Le 23/09/2020 IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L'OUESTLe 29/09/2020 LE CHEIK BLANCLe 30/09/2020 LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOISLe 07/10/2020 L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCELe 14/10/2020 SEULS SONT LES INDOMPTÉS

A nos amours

A nos amours

Réalisé par Maurice Pialat en 1983

Synopsis

A seize ans, Suzanne vit dans une famille conflictuelle. Elle est proche de son père et partage avec lui des moments de complicité, mais il quitte la cellule familiale. 
Ses rapports avec sa mère sont hystériques, teintés de jalousie, tandis que son frère prend la place du père et réprimande violemment Suzanne.  

Perdue, en manque de repères, elle se réfugie dans des conquêtes d’hommes plus âgés qu'elle : elle ne tombe jamais amoureuse. Bien qu’elle aime un jeune homme de son âge, elle refuse cet amour sans explication. 

Elle découvre avec lucidité et une certaine amertume que ce qu'elle aime faire avec les hommes, c'est l'amour et rien d'autre. Le reste ne serait-il qu'ennui ou illusion ?

Quelques mots de plus (surtout que le synopsis est très court)

-       La première raison de revoir : la naissance d’une grande actrice

Au moment du tournage, Sandrine Bonnaire a le même âge que son personnage. Elle n’a pas fait de cinéma auparavant, mis à part une furtive apparition dans “la Boum”. Elle est vite déçue de cette première expérience. N’étant pas spécialement diplômée, ni issue d’une famille aisée, elle ne peut persévérer longtemps à percer dans ce monde.

Elle se donne une dernière chance : Le casting d’A nos amours

Son naturel, sa fraîcheur, son insolence et cette désinvolture transparaissent aux essais et convient à l'équipe du casting qui en fait part au réalisateur, déjà conquis avant même les essais. 

Cette liberté est bien illustrée par son entrée du film sur la proue du bateau.

A noter que dans le milieu du cinéma, on ne misait pas sur sa longévité artistique, héroïne d’un film sans d’apparence de jeu particulier d’actrice. 

Sandrine Bonnaire  nous démontre le contraire en 1985, avec son rôle de SDF dans “Sans toit ni Loi” d'Agnès Varda, ainsi que la suite de sa filmographie.

Même derrière la caméra, je vous recommande voir un de ses  documentaire “Elle s'appelle Sabine”, portrait de sa sœur, atteinte d’un handicap mental. 

-       La deuxième raison : la mise en scène

Au depart, il est inspiré du roman de sa femme, Arlette Langmann, soeur du cinéaste Claude Berri, qui décrit une adolescente dans une famille dysfonctionnelle.

Si Maurice Pialat écrit son histoire et ses dialogues avant de tourner, il sait aussi laisser tourner la pellicule, au cas où un éclair d’un acteur ou d'un instant de vérité naîtrait.

Plusieurs scènes sont tournées de façon quasi improvisée, mais tellement maîtrisées.

Les plus notables sont celle du dialogue père/fille portant fossette et des ratiches (dents) et  celle du retour du père.

Il se sert d'anecdotes pour étoffer son scénario, et régler ses comptes avec la bienpensance (évocation d’une note 3/10 à propos du film par la critique).

Pialat se questionne sur cette jeunesse à laquelle il avait déjà consacré deux films (L’enfance nue, Passe ton bac d’abord)

Nous avons l’image d’un réalisateur rude, bourru voire tyrannique. Mais regardez comme ils aiment ses acteurs, et le rôle qu’il donne à une débutante (sans parler de la fidélité à ses techniciens) ! Autre preuve, il est également acteur dans son film : une façon de se mettre à leur niveau. 

Son cinéma dépeint la vie (il était peintre) , elle est dure, âpre, sans artifice mais toujours sincère 

Le cinéma de Pialat, comme celui de Bresson auparavant, parle à de jeunes et futurs cinéastes : je pense notamment à Emmanuelle Bercot (“La Tête haute”), Cédric Kahn (‘Fête de famille”) et bien Maïwenn (Pardonnez-moi, mon roi, …)

-       Autres raisons diverses

Le contexte : nous sommes en 1983 : le socialisme est pour la première fois au pouvoir, 1974 loi sur IVG, dernière année voir moi de la libération sexuelle avec ses plaisir avant que le SIDA n’apparaisse en 1983/84.  Mention à Cyril Collard, acteur, metteur en scène  et assistant réalisateur sur Loulou de M.Pialat, son film précédent.

Ce film a reçu le prix Louis Delluc, ainsi que les césars du meilleur film, meilleur espoir femine

Bonus

Sandrine Bonnaire et Maurice Pialat - A nos amours (1983) interview de Christian Defaye, sur le plateau de Spécial Cinéma, le 28 novembre 1983.

Pour en plus savoir Maurice Pialat

Histoires de cinéma | Maurice PIALAT | FilmoTV : Histoires de cinéma | Maurice PIALAT | FilmoTV

Maurice Pialat par Serge Toubiana A l'occasion d'une rétrospective intégrale des longs métrages de Pialat (en copies restaurées par Gaumont), Serge Toubiana est venu nous parler de cet homme. A l'Institut Lumière le mercredi 13 mars 2013.

Notes personnelles

J’ai utilisé le documentaire “Il était une fois … à nos amours” de David Thompson pour étoffer mon coup de cœurd'anecdotes de tournage. Ce documentaire présent sur le bluray m’a aidé pour écrire cette fiche. Il n’est malheureusement pas disponible gratuitement sur Internet

Où voir ce film ?

Ce film est disponible sur  :

  • Amazon Prime (gratuit si vous êtes membre), ainsi que l'intégrale de ces longs métrages,
  • Sur la plupart des sites de vod. 
  • En dvd / bluray (avec de jolis bonus)
  • Sans oublieren prêt à la bibliothèque municipale de Grenoble.

fiche rédigée par Christophe Germain

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Eva en Août

EVA EN AOÛT De Jonás Trueba Avec Itsaso Arana, Vito Sanz, Isabelle Stoffel

En quelques lignes …

Eva en août est un film qui sait prendre son temps, comme son personnage principal, incarné par la lumineuse Itsaso Arana (également coscénariste). Eva a pris le temps d’une escale dans sa vie, elle semble ne pas trop savoir elle-même pourquoi, de même qu’elle ne sait pas très bien ce qu’elle est, peut-être une actrice, mais peut-être déjà plus. Elle est disponible, à elle-même, aux autres, à l’été madrilène étouffant, mais qu’on peut très bien supporter pour peu qu’on le prenne comme une chance, car l’été c’est aussi l’occasion de faire ce que l’on veut vraiment … C’est ce qu’explique Eva à Luis, un ami qu’elle retrouve par hasard. Ce temps qui s’écoule lentement sur la ville et sur ses alentours, ces espaces qui se déploient au fil de l’errance d’Eva offrent un premier niveau de lecture, et invitent le spectateur à partager lui aussi ses moments de bonheur, par exemple devant le beau visage de la statue de Poppée, au musée, durant la fièvre des fêtes nocturnes, ou en éprouvant la fraîcheur d’une rivière, lors d’une excursion hors de Madrid. Au bord de l’eau, se retrouvent quelques-uns des personnages rencontrés par Eva : deux garçons, l’un anglais l’autre gallois, qui chantent les chansons des Brigades internationales ; une comédienne de rue, allemande, et une ancienne amie perdue de vue, invitée avec son jeune enfant. Ce décousu de la vie, le metteur en scène ne cherche pas à trop l’organiser, il laisse, comme son héroïne, advenir retrouvailles et nouvelles rencontres sans vouloir les prolonger ou leur donner une fonction narrative définitive. Mises bout à bout, ces scènes donnent cependant tout son sens à l’errance d’Eva.

Comment devenir une « vraie » personne »

La diversité humaine des rencontres offre un deuxième niveau de lecture au film. Un peu comme dans certains films de Rohmer, mais un Rohmer moins policé et plus direct, la conversation fait aussi son cinéma, et ouvre sur des interrogations existentielles : sur ce que fait de nous le voyage, ou à l’inverse sur le fait de rester dans le lieu où l’on est né, sur la possibilité des recommencements. Aucune clé définitive ne nous est donnée : changer de pays, de ville nous change, mais l’on peut aussi avoir le courage de (se) changer en restant toute sa vie dans le même lieu, comme le suggère l’un des personnages. D’ailleurs Eva elle-même, madrilène, est comme en exil temporaire dans un appartement qu’on lui a prêté. Une nuit, elle ne parvient même plus à ouvrir la porte d’entrée, ce qui la conduit justement à retrouver une amie perdue de vue. Se perdre pour retrouver l’autre, peut-être pour se retrouver soi-même ? Le film est plein de tels micro-récits paradoxaux.

La vierge d’août

Un troisième niveau de lecture, à la fois mystérieux et ironique, nous est donné par le titre espagnol, La virgen de Agosto (« la vierge d’Août ») : le film est aussi un conte sur la féminité (étonnante scène mystico-païenne de « massage » pratiquée par une femme rencontrée … au cinéma), sur ce qui fait que l’on devient femme - avec des règles que les hommes, s’ils les avaient, ne pourraient supporter sans demander un congé à leur employeurs -  et même que l’on peut même devenir mère sans rapport sexuel, un mystère qu’Eva découvre sans que le spectateur sache s’il doit être pris au sérieux. Le secret d’Eva lui appartient et ne sera pas dévoilé. Les références à la vierge apparaissent également au passage des processions, qui débouchent devant le balcon même d’Eva. Vierge parce qu’Eva (ou Eve, la première femme) doit tout réinventer pour exister ? Bien heureusement, tout l’art de Jonás Trueba est d’éviter tout symbolisme lourd : la légèreté, l’insouciance même de l’été sont préservées, d’autant que le film sait capter sa lumière, et cadre admirablement les changements d’espace, faisant jouer les contrastes entre les lieux clos du petit appartement dans lequel Eva s’alanguit et ceux de son errance dans les rues, les places et les jardins. Avec en prime le ciel nocturne et ses étoiles filantes lors de la nuit de San Lorenzo. Un film anti-confinement parfait !

Francis Grossmann

Disponibilité : on peut louer ou acheter Eva en Août sur plusieurs plateformes (CanalVOD, Orange, FilmoTV, Rakuten TV). Le film est disponible à la vente à la FNAC. Une suggestion d’achat a été déposée pour la bibliothèque municipale de Grenoble (Centre ville).

« Eva en août » est votre premier long-métrage distribué en France. Comment en êtes-vous venus à faire du cinéma ? Jonas Trueba : Je viens d’une famille où le cinéma est très présent. Mon père est réalisateur [Fernando Trueba, Oscar du meilleur film étranger pour Belle Epoque en 1994], ma mère productrice. J’ai eu depuis l’enfance une expérience très concrète du cinéma, très quotidienne, sans avoir à en passer par sa dimension fantasmatique. C’est pour cette raison que je me suis très vite orienté vers un cinéma indépendant, une façon artisanale de fabriquer les films. Itsaso Arana : J’ai passé toute ma jeunesse dans l’univers du théâtre et ai fini par monter ma propre compagnie, La Tristura, en 2004. Du coup, le cinéma est resté pour moi quelque chose d’exotique. Je le vois comme un cadeau qui m’a été fait, une possibilité d’étendre ma palette d’actrice. Vous avez écrit le film ensemble. Comment cela s’est-il passé ? I. A.: Jonas m’avait parlé de cette atmosphère particulière qui règne à Madrid l’été, qu’il y avait sans doute un film à faire à partir de cela. J’avais joué dans son précédent film, La Reconquista [2016], et nous avons eu envie de prolonger ce travail ensemble, ce qui m’a permis de me jeter à l’eau. Bien sûr, j'avais déjà écrit et mis en scène pour le théâtre, mais sans cela, je n’aurais jamais osé écrire un scénario. J. T. : J’ai beaucoup d’intérêt pour cette période, la première quinzaine d’août, où Itsaso et moi avons tendance à rester à Madrid, alors que nos familles et amis désertent la ville pour fuir la chaleur. C’est un moment particulièrement cinégénique où la lumière, le calme, mais aussi les fêtes populaires de chaque quartier s’allient pour créer une sorte de temps suspendu, plein de hasards et d’opportunités, de choses qui ne peuvent arriver que dans ces conditions-là. Le film semble très ouvert. Vous avez souvent tourné dans la rue, au milieu des passants. Quelle est la part du prévu et de l’imprévu ? J. T. : Atteindre ce sentiment d’imprévu, de hasard contrôlé, c’était ce que nous visions et la grande leçon du cinéma moderne, de cinéastes comme Abbas Kiarostami, dont les films donnent l’impression de s’inventer en direct. Comme le préconisait Jean Renoir, l’art consiste à assumer l’artifice, la construction, la manipulation, tout en laissant une brèche ouverte pour que la vie puisse s’y insérer, qu’elle marque la fiction de son empreinte. Notre but était donc de nous insérer dans la réalité des fêtes de quartier et de trouver le bon équilibre pour l’articuler aux besoins de la fiction. I. A. : Mon personnage se plonge dans la foule, parmi les passants. Il s’agissait de se tenir disponible à ce que le réel pouvait nous apporter, de laisser les choses venir. Cela pouvait contrecarrer parfois ce qu’on avait écrit, mais le cinéma, ce n’est jamais rien d’autre que cela : s’adapter à l’imprévu et en tirer le meilleur.

Extrait d’une interview du cinéaste et de son actrice principale, parue dans le Monde du 5 août 2020

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La Party

La Party réalisé par Blake Edwards en 1968

Synopsis

Un acteur indien extrêmement maladroit détruit un coûteux décor lors du tournage d’un film. Le producteur le renvoie et demande à son assistant de l’inscrire sur liste noire. Suite à un quiproquo, l’acteur se retrouve finalement sur la liste des invités à une soirée huppée. Commence alors une série de gags provoqués par ce monsieur catastrophe. La soirée ne se déroulera pas comme prévue et sera mouvementée !

 

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En un peu plus

Fans de Mister Beans, ce film est pour vous ! Considéré comme un classique de la comédie, les gags s’enchaînent et sont surtout visuels : chutes, inondation, animaux … Le réalisateur, Blake Edwards, est connu entre autres pour avoir réalisé Diamants sur Canapé et la série des Panthère Rose, avec Peter Sellers qui incarne ici le personnage principal.

Le film se déroule principalement en huis clos dans une jolie maison possédant moulte fontaines, piscines et systèmes robotisés; les costumes, les coiffures et la musique très sixties apportent quant à eux leur charme vintage.

Je dois admettre que j’ai vu pour la première fois ce film sans en attendre quoi que ce soit et l’effet de surprise a bien fonctionné puisque je l’ai adoré. Ce fut ensuite un plaisir de le regarder de nouveau et de le partager à d’autres personnes. Le film comporte beaucoup d’improvisation, on passe un très bon moment devant, et certaines scènes me font toujours rire aux éclats : la maison qui se détraque, la perte de la chaussure dans les canaux aquatiques de la maison, l’inondation dans la salle de bain, le repas sur une chaise trop petite, le perroquet…

Attention, ce film est accusé de racisme envers la culture indienne. Le personnage principal du film, censé être un acteur indien, répond à plusieurs stéréotypes; il ne parle pas très bien anglais, il se tient mal, … . Et l’acteur qui l’incarne, Peter Sellers, est d’origine anglaise et est grimé en “Indien” avec force fond de teint marron. On est encore en 1968 à l’époque.

Où le trouver

Disponible en VOD sur Youtube, Google Play, Canal +

Marie Mathivet

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Les Amants crucifiés

Les Amants crucifiés Réalisé par Kenji Mizoguchi en 1954

Synopsis

XVIIe siècle. Mohei est le brillant employé de l’imprimeur des calendriers du palais impérial. O-San, la jeune épouse de son patron, sollicite son aide pour éponger les dettes de sa famille car son mari est trop avare. Mohei accepte et emprunte l’argent sur la commande d'un client. Dénoncés et menacés d’adultère, Mohei et O-San vont devoir fuir avant de s’avouer l’un l’autre leur amour.

En un peu plus

Mizoguchi fait une critique de cette société japonaise du XVIIe siècle, en montrant qu'elle est fondée sur la réputation, la place sociale de chaque personne. De plus, elle est fortement influencée par l’argent qu’on en possède ou pas, que l’on achète, que l’on en prête ou non. C’est pourquoi, la peur du déshonneur guide les protagonistes. Dans cette société, les sentiments fraternels et/ou amoureux ne sont pas naturels, toujours contraints, imposés par la famille(mariage arrangés par les anciens), ou par les relations entre employé/employeur. La mise en scène est impeccable et très tranchante entre ces intérieurs rigides et ces extérieurs très souples. Ces deux champs montrent que seul à l'extérieur, la véritable rencontre entre deux personnes peut se construire, se fortifier jusqu'à son paroxysme, la naissance d’un amour inattendu, fou et destructeur. J’ai personnellement été cueilli, surpris par cet amour fou car je n'avais aucune connaissance de ce film ni de ce réalisateur. Cette passion m’a littéralement retourné par ces situations humaines et ce destin annoncé dans le titre même du film. Il y a une réplique qui résume ces quelques lignes “je n’ai jamais vu Madame si heureuse”: elle qui avait tout dans son mariage; pour le fuir pour vivre enfin cet amour avec l’employé de son ami. Ce choix la couvre de déshonneur ainsi qu’à son ami. Mais elle sera riche, aimée et respectée comme jamais. J’ai lu cette citation d’Eric Rohmer : « S’il nous touche de très près, ce n’est pas parce qu’il démarque l’Occident, mais parce que, parti de fort loin, il aboutit à la même conception de l’essentiel. » Étant sensible à la qualité visuelle du film, la restauration en 4K est juste magnifique. Le travail est perceptible lors certains plans sombres ou ceux en exterieur nappés de brouillard.

Où voir ce film rare ?

Je vous propose de découvrir ce film qui est proposé par la cinetek dans le cycle mensuel Passion. le cycle comporte 9 autres films dont “La femme d’à coté” de François Truffaut, “Brève rencontre” de David Lean….) Ce film est aussi disponible en DVD/Blu ray.

Christophe Germain

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La fleur de l’âge / Rapture

La fleur de l’âge / Rapture – John Guillermin – USA – 1965

Il est des films dont on se demandera toujours pourquoi ils sont demeurés totalement oubliés. C’est le cas pour La fleur de l’âge, de John Guillermin. En effet, il n’est jamais ressorti sur les écrans chez nous depuis mai 1966, ni jamais passé à la télévision. John Guillermin (1925–2015) est un réalisateur d’origine anglaise surtout connu pour ses films à grand spectacle, le plus célèbre étant sans conteste La tour infernale en 1974, une référence du film catastrophe au casting de stars incroyable. C’est un spécialiste du film « grand public » puisqu’on le verra réaliser plusieurs Tarzans, deux King Kong dont un en 1976 avec un fringant Jeff Bridges et une pétillante Jessica Lange. Il touche à tous les genres : guerre avec Le pont de Remagen en 1969, le policier avec Mort sur le Nil en 1978 avec Peter Ustinov dans le rôle d’Hercule Poirot, le western avec El Condor en 1970 ou même le cinéma d’exploitation avec Shaft en Afrique en 1973. Force est de reconnaitre que certains de ces films ne sont pas très bons son dernier, King Kong Lives en 1986 est à peu près aussi ridicule que celui de Peter Jackson en 2005, c’est dire. Malgré cela, il a aussi tourné quelques films plus personnels et très intéressants comme Guns at Batasi en 1964, un des rare films à traiter de la décolonisation en Afrique, qui voit un officier britannique de l’armée coloniale, brillamment interprété par Richard Attenborough, manquer de faire échouer toute la délicate transition politique et militaire vers l’indépendance, incapable de comprendre les changements du monde qui l’entoure et voyant le sien s’écrouler.

Alors pourquoi regarder La fleur de l’âge ? Parce que La fleur de l’âge est, comme il l’a déclaré dans une interview, le film préféré de John Guillermin ce que l’on comprend aisément quand on voit à quel point il diffère du reste de sa filmographie. On peut même aller jusqu’à dire sans trop s’avancer que c’est son meilleur film. Le thème de l’histoire est assez classique : l’éveil à l’amour et le passage de l’adolescence à l’âge adulte d’une adolescente solitaire. Le scénario est tiré d’un roman de l’écrivaine anglaise Phyllis Hastings, Rapture in my Rags publié en France sous le titre L’épouvantail (Del Duca, 1961). Le traitement adopté dans le film arrive à éviter les écueils du genre par une approche très onirique à la limite du fantastique parfois et par une complexité des rapports tissés entre les quatre personnages, en particulier ceux unissant Agnès à son père.

Parce que ce film, bien que rassemblant une équipe des plus hétéroclite est une parfaite réussite tant d’un point de vue formel qu’esthétique. En effet, si c’est un film américain, il est produit par un français, Christian Ferry, réalisé par un anglais, avec une équipe technique franco-américaine et un casting international. L’action du film est transposée d’Angleterre en France dans les magnifiques paysages de la côte bretonne filmés dans un scope noir et blanc somptueux du chef opérateur français Marcel Grignon à qui l’on doit des films comme Paris brûle-t-il ?, Cent mille dollars au soleil (aussi dans un scope noir et blanc somptueux) tout comme la série des Fantômas et des OSS 117 plus hauts en couleurs ! La réalisation de Guillermin est à la hauteur avec un usage du scope excellent alternant les plans larges magnifiant les décors et paysages, usant d’angles de vue souvent recherchés et de mouvements de caméras élaborés conduisant à nombre de plans-séquences des plus réussis et contrastant avec des gros plans souvent fulgurants sur les visages des acteurs, au plus près des émotions. Noter à ce titre le travail sur les séquences se déroulant en ville au montage et à la réalisation (focale, angles, enchaînements, découpe, musique) totalement différents du reste du film accentuant la détresse d’Agnès.

Parce que la musique est de Georges Delerue qui reste l’un des plus grands compositeurs de musique de film français qui là encore fait preuve d’un immense talent tant sa partition magnifie de nombreuses séquences du film. Parce que les acteurs sont bons. Le talent de Melvyn Douglas n’est plus a démontré depuis son oscar obtenu l’année précédente pour son rôle dans Le plus sauvage d'entre tous de Martin Ritt, il en obtiendra un second quelques années plus tard. Il campe ici le personnage d’un père détruit par l’amour sans retour pour une femme et sa trahison des idéaux de justice qui étaient les siens. Dean Stockwell a déjà une longue carrière d’enfant star derrière lui et entame sa seconde carrière dans un registre plus exigent marqué par son interprétation dans Le long voyage vers la nuit de Sidney Lumet en 1962, remarquable adaptation de la pièce d’Eugene O'Neill, qui l’oppose à Katharine Hepburn quant à elle certainement dans son plus grand rôle. Son personnage de séducteur au final bien fragile est très bien joué avec toute la mesure nécessaire. Gunnel Lindblom, qui vient de nous quitter en janvier dernier, fait partie des actrices fétiches d’Ingmar Bergman et on a pu l’admirer dans La source en 1960 et Les communiants en 1963. Elle est parfaitement juste dans le rôle de Karen.

Et enfin parce qu’il y a Patricia Gozzi. Patricia Gozzi à 15 ans quand elle tourne ce film et le moins qu’on puisse dit c’est qu’elle montre ici un talent d’actrice assez exceptionnel d’autant plus qu’elle joue en anglais. Sa présence à l’écran est incroyable tant elle semble totalement imprégnée par son personnage, elle « vole » littéralement chaque plan dans lequel elle apparait et d’ailleurs Guillermin l’a bien compris lui aussi et en profite au maximum. Patricia Gozzi avait été révélée trois ans plus tôt en 1962 dans le bouleversant Les dimanches de Ville d'Avray de Serge Bourguignon. Elle y jouait un rôle de Cybèle, d’ailleurs assez proche de celui d’Agnès, une jeune adolescente un peu trop mature marquée par la vie qui se mettait à entretenir une relation trouble et ambigüe avec un homme plus âgé traumatisé par la guerre et en manque total de repères (un excellent Hardy Krüger). Le film, bien que très bon, avait été boudé en France car on était en pleine Nouvelle Vague et que ce film que hante de bout en bout la rumeur et la suspicion de pédophilie n’était pas vraiment dans l’air du temps. Par contre, une fois n’est pas coutume, il avait été acclamé aux Etats-Unis ce qui avait ouvert les portes d’Hollywood à Bourguignon (qui malheureusement n’y perça pas) et fait connaître Patricia Gozzi qui y était déjà remarquable malgré son jeune âge. C’est ce qui lui a ouvert les portes de La fleur de l’âge où elle est encore plus impressionnante. Après ce film, Gozzi cessera vite le cinéma après son mariage et se consacrera au monde des affaires et à sa famille. A la vue de La fleur de l’âge on est en droit de penser que le cinéma hexagonal a peut-être là perdu une grande actrice.

C’est après avoir vu Les dimanche de Ville d’Avray que j’ai eu envie de voir le second film de Patricia Gozzi, que j’ai réalisé l’oubli dans lequel La fleur de l’âge était tombé chez nous et que j’ai découvert qu’il avait été restauré et édité en Blu-Ray outre-manche. Je me suis empressé de l’acquérir (il était encore disponible à l’époque) et je n’ai pas été déçu ! Un véritable coup au cœur !

POUR VOIR LE FILM Si vous avez l’envie de partager ce coup de cœur, le film est visible (en V.O. sans sous-titres) gratuitement sur Youtube. Qui plus est, la qualité est plutôt bonne… pour une vidéo Youtube s’entend.  Sinon il est introuvable en France. Le film, qui a été (très bien) restauré était disponible en deux éditions limitées Blu-Ray (chez Twilight Time, USA) et combo Blu-Ray/Dvd en Angleterre (chez Eureka Classics) L’édition anglaise est de meilleure qualité mais elles sont toutes les deux épuisées et disponibles uniquement d’occasion et malheureusement dans une gamme de prix prohibitive. En espérant, un jour, revoir ce film comme il le mérite, sur grand écran…

Rolland Douzet

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Mademoiselle de Jonquières

Mademoiselle de Jonquières, Emmanuel Mouret, 2018. disponible sur ARTE VOD gratuite jusqu’au 16 février.

Ne le ratez pas! Dès le début, j’ai été saisi puis baladé de surprises en surprises sans ménagement jusqu’à l’effroi, quand les douces liqueurs et les beaux atours se muent en venin et en linceul en parvenant à mêler le complexe des situations et le limpide des images…

J’ai été pris par une scène d’ouverture intrigante et belle à souhait (qui se révèle être un plan séquence très maîtrisé) une voix d’abord, une voix de femme qui énumère, faussement admirative une longue liste de noms, un couple vient vers nous, élégants et légers dans le décor idéal d’un parc aux arbres centenaires, un couple qui vient de loin, du fond du cadre et du profond des siècles. Elle pourrait chanter il catalogo è questo, la liste des conquêtes de Don Giovanni ( tiens, un contemporain)… Lui, le libertin, flatté, reste séducteur, semble mener le jeu… Pas pour longtemps.

Plus que pris, happé, chopé, je me suis surpris à me rapprocher de l’écran pour pas en manquer une miette. Des ingrédients connus s’invitent et s’imposent, en quelque sorte naturellement : désir, séduction, jeux de pouvoirs, déception, ressentiment, manipulation, machination, emprise, cruauté mais aussi rapports de classe et la persistance d’une troublante sincérité, de la recherche pour chacun de sa vérité, quel qu’en soit le prix.

Millefeuille de vengeance et de haine, vengeance amoureuse, vengeance de genre combinées à une vengeance de classe… Les valeurs, les personnes, les sentiments sont piétinés sans la moindre pitié… Et la fluidité de la caméra agit comme un mirage trompeur, hypnotisant, d’une ironie grinçante, sous le beau décor, ça grouille…

L’oeuvre d’un entomologiste, cependant capable d’humour loufoque (ah! les deux fauteuils…) Les mots aussi sont acteurs - et les silences, donc - dans cette langue française magnifique du XVIII ème siècle, ceux/celles qui la maîtrisent, ceux/celles qui la subissent, ceux/celles qui la chuchotent, ceux/celles qui se taisent…

Ce moment, fugace, où au détour d’un couloir, le simple geste d’un domestique et le tempo qui l’accompagne, suffisent d’abord, à intriguer sur le statut de la personne introduite mais aussi à l’indiquer, sans fard, ça, c’est du cinéma. Et à un autre moment, le titre qui prend sens, la seule ligne droite, mais implacable, du film. La cruauté n’est pas l’apanage des brutes et le raffinement n’exclut pas, loin de là, les projets les plus noirs et les plus dénués d’humanité… Rien de manichéen, bien malin qui pourra tracer une ligne entre le bien et le mal…

La violence d’une situation ne se mesure pas forcément à la quantité d’hémoglobine répandue, oh! que non…Ce qui n’empêche nullement d’apprécier Tarantino et son cinéma…

Enfin le plaisir vient aussi de la qualité des interprètes, tous, toutes, Emmanuel Mouret grand directeur d’acteurs assurément… Ah! n’oublions pas, cinéphiles nous sommes…Des liens de parenté avec, par exemple La religieuse (d’après Diderot également), le terrifiant Les proies de Don Siegel, Que la fête commence de Bertrand Tavernier pour l’analyse politique et historique, Ridicule de Patrice Leconte, Barry Lindon et bien sûr, le Renoir de La règle du jeu. Pas moins… “Ce qui est terrible dans ce monde, c’est que tout le monde a ses raisons.”

Daniel Buisson, 11 février 2021.

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Le 14/10/2020 SEULS SONT LES INDOMPTÉS

SEULS SONT LES INDOMPTÉS
Lonely are the Brave, David Miller, Etats-Unis, 1962, 107 min MERCREDI 14 OCTOBRE à 20h
C’est le passé qui pousse “Jack” Burns, cow boy en marge, à revenir dans cette petite ville du Nouveau Mexique...

Ce film, le préféré de Kirk Douglas, exaltation de la liberté individuelle, s’appuie sur une distribution sans faille et un scénario signé Dalton Trumbo.

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Le 07/10/2020 L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE

L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE
The man who shot Liberty Valance, John Ford, Etats-Unis, 1962, 122 min MERCREDI 7 OCTOBRE à 20h
1910. Le vieux sénateur Stoddard et sa femme reviennent dans l’Ouest pour assister à l’enterrement d’un cow boy à priori sans importance...

“Western testament“ de John Ford dont les thèmes résonnent d’une étonnante modernité en 2020.

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Le 30/09/2020 LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS

LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS

High Noon, Fred Zinnemann, Etats-Unis, 1952, 89 min
MERCREDI 30 SEPTEMBRE à 20h
Juin 1875, Hadleyville, à 10h30 le shérif Will Kane vient d'épouser la jeune quaker Amy Fowler. Il est sur le point de rendre son étoile quand une menace se profile...

Un des westerns qui a contribué à populariser le genre. Des vedettes, une musique entêtante... sans oublier le contexte politique étasunien !

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