Le 10/12/2016: Jimmy’s Hall

Attention: Séance spéciale programmée un samedi

Samedi 10 décembre 2016 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

 

Jimmy's Hall
(Ken Loach, GB - 1972)

« Un de ces vigoureux manifestes politiques, typiques de notre humaniste préféré : un poil trop « pédago », mais toujours attachant, généreux, habité […] Les plus belles scènes, les plus fortes, sont celles où vibre cette communauté rebelle, ces corps solidaires dans la danse, jazz ou folklore, comme dans la contestation, d'une manif à l'autre. »
Cécile Mury [Télérama, 2 juillet 2014]

Présenté en compétition officielle lors du dernier Festival de Cannes, Jimmy’s Hall, du propre aveu de Ken Loach, est sans doute son film ultime. Une dernière fois, Loach apporte une nouvelle pierre à l’édifice politique qu’il a patiemment construit, notamment dans ses films historiques : les rares victoires des forces populaires (ouvrières, paysannes) leur ont toujours été volées par une gauche centriste attirée par le seul pouvoir.
C’était déjà le sujet du Vent se lève, le film qui lui valut la Palme d’or en 2006, où Loach montrait que les nouveaux maîtres de l’Irlande (en gros, les dirigeants de l’IRA), après l’indépendance de 1922, avaient utilisé les même méthodes que les Anglais pour mater les extrêmes.
C’était aussi celui, dans un autre pays, de Land and Freedom (1995), où Loach rendait responsables les communistes espagnols des luttes intestines et sanglantes avec les anarchistes qui avaient entraîné la défaite des forces républicaines pendant la guerre d’Espagne de 1936.
Dans Jimmy’s Hall, l’action se déroule à nouveau en Irlande, en 1932, dans le comté de Leitrim. Une salle de danse, sorte de patronage ou de centre culturel avant l’heure, devient l’enjeu d’un conflit. D’un côté, l’évêque, qui y voit un lieu de débauche, de “communisme” et surtout d’acculturation qui risquerait de menacer la mainmise du catholicisme sur la population. De l’autre, le propriétaire et fondateur du lieu, Jimmy Gralton (Barry Ward), un activiste de retour au pays pour s’occuper de sa mère et de leur ferme (l’histoire est inspirée de faits réels), après dix ans d’exil aux Etats-Unis.
Or le gouvernement, par intérêt, a fait alliance avec l’Eglise et les propriétaires terriens et voit ce conflit d’un mauvais œil. Jimmy (et Ken Loach…) va réveiller et concentrer toutes les contradictions de l’Etat irlandais. 
Jean-Baptiste Morain [Les Inrocks, 01 juillet 2014]
 

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Le 14/12/2016: Qui veut la peau Roger Rabbit?

Mercredi 14 décembre 2016 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

En partenariat avec "Les Rêv'Ailleurs"

Qui veut la peau de Roger Rabbit ?
Who framed Roger Rabbit

Robert Zemeckis (États-Unis - 1988)

Les années 80 ont été marquées par l’ère Spielberg qui, en plus de réaliser des films, en soutiendra d’autres. On retrouvera ainsi pendant ces 10 ans, des films cultissimes qui auront bousculés l’univers du cinéma. E.T, Indiana Jones, Gremlins, Les Goonies, Retour vers le futur, Miracle sur la 34ème rue, L’aventure intérieure, sont considérés comme les œuvres imaginatives les plus abouties. En 1988 sortira une autre œuvre culte : Qui veut la peau de Roger Rabbit ? Un film d’une richesse scénaristique épatante du début jusqu’à la fin. Il faut voir à quel point le scénario est travaillé, développé et multipliant des rebondissements pour le moins incroyables. Ce qui permet pour le coup, de rester concentré pendant toute la durée. Un vibrant hommage au monde du dessin animé. Jamais, pas même aujourd’hui, on avait fait un film aussi bon. Il était donc grand temps de parler de cette œuvre, elle aussi, intemporelle.
[Jeremie Ziza, 22 nov. 2015, lecoindescritiques.com]

L'accueil de la critique étatsunienne
Le film reçoit un accueil positif des critiques qu'ils associent tous à Disney et comme une exploit technique à la fois un chef-d'œuvre d'animation et une démonstration des possibilités de mêler animation et prises de vue réelle. Roger Ebert prédit que le film va profiter d'un bouche à oreille que l'argent ne peut pas acheter et que le film est à la fois un grand divertissement et une étape dans l'art technique. Janet Maslin du New York Times écrit que "ce n'est pas la première fois que les personnages de dessin animé partagent l'écran avec des acteurs mais c'est la première fois qu'ils le font selon leurs conditions et que cela semble réel". Desson Thomson du Washington Post considère Roger Rabbit comme "la collaboration suprême de talent pure". Zemeckis a reçu le support enthousiaste de Walt Disney Pictures, le coup de pouce du producteur Steven Spielberg, la bénédiction de Warner Bros., l'encrage de l'animateur canadien Richard Williams, la voix de Mel Blanc, les traites d'esprits de Jeffrey Price et Peter S. Seaman, l'aide de Industrial Light & Magic de George Lucas et la performance comique de Bob Hoskins, le détective privé le plus costaud et le plus velu. Richard Corliss dans le Time écrit une critique plus mitigée "le dessin animé du générique fonctionne bien, trop bien. Cette scène d'ouverture surpasse le film qui en découle." et qu'il est contrarié par les hommages faits à l'Âge d'or de l'animation américaine. Julie Salamon dans le Walt Street Journal s’exclame par un "wahou" dans ce quotidien plutôt sérieux. Jeannie Williams dans USA Today est plus critique et conseille le film à ceux qui aiment les réalisations techniques mais avertit que le film est "une longue blague privée racontée sur une autoroute californienne par les initiés d'Hollywood". David Ensen dans Newsweek reprend les éléments de USA Today mais n'arrive pas à la même conclusion et conseille Roger Rabbit "comme un lièvre de toutes saisons".
[wikipedia].

Retrouvons-nous le Mercredi 11 janvier 2017 
Nous commencerons la nouvelle année en gaïté avec
"la star des stars" Marilyn Monroe dans

Certains l'aiment chaud (B. Wyler, 1959)

Toute l'équipe du Ciné-club de Grenoble
vous souhaite de
Joyeuses fêtes et une très Belle année 2017

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Le 11/01/2017 Certains l'aiment chaud

  • Publié dans Marilyn

Mercredi 11 janvier 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Cycle "Marilyn" (1/3)

Certains l'aiment chaud
Some Like It Hot

Billy Wilder (États-Unis - 1988)

“Personne n'est parfait”, sauf le chef-d'œuvre de Billy Wilder. Le réalisateur a eu l'idée du siècle de tourner un film qui a joué à fond sur la nostalgie de l'époque fastueuse du cinéma.
Not tonight, Josephine ! était le premier titre choisi par Billy Wilder pour sa nouvelle comédie policière, car Some like it hot avait déjà été utilisé en 1939. Mais, le temps que le scénario s'écrive, que les acteurs soient choisis, que le tournage s'organise, le studio avait réussi à racheter les droits du titre le plus jazzy : Certains l'aiment chaud pouvait être lancé !
Fin des années cinquante : l'Amérique est en pleine dépression, le chômage est en hausse, la guerre froide crée un climat de peur et de suspicion nauséabond... Côté cinéma, l'arme d'attraction massive américaine, ce n'est pas la joie non plus : la télévision prend de plus en plus de place dans les foyers, les grands studios font faillite et les réalisateurs de l'âge d'or sont morts ou trop vieux pour continuer à tourner... Hollywood cherche un deuxième souffle. Dans ce climat morose, Billy Wilder a l'idée du siècle : tourner un film qui jouera à fond sur la nostalgie de l'époque fastueuse du cinéma. Il veut réaliser une comédie mais avec des gangsters, de la prohibition, du whisky frelaté, des belles pépées et... du jazz ! Il tournera donc en noir et blanc soyeux (son chef op', Charles Lang, a tourné avec Frank Borzage, George Cukor, Joseph L. Mankiewicz, Fritz Lang...) et truffera son film de clins d'œil aux chefs-d'œuvre des années 30.
Près de soixante ans plus tard, sa recette est toujours gagnante. Cette histoire de deux musiciens qui sont témoins malgré eux d'un règlement de compte mafieux et sont obligés de se travestir pour intégrer un orchestre de femmes garde toute sa pertinence —a fortiori en plein débat sur la théorie du genre... A part la force de l'histoire, la précision des dialogues et la beauté des standards du jazz, voici trois autres bonnes raisons de revoir ou de découvrir Certains l'aiment chaud.
Anne Dessuant  [Télérama, 03/10/2016].

 

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Le 25/01/2017 Les Désaxés

  • Publié dans Marilyn

Mercredi 25 janvier 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Cycle "Marilyn" (3/3)

The Misfits / Les déxasés

(John Huston, USA - 1961)

" Dès le commencement de « The Misfits », il me fut impossible de nier que,
 s'il existait une clé pour le désespoir de Marilyn, ce n'était pas moi qui la possédais ».

« J’avais écrit ce film pour que Marilyn se sente bien.
Et finalement, il l’a anéantie. Mais en même temps, je suis content
qu’il ait été fait, parce qu’elle rêvait d’être prise au sérieux en tant qu’actrice."

Arthur Miller [Entretien avec Serge Toubiana, The Misfits, Ed. Cahiers du cinéma].
“ Cet être rayonnant [Marilyn Monroe] était entouré d’une obscurité qui me plongeait dans la perplexité.
Arthur Miller [Au fil du temps – Une vie, Bernard Grasset, 1987].

Le dernier film de Marylin et de Clark Gable, culte, forcément culte.
Ce fut le dernier film de Marilyn. Le dernier film de Clark Gable, également. Western crépusculaire écrit par Arthur Miller pour donner à son épouse un film digne d’elle, The Misfits raconte la vie de cow-boys perdus, réduits à capturer des étalons sauvages pour en faire de la nourriture pour chiens. Le tournage fut un crève-cœur : Marilyn, devenue folle, cédait à ses caprices, disparaissait, revenait, faisait attendre tout le monde par 50 °C à l’ombre. Son mariage se brisa là, sa vie d’écran s’acheva dans Death Valley, la bien nommée. Eli Wallach, peu de temps avant sa mort en juin 2014, se souvenait encore du film : « Le noir et blanc, dans “The Misfits”, était magnifique. Tout était orageux, y compris les rapports entre les gens… »
[François Forestier, TéléObs, 14 janvier 2015].

The Misfits, un film magnifique de John Huston, et le plus beau rôle pour Marilyn Monroe.
Et là où ce film est génial, au sens premier du terme, c'est dans sa dernière partie, où Gay et Guido, accompagné de Perce (Montgomery Clift), un ami cow-boy qui en pince pour Roslyn, décident d'aller capturer des mustangs dans les montagnes. Les mustangs étaient les symboles de l'ouest sauvage américain, et ces derniers spécimens sont la marque que ce côté sauvage a disparu. Ils ont été chassé en grandes quantités, pour être vendus aux abattoirs, et seuls quelques troupeaux subsistent. Ces derniers cow-boys chassent les derniers mustangs, dans un pays qui n'a plus grand chose de sauvage.
Roslyn est contre la capture de ces animaux, pour les vendre, alors que Gay considère que le cow-boy qu'il est se doit de terminer son job. Ils vont donc les capturer, avec des méthodes qui rappellent
Hatari, le film avec John Wayne, mais Roslyn va tout faire pour les libérer, aidé finalement de Perce, le cow-boy sensible, et redonner leur liberté à ces derniers chevaux sauvages.
Donc, ce qui est magnifique dans cette dernière partie, c'est que "l'affrontement" entre cow-boys déchus et derniers mustangs ressemble à un jeu de miroirs. Les chevaux représentant le côté sauvage de ces hommes, leur refus de voir la civilisation prendre le pas sur le Far West, leur refus d'être dominés par leurs propres sentiments, alors que Roslyn est simplement le symbole de la Liberté, la liberté d'aimer, la liberté de vivre comme elle l'entend, où elle l'entend, que ce soit LA ou le désert du Nevada.
[...]
Pour ces personnages magnifiques, ils fallait de acteurs sublimes. Clark Gable est parfait, tout comme Montgomery Clift, mais ce qui vous scotche à l'écran, c'est Marylin Monroe. Elle est tout simplement parfaite. Ce côté innocente, un peu naïve, fragile, lui va à ravir. On se demande si ce n'est pas carrément son propre rôle qu'elle joue dans ce film, où plutôt qu'elle ne joue, mais qu'elle est elle-même. Au fond, tout ce que désire Roslyn, c'est être heureuse, le plus simplement possible. Tout comme Marylin.
Je préfère retenir cette image d'une femme luttant pour rendre sa liberté à l'un des derniers Mustangs, que celle, moins profonde, d'une blonde souriante, sur une bouche d'aération.
Comme James Dean est devenu un mythe, l'incarnation du rebelle, Marylin emporta avec elle le symbole d'une femme qui n'a jamais trouvé sa place, sa raison d'être, à travers son plus beau, son dernier film. 

[Dark City home, 2003].

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Le 1/02/2017 J'ai tué ma mère

Mercredi 1er février 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Cycle "... les enfants trinquent " (1/3)

J'ai tué ma mère

(Xavier Dolan, Canada - 2009)

“J’ai écrit le scénario en trois jours, juste après avoir quitté l’école,
rempli de griefs contre ma mère, le système éducatif. Ça a été un défouloir, une catharsis.
Je l’ai écrit comme une lettre vindicative qu’on écrit à quelqu’un sans jamais lui envoyer.”

Xavier Dolan.

La relation amour-haine d’un fils et de sa mère. Un beau film autobiographique signé par un jeune homme de 20 ans.
L’histoire du cinéma ne manque pas de films à maman qui tentent sous des formes diverses de régler leur Œdipe. Il y a ceux qui fantasment, outre-tombe, sur l’image maternelle manquante (Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar), ceux qui chérissent sa présence (Le Souffle au cœur de Louis Malle), jusqu’à l’inceste (Ma mère de Christophe Honoré), et le désir de substitution totale (Psychose d’Alfred Hitchcock). Il fallait sans doute toute la fraîcheur et la provocation d’un cinéaste de 20 ans à peine pour oser désamorcer cette tension immémoriale par un titre conçu comme un effet d’annonce malicieusement prématuré et fallacieux. J’ai tué ma mère raconte la cohabitation difficile entre un adolescent de 17 ans, avide de liberté, de découvertes artistiques et de rencontres amoureuses, et de sa mère, peu à l’aise dans son rôle. Prises de tête bavardes autour du dîner rituel, muette irritation face aux tics du quotidien – rien, confie Xavier Dolan, présent à Cannes pour présenter son premier film sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, qu’il n’ait vécu ou ressenti au même âge. [...]
Il revendique un profond désir de fiction, qui passe aussi par une cinéphilie “un peu claudicante”, mais dont J’ai tué ma mère se fait à plusieurs reprises le dépositaire. Il en va ainsi des plans ralentis sur la musique de Shigeru Umebayashi, clin d’œil à In the Mood for Love de Wong Kar-wai, comme des références plus inconscientes à la Nouvelle Vague. Telles des incrustations pop dans le manteau naturaliste, de courts plans en rafales d’objets et de peintures (procédé utilisé par Godard ou Resnais) ouvrent des séquences choisies : “C’est quelque chose de ludique, et en même temps ça permet de donner en un seul geste beaucoup d’informations sur un lieu, un personnage.” Ces surgissements très plastiques trouvent leur acmé dans une scène merveilleuse de dripping (art qui consiste à jeter aléatoirement de la peinture sur un mur) mettant en scène le héros et son amant – bientôt moins occupés à peindre qu’à faire l’amour.
Plaider coupable pour un meurtre à jamais différé, c’est la condition requise pour, du statut de fils, passer à celui d’artiste et d’amant. Condition aussi pour avoir été considéré au dernier Festival de Cannes comme un très jeune cinéaste, déjà l’un des plus prometteurs d’une nouvelle génération. Pour cela, Xavier Dolan a le temps. Enfin presque : “On n’a pas la vie devant soi. C’est une phrase pour procrastiner. Il faut faire les choses avec urgence, sans les escamoter. La phrase qui me guide, c’est celle de Valéry : “Le vent se lève, il faut tenter de vivre.”
Emily Barnett [Les Inrocks, 10/07/2009]

 

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Le 8/02/2017 A Bout de course

Mercredi 8 février 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Cycle "... les enfants trinquent " (2/3)

A bout de course / Running on Empty

(Sidney Lumet, USA - 1988)


“ Tant de qualités qui font d’À Bout de course un véritable bijou,
nous laissant un profond sentiment de libération et de mélancolie
quand survient la fin. Un film au souffle poétique brûlant d’émotions
.”
George Lucas.

George Lucas présente A bout de course.
J’aimerais profiter de cette carte blanche pour vous parler de l’immense Sidney Lumet dont on oublie de faire mention lorsque l’on évoque les grands réalisateurs de la deuxième moitié du 20ème siècle. À tort moins mis en avant par les médias que ses pairs (Scorsese, Coppola, De Palma, Spielberg, Lucas, Altman) desquels il se démarque, il n’en demeure pas moins un réalisateur essentiel.
LE CAS LUMET.
Individu à l’itinéraire passionnant, d’abord écrivain pour le théâtre, sa passion, il fit ses premières armes à la télévision où il gagna son style efficace et direct. Milieu pour lequel il continua à travailler même après sa reconnaissance au cinéma. Preuve de sa grande polyvalence il monta de nombreuses pièces de théâtre, qu’il adaptera au cinéma pour certaines. Riche de plus de quarante films, la filmographie de Lumet comporte quelques films mineurs face à une pléiade de grands films, dont la plupart prennent place dans la ville de New-York qui l’a vu grandir, comme Serpico, Un Après-midi de Chien, Le Prince de New-York. Son chef-d’œuvre de premier film, le drame judiciaire 12 Hommes en colère dont l’empreinte du théâtre est bien présente et qui narre la délibération de jurés dont l’un d’entre eux, en proie aux doutes quant à la culpabilité de l’accusé, arrive à faire changer la majorité d’opinion, comporte déjà le grand thème de son travail : la confrontation d’un individu à un groupe, à une institution. Le film apparaît être le squelette de son œuvre, et l’annonciation de son combat pour l’éthique, voulant témoigner des injustices de son temps, né des constats du chaos de la crise de 1929.[...].
MYTHIQUE RIVER
Dés les premiers plans du film, qui s’ouvre sur son personnage, une gêne se fait sentir à la vue de ce jeune et beau sportif qui affiche pourtant un regard grave. Cette figure convoque forcément celle du jeune rebelle à la James Dean – qui apparaîtra même sur un poster de la chambre de Lorna. Notons que ce poster est néanmoins recouvert par une autre illustre icône du cinéma, Charlie Chaplin. Le personnage de Danny empreinte beaucoup au cinéma muet, dans sa tristesse et l’expression feinte de la joie, simulant la normalité, forcé de mentir à son entourage afin de dissimuler sa véritable identité. Ce comportement amène une certaine schizophrénie à son personnage, caractérisé par ses lunettes qu’il met et retire sans cesse, et le fait à plusieurs reprises de se comporter comme un voleur – sa façon d’entrer chez les Philips sans y être autorisé ou lorsqu’il utilise la fenêtre pour ses allées et venues, escaladant l’arbre qui y mène. C’est cet art de la dérobade qu’incarne si bien River Phoenix, tout en nuance et sensibilité, physiquement ou par son regard fuyant, le rendant insaisissable.[...]
[extrait de la carte blanche à George Lucas, l'article complet est téléchargeable ci-dessous]

Le film dans l'oeuvre de Sidney Lumet: les fils maudits
Parmi les systèmes institutionnels démontés par Lumet, on compte la justice (Contre-enquête), la police (Serpico, Le Prince de New York), les médias (Network) mais aussi la famille (Dans l’ombre de Manhattan). Les figures de pères réels ou symboliques abondent dans son cinéma et constituent souvent un lourd fardeau pour les fils. Le dernier film du cinéaste, 7 h 58 ce samedi-là, aborde le sujet sous un angle particulièrement tragique – deux fils cambriolent la bijouterie de leurs parents - et renoue avec la veine la plus sombre du cinéaste. Si À bout de course reprend lui aussi cette thématique, il reste néanmoins à part dans la filmographie de Lumet en raison de sa grande douceur et de l’intérêt qu’il manifeste pour un personnage d’adolescent (rare dans l’œuvre du cinéaste, à l’exception d’Equus) : le passé des parents et l’autorité du père pèsent sur Danny mais n’a pas l’emprise d’une malédiction. Le film semble rejouer sur un mode apaisé le scénario de Daniel, film réalisé en 1983 et inédit en France, sur un jeune homme hanté par le passé de ses parents (inspirés du couple Rosenberg), accusés d’être des espions communistes et morts sur la chaise électrique. Si la quête de justice constituent un des fils rouges de l’œuvre de Lumet, elle ne saurait se dissocier d’une plongée au cœur de l’âme humaine, toujours envisagée comme complexe mais jamais monstrueuse. [cnc.fr]
[extrait du dossier pédagogique du CNC « Lycéens et apprentis au cinéma » téléchargeable ci-dessous]

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Le 15/02/2017 Benny's Video

Mercredi 15 février 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Cycle "... les enfants trinquent " (3/3)

Benny's Video

(Michael Haneke, Auriche/Suisse - 1992)

« Tout système de valeurs clos porte en lui les germes de sa déviance"
Michael Hanake
« Benny's video vous percute l'estomac. »
Le Nouvel Observateur

Michael Haneke sur son cinéma
" Tout ce qu'on peut faire avec une œuvre c'est tenter de s'approcher de la complexité contradictoire de la réalité. A l'inverse, chercher à résoudre cette complexité, ou à la nier, à la passer sous silence, revient à un mensonge. Ou simplement à une incapacité à percevoir ce qui fait la richesse de la vie... Il faut plutôt essayer de se mettre à sa hauteur, d'en assumer le caractère contradictoire, ambivalent. Si j'y arrive, c'est une autre question, qui d'ailleurs ne m'appartient pas... Mais je crois que toutes les œuvres majeures témoignent de cette complexité du réel. Avec une grande rigueur."
Alexandre Prouvèze [Evene.fr, 19 octobre 2009]

La mort en direct
De son propre aveu, dans les tous derniers propos que Haneke échange avec Serge Toubiana, le cinéaste autrichien travaille au corps le "refoulement" qui continue d’avoir lieu dans son pays. L’histoire de meurtres systématiques d’il y a soixante ans, quand l’Autriche de l’Anschluss participait activement au régime nazi, Haneke la met en scène de film en film en insistant sur l’omission et la surdité qui la caractérisent chez ses compatriotes. Il s’agit avant tout de ne pas en parler. A fortiori de ne pas la montrer, naturellement.
C’est la même histoire dans Benny’s video : pour les parents qui apprennent le meurtre gratuit de leur fiston il convient de laver le linge sale en famille et que tout ça reste très soigneusement... "caché". Or le film (à la différence de Funny games) conclut sur l’importance qu’il y a, pour le sort de l’humanité, de voir et savoir ce que font les monstres qu’elle enfante : voir et savoir, c’est toute la problématique du cinéma de Haneke, exposée et creusée dans ce film de 1992. Pourquoi cet adolescent comblé, d’apparence si sage, amateur de vidéo et petit chanteur dans la chorale de son collège, se livre-t-il à ce geste gratuit ? Pour "savoir comment c’est" de tuer quelqu’un. Bien avant les travellings lents et subtils de Gus Van Sant, Haneke s’est tourné vers l’adolescent et son monde entièrement façonné par les adultes - leur morale et leurs mensonges - mais qui échappe aux adultes par cette drôle de liberté qui lui est laissée. Entre l’enfant et le cadre supérieur, il y a ce personnage flou, mutique, vacant, au seuil d’un univers qui le nourrit et le chérit (le père de Benny a ces mots stupéfiants bien après l’aveu du meurtre commis par son fils : "je t’aime"), mais que Benny vomit dans un acte que finalement lui seul sait - partiellement - expliquer. Benny tue par "curiosité".[...]
Benny’s video est un film passionnant et riche, et on se dit à le revoir que Haneke a raison là où Kubrick s’est trompé dans Orange mécanique. Car il n’y a rien après le meurtre en définitive. La vie continue, et son tourisme absurde et la lâcheté des grandes personnes. Si c’est la même question qui habite les deux films - voir et savoir - l’hyperréalisme de Haneke inscrit un fait divers dans un quotidien ordinaire bien plus troublant. Aucune affèterie, aucune lourdeur dans cette démonstration que le mal n’est pas là-bas, chez les voisins ou sur l’écran, mais bien ici et maintenant, tout près de chez vous...

Et n'oubliez les 50 ans de votre Ciné-club :
Michelangelo Antonioni, John Frankenheimer, Mel Brook, Cecil B. de Mille et Luis Bunuel
vous donnent rendez-vous à partir du Mardi 14 mars.

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Le 8/03/2017 L'Etrangleur de Boston

Mercredi 8 mars 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Cycle " Tueurs en série " (1/3)

L'étrangleur de Boston / The Boston Strangler

(Richard Fleischer, États-Unis - 1968)

« Il y a pas mal d’effets visuels dans le film dont les gens ne s’aperçoivent pas et
qu’ils ne sont pas d’ailleurs censés remarquer.
Les effets doivent « travailler » votre inconscient, ainsi dans la dernière partie,
petit à petit au fil des séquences, j’enlevais toute couleur au film.
Les dernières séquences du film sont presque entièrement blanches »

Richard Fleischer [in Stéphane Bourgoin, Richard Fleischer, Edilig, 1986, p. 99].

La présentation du film par Olivier Père [arte.tv, 13 avril 2013]
Ce film célèbre et célébré – à juste titre – du grand Richard Fleischer compte parmi les classiques du cinéma criminel américain, original et audacieux dans son traitement d’un cas réel de tueur en série, Albert de Salvo, qui assassina treize femmes entre 1962 et 1964 à Boston. Fleischer opte pour une approche semi documentaire.
La première partie du film suit les investigations minutieuses de la police qui ne parviennent pas à enrayer l’accumulation effrayante de meurtres de femmes agressées, violées et étranglées chez elles (d’abord des personnes âgées, puis des victimes de tous les âges et conditions). L’Etrangleur de Boston opère la transition entre certains films d’Otto Preminger par sa façon d’aborder sans compromission un sujet adulte et dérangeant (l’enquête dans un bar homosexuel rappelle une scène de Tempête à Washington) et les thrillers à venir de William Friedkin qui souhaita avant Fleischer porter à l’écran l’affaire de Salvo et se souviendra sans aucun doute de L’Etrangleur de Boston en réalisant Cruising.[...]
Ces effets modernistes [le « split screen »] un peu tape-à-l’œil ont paradoxalement tendance à dater le film, tandis que L’Etrangleur de Boston reste moderne et fascinant grâce à son style réaliste puis à sa plongée dans les tréfonds d’un esprit malade. On s’approche alors d’un pur cinéma mental et devant les dernières scènes montrant l’interrogatoire de de Salvo vêtu de blanc dans une cellule entièrement blanche je ne peux m’empêcher de penser à un autre grand « film cerveau » sorti la même année : 2001, l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick.
Tout le monde l’a dit mais il faut le répéter : dans le rôle à contre-emploi de de Salvo Tony Curtis est prodigieux, et confirme qu’il était un acteur sous-estimé qui n’a pas eu la carrière qu’il méritait, même si on oublie trop souvent qu’il a joué dans plusieurs grands films et pas seulement des comédies (Le Grand Chantage, par exemple).
Ce classique de Fleischer nous rappelle que le cinéaste étudia la psychiatrie et qu’il donna le meilleur de lui-même dans ses études de cas criminels : avant L’Etrangleur de Boston il y avait La Fille sur la balançoire (The Girl in the Red Velvet Swing, 1955) et après, le génial, expérimental et encore plus glaçant L’Etrangleur de la place Rillington (Ten Rillington Place, 1971.

Et n'oubliez les 50 ans de votre Ciné-club :
Michelangelo Antonioni, John Frankenheimer, Mel Brook,
Cecil B. de Mille et Arthur Penn
vous donnent rendez-vous du Mardi 14 au Samedi 18 mars.

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Le 15/03/2017 Un Crime dans la tête

Mercredi 15 mars 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Les "50 ans du Ciné-club de Grenoble"  (2/5)

Un crime dans la tête
The Manchurian Candidate

(John Frankenheimer, USA, Italie - 1962)

Carte blanche à Laurent Huyard et Jean Dorel

" Le comble du raffinement [...] est d'utiliser des événements réels et
 de les raconter en termes de fiction tout en mélangeant les styles
."
John Frankenheimer.

Un crime dans la tête est une adaptation du roman de Richard Condon, The Manchurian candidate, paru en 1960. La réalisation ne fut pas chose facile, les grands studios refusant de se lancer dans l'aventure. Il fallut toute la force de conviction de Frank Sinatra pour mener à bien le projet. L'acteur américain alla jusqu'à s'investir financièrement dans la mise en chantier du film et il accepta de tourner à la condition d'incarner le rôle principal du capitaine Benett Marco.
Ce film réussit l'exploit de mêler deux thèmes chers à Hollywood : la psychanalyse et la guerre froide avec sa chasse aux sorcières.
J. Leigh, à peine sortie de
Psychose côtoie indirectement un psychopathe assassin victime d'une mère abusive et manipulatrice.
C'est le scénariste de
Sept Ans de réflexion (1955) et de Diamants sur canapé (1961), George Axelrod qui fut chargé de scénariser Un Crime dans la tête.
Ce film a fait l'objet d'un remake par Jonathan Demme en 2004, également intitulé
Un Crime dans la tête.

JOHN FRANKENHEIMER
John Frankenheimer commença sa carrière dès les débuts de la télévision américaine en 1954 et dirigea plus de 150 shows télévisés avant de passer au cinéma en 1961. On peut constater que son style visuel est à son apogée dès ses premières oeuvres cinématographiques ; il avait eu largement l’occasion d’expérimenter le travail sur la caméra et les différents objectifs de même que le montage durant les 7 années passées à la télévision.
La qualité majeure de son cinéma est de prendre le spectateur aux tripes à l’aide d’images fortes et souvent indélébiles, imposant sa propre vision du sujet comme une évidence indiscutable. Il ne craint pas de choquer ou de provoquer des réactions violentes dans son public et ce quel que soit le type d’œuvres qu’il réalise (petites ou grosses production). Pour se faire, sa mise en scène est toujours le fruit d’un énorme travail au cours duquel il met sur pied des structures complexes aux mouvements de caméra audacieux et jamais gratuits, ce qui, associé à sa connaissance du montage lui permet de surprendre et d’accrocher le spectateur comme peu de réalisateurs en sont capables.
On dénote chez lui une prédilection pour les sujets difficiles et psychologiquement fouillés, les intrigues torturées, qui sont la preuve d’une grande ambition. Il est donc aisé d’isoler dans sa longue filmographie le thème récurrent d’un monde cruel qui induit une confusion mentale, souvent sévère, chez les héros qui se révèlent le plus souvent être des inadaptés sociaux. La virulente dénonciation critique de l’inhumanité et de l’âpreté du fonctionnement de notre société moderne et de ses dirigeants (folie et paranoïa) est au centre de son univers. Un pessimisme justifié et un sens de l’absurde ravageur hantent son œuvre et l’aspect dérangeant qui en résulte peut expliquer en partie le succès mitigé de la plupart de ses films, le grand public n’aimant généralement pas trop être bousculé et ébranlé dans ses certitudes.[...]
Il en résulte un style précis, flamboyant et très travaillé, mais également une thématique évoluée et passionnante ainsi qu’une conscience sociale élevée. Pourtant l’oeuvre de Frankenheimer est toujours largement sous-estimée en France alors qu’il possède de façon évidente les qualités des plus grands cinéastes. Si ses meilleures réalisations n’atteignent peut-être pas la "perfection" des plus grands chefs-d’oeuvre du fait de leur énergie et de la fougue qui le conduisent à être parfois excessif voire grandiloquent, on ne peut certainement pas le taxer d’académisme, loin de là.. Malgré leurs petits défauts, ses films les plus passionnants démontrent en effet sa capacité à être en avance sur son temps et ce aussi bien au niveau de la mise en scène que des thèmes abordés et de leur traitement. Toutefois, il faut bien avouer qu’après 1970, la qualité de ses oeuvres connut une baisse significative due à un alcoolisme sévère qui gâcha sa vie et son travail dans des proportions dramatiques.
[Stefan Rousseau, 6 janvier 2005 (dvdclassik.com)]

En fichiers téléchargeables ci-dessous: le Dossier de presse des 50 ans (DP170225_50ans) et la fiche F170315 du film.

On continue à fêter les
"50 ans du Ciné-club de Grenoble" demain
Jeudi 16 mars avec 
Les Producteurs / The Producers
(Mel Brooks, 1967)

 

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Le 16/02/2017 Les Producteurs

Jeudi 16 mars 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Les "50 ans du Ciné-club de Grenoble"  (3/5)

Les Producteurs / The Producers

(Mel Brooks, USA - 1967)

En partenariat avec la Cinémathèque de Grenoble

« La tragédie, c’est lorsqu’on se coupe le doigt.
La comédie, c’est quand on tombe dans une bouche d’égout ouverte et que l’on meurt

« Dieu ne peut pas répondre à tous ceux qui l'appellent.
Il est comme un garçon dans un restaurant. Il a trop de tables à servir. 
»
« L'humour n'est qu'un des moyens de se défendre contre l'univers. »
Mel Brooks

Premier film de Mel Brooks, Les Producteurs peut aussi être qualifié comme étant son seul  « vrai film » : c’est le seul qui ne soit pas un pastiche. Un producteur sur le retour (Zero Mostel) et un comptable fantasque et complexé (Gene Wilder) cherchent à mettent sur pied un four à Broadway pour pouvoir garder une partie de l’argent de la production. Mel Brooks se lâche totalement et ne recule devant aucune surenchère pour faire rire. Le mauvais goût est son arme de choix et il sait parfaitement l’utiliser : le show que ces producteurs vont monter s’appelle  « Springtime for Hitler » (Le printemps d’Hitler) et c’est une comédie musicale… L’auteur est un nostalgique du 3e Reich parfaitement azimuté (Kenneth Mars), avec casque germanique et accent à couper au couteau. Faisant preuve d’une indéniable maîtrise, Mel Brooks parvient étonnamment à trouver l’équilibre alors que tout apparaît outrancier, forcé presque à l’extrême, à commencer par le jeu tonitruant de Zero Mostel et le jeu hystérique de Gene Wilder. Il est tout aussi surprenant aujourd’hui de voir à quel point cette comédie totalement débridée ne vieillit pas, elle a toujours la même capacité à nous faire rire à gorge déployée. Il n’y a aucun temps mort, le rythme est soutenu. Un coup de maître pour Mel Brooks.
[http://films.blog.lemonde.fr/2009/11/17/producteurs/]

En fichier téléchargeable ci-dessous: le Dossier de presse des 50 ans (DP170225_50ans) et la fiche F170316 du film.

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Le ciné-concert dans une création musicale contemporaine d'Arnaud Petit sur la première partie des 10 Commandements de Cecil B. DeMille

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