emblée des personnages, cette aisance à brosser leur caractère en quelques scènes, à les filmer sans fioritures et sans démagogie – cette façon sans chichis d’établir un lien fort et immédiat entre le spectateur et la pâte humaine qui vit sur l’écran. En somme, une facilité pour donner à la fiction des allures de documentaire, qualité qui vient sans doute des années de formation télévisuelle – version BBC ou Channel 4, ce qui n’est pas tout à fait la même chose que TFI ou France 2.
Serge Kaganski [Les Inrocks, 30 novembre 1994].

 

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