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Les fiches du Covid

Les fiches du Covid (4)

La Party

La Party réalisé par Blake Edwards en 1968

Synopsis

Un acteur indien extrêmement maladroit détruit un coûteux décor lors du tournage d’un film. Le producteur le renvoie et demande à son assistant de l’inscrire sur liste noire. Suite à un quiproquo, l’acteur se retrouve finalement sur la liste des invités à une soirée huppée. Commence alors une série de gags provoqués par ce monsieur catastrophe. La soirée ne se déroulera pas comme prévue et sera mouvementée !

 

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En un peu plus

Fans de Mister Beans, ce film est pour vous ! Considéré comme un classique de la comédie, les gags s’enchaînent et sont surtout visuels : chutes, inondation, animaux … Le réalisateur, Blake Edwards, est connu entre autres pour avoir réalisé Diamants sur Canapé et la série des Panthère Rose, avec Peter Sellers qui incarne ici le personnage principal.

Le film se déroule principalement en huis clos dans une jolie maison possédant moulte fontaines, piscines et systèmes robotisés; les costumes, les coiffures et la musique très sixties apportent quant à eux leur charme vintage.

Je dois admettre que j’ai vu pour la première fois ce film sans en attendre quoi que ce soit et l’effet de surprise a bien fonctionné puisque je l’ai adoré. Ce fut ensuite un plaisir de le regarder de nouveau et de le partager à d’autres personnes. Le film comporte beaucoup d’improvisation, on passe un très bon moment devant, et certaines scènes me font toujours rire aux éclats : la maison qui se détraque, la perte de la chaussure dans les canaux aquatiques de la maison, l’inondation dans la salle de bain, le repas sur une chaise trop petite, le perroquet…

Attention, ce film est accusé de racisme envers la culture indienne. Le personnage principal du film, censé être un acteur indien, répond à plusieurs stéréotypes; il ne parle pas très bien anglais, il se tient mal, … . Et l’acteur qui l’incarne, Peter Sellers, est d’origine anglaise et est grimé en “Indien” avec force fond de teint marron. On est encore en 1968 à l’époque.

Où le trouver

Disponible en VOD sur Youtube, Google Play, Canal +

Marie Mathivet

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Les Amants crucifiés

Les Amants crucifiés Réalisé par Kenji Mizoguchi en 1954

Synopsis

XVIIe siècle. Mohei est le brillant employé de l’imprimeur des calendriers du palais impérial. O-San, la jeune épouse de son patron, sollicite son aide pour éponger les dettes de sa famille car son mari est trop avare. Mohei accepte et emprunte l’argent sur la commande d'un client. Dénoncés et menacés d’adultère, Mohei et O-San vont devoir fuir avant de s’avouer l’un l’autre leur amour.

En un peu plus

Mizoguchi fait une critique de cette société japonaise du XVIIe siècle, en montrant qu'elle est fondée sur la réputation, la place sociale de chaque personne. De plus, elle est fortement influencée par l’argent qu’on en possède ou pas, que l’on achète, que l’on en prête ou non. C’est pourquoi, la peur du déshonneur guide les protagonistes. Dans cette société, les sentiments fraternels et/ou amoureux ne sont pas naturels, toujours contraints, imposés par la famille(mariage arrangés par les anciens), ou par les relations entre employé/employeur. La mise en scène est impeccable et très tranchante entre ces intérieurs rigides et ces extérieurs très souples. Ces deux champs montrent que seul à l'extérieur, la véritable rencontre entre deux personnes peut se construire, se fortifier jusqu'à son paroxysme, la naissance d’un amour inattendu, fou et destructeur. J’ai personnellement été cueilli, surpris par cet amour fou car je n'avais aucune connaissance de ce film ni de ce réalisateur. Cette passion m’a littéralement retourné par ces situations humaines et ce destin annoncé dans le titre même du film. Il y a une réplique qui résume ces quelques lignes “je n’ai jamais vu Madame si heureuse”: elle qui avait tout dans son mariage; pour le fuir pour vivre enfin cet amour avec l’employé de son ami. Ce choix la couvre de déshonneur ainsi qu’à son ami. Mais elle sera riche, aimée et respectée comme jamais. J’ai lu cette citation d’Eric Rohmer : « S’il nous touche de très près, ce n’est pas parce qu’il démarque l’Occident, mais parce que, parti de fort loin, il aboutit à la même conception de l’essentiel. » Étant sensible à la qualité visuelle du film, la restauration en 4K est juste magnifique. Le travail est perceptible lors certains plans sombres ou ceux en exterieur nappés de brouillard.

Où voir ce film rare ?

Je vous propose de découvrir ce film qui est proposé par la cinetek dans le cycle mensuel Passion. le cycle comporte 9 autres films dont “La femme d’à coté” de François Truffaut, “Brève rencontre” de David Lean….) Ce film est aussi disponible en DVD/Blu ray.

Christophe Germain

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La fleur de l’âge / Rapture

La fleur de l’âge / Rapture – John Guillermin – USA – 1965

Il est des films dont on se demandera toujours pourquoi ils sont demeurés totalement oubliés. C’est le cas pour La fleur de l’âge, de John Guillermin. En effet, il n’est jamais ressorti sur les écrans chez nous depuis mai 1966, ni jamais passé à la télévision. John Guillermin (1925–2015) est un réalisateur d’origine anglaise surtout connu pour ses films à grand spectacle, le plus célèbre étant sans conteste La tour infernale en 1974, une référence du film catastrophe au casting de stars incroyable. C’est un spécialiste du film « grand public » puisqu’on le verra réaliser plusieurs Tarzans, deux King Kong dont un en 1976 avec un fringant Jeff Bridges et une pétillante Jessica Lange. Il touche à tous les genres : guerre avec Le pont de Remagen en 1969, le policier avec Mort sur le Nil en 1978 avec Peter Ustinov dans le rôle d’Hercule Poirot, le western avec El Condor en 1970 ou même le cinéma d’exploitation avec Shaft en Afrique en 1973. Force est de reconnaitre que certains de ces films ne sont pas très bons son dernier, King Kong Lives en 1986 est à peu près aussi ridicule que celui de Peter Jackson en 2005, c’est dire. Malgré cela, il a aussi tourné quelques films plus personnels et très intéressants comme Guns at Batasi en 1964, un des rare films à traiter de la décolonisation en Afrique, qui voit un officier britannique de l’armée coloniale, brillamment interprété par Richard Attenborough, manquer de faire échouer toute la délicate transition politique et militaire vers l’indépendance, incapable de comprendre les changements du monde qui l’entoure et voyant le sien s’écrouler.

Alors pourquoi regarder La fleur de l’âge ? Parce que La fleur de l’âge est, comme il l’a déclaré dans une interview, le film préféré de John Guillermin ce que l’on comprend aisément quand on voit à quel point il diffère du reste de sa filmographie. On peut même aller jusqu’à dire sans trop s’avancer que c’est son meilleur film. Le thème de l’histoire est assez classique : l’éveil à l’amour et le passage de l’adolescence à l’âge adulte d’une adolescente solitaire. Le scénario est tiré d’un roman de l’écrivaine anglaise Phyllis Hastings, Rapture in my Rags publié en France sous le titre L’épouvantail (Del Duca, 1961). Le traitement adopté dans le film arrive à éviter les écueils du genre par une approche très onirique à la limite du fantastique parfois et par une complexité des rapports tissés entre les quatre personnages, en particulier ceux unissant Agnès à son père.

Parce que ce film, bien que rassemblant une équipe des plus hétéroclite est une parfaite réussite tant d’un point de vue formel qu’esthétique. En effet, si c’est un film américain, il est produit par un français, Christian Ferry, réalisé par un anglais, avec une équipe technique franco-américaine et un casting international. L’action du film est transposée d’Angleterre en France dans les magnifiques paysages de la côte bretonne filmés dans un scope noir et blanc somptueux du chef opérateur français Marcel Grignon à qui l’on doit des films comme Paris brûle-t-il ?, Cent mille dollars au soleil (aussi dans un scope noir et blanc somptueux) tout comme la série des Fantômas et des OSS 117 plus hauts en couleurs ! La réalisation de Guillermin est à la hauteur avec un usage du scope excellent alternant les plans larges magnifiant les décors et paysages, usant d’angles de vue souvent recherchés et de mouvements de caméras élaborés conduisant à nombre de plans-séquences des plus réussis et contrastant avec des gros plans souvent fulgurants sur les visages des acteurs, au plus près des émotions. Noter à ce titre le travail sur les séquences se déroulant en ville au montage et à la réalisation (focale, angles, enchaînements, découpe, musique) totalement différents du reste du film accentuant la détresse d’Agnès.

Parce que la musique est de Georges Delerue qui reste l’un des plus grands compositeurs de musique de film français qui là encore fait preuve d’un immense talent tant sa partition magnifie de nombreuses séquences du film. Parce que les acteurs sont bons. Le talent de Melvyn Douglas n’est plus a démontré depuis son oscar obtenu l’année précédente pour son rôle dans Le plus sauvage d'entre tous de Martin Ritt, il en obtiendra un second quelques années plus tard. Il campe ici le personnage d’un père détruit par l’amour sans retour pour une femme et sa trahison des idéaux de justice qui étaient les siens. Dean Stockwell a déjà une longue carrière d’enfant star derrière lui et entame sa seconde carrière dans un registre plus exigent marqué par son interprétation dans Le long voyage vers la nuit de Sidney Lumet en 1962, remarquable adaptation de la pièce d’Eugene O'Neill, qui l’oppose à Katharine Hepburn quant à elle certainement dans son plus grand rôle. Son personnage de séducteur au final bien fragile est très bien joué avec toute la mesure nécessaire. Gunnel Lindblom, qui vient de nous quitter en janvier dernier, fait partie des actrices fétiches d’Ingmar Bergman et on a pu l’admirer dans La source en 1960 et Les communiants en 1963. Elle est parfaitement juste dans le rôle de Karen.

Et enfin parce qu’il y a Patricia Gozzi. Patricia Gozzi à 15 ans quand elle tourne ce film et le moins qu’on puisse dit c’est qu’elle montre ici un talent d’actrice assez exceptionnel d’autant plus qu’elle joue en anglais. Sa présence à l’écran est incroyable tant elle semble totalement imprégnée par son personnage, elle « vole » littéralement chaque plan dans lequel elle apparait et d’ailleurs Guillermin l’a bien compris lui aussi et en profite au maximum. Patricia Gozzi avait été révélée trois ans plus tôt en 1962 dans le bouleversant Les dimanches de Ville d'Avray de Serge Bourguignon. Elle y jouait un rôle de Cybèle, d’ailleurs assez proche de celui d’Agnès, une jeune adolescente un peu trop mature marquée par la vie qui se mettait à entretenir une relation trouble et ambigüe avec un homme plus âgé traumatisé par la guerre et en manque total de repères (un excellent Hardy Krüger). Le film, bien que très bon, avait été boudé en France car on était en pleine Nouvelle Vague et que ce film que hante de bout en bout la rumeur et la suspicion de pédophilie n’était pas vraiment dans l’air du temps. Par contre, une fois n’est pas coutume, il avait été acclamé aux Etats-Unis ce qui avait ouvert les portes d’Hollywood à Bourguignon (qui malheureusement n’y perça pas) et fait connaître Patricia Gozzi qui y était déjà remarquable malgré son jeune âge. C’est ce qui lui a ouvert les portes de La fleur de l’âge où elle est encore plus impressionnante. Après ce film, Gozzi cessera vite le cinéma après son mariage et se consacrera au monde des affaires et à sa famille. A la vue de La fleur de l’âge on est en droit de penser que le cinéma hexagonal a peut-être là perdu une grande actrice.

C’est après avoir vu Les dimanche de Ville d’Avray que j’ai eu envie de voir le second film de Patricia Gozzi, que j’ai réalisé l’oubli dans lequel La fleur de l’âge était tombé chez nous et que j’ai découvert qu’il avait été restauré et édité en Blu-Ray outre-manche. Je me suis empressé de l’acquérir (il était encore disponible à l’époque) et je n’ai pas été déçu ! Un véritable coup au cœur !

POUR VOIR LE FILM Si vous avez l’envie de partager ce coup de cœur, le film est visible (en V.O. sans sous-titres) gratuitement sur Youtube. Qui plus est, la qualité est plutôt bonne… pour une vidéo Youtube s’entend.  Sinon il est introuvable en France. Le film, qui a été (très bien) restauré était disponible en deux éditions limitées Blu-Ray (chez Twilight Time, USA) et combo Blu-Ray/Dvd en Angleterre (chez Eureka Classics) L’édition anglaise est de meilleure qualité mais elles sont toutes les deux épuisées et disponibles uniquement d’occasion et malheureusement dans une gamme de prix prohibitive. En espérant, un jour, revoir ce film comme il le mérite, sur grand écran…

Rolland Douzet

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Mademoiselle de Jonquières

Mademoiselle de Jonquières, Emmanuel Mouret, 2018. disponible sur ARTE VOD gratuite jusqu’au 16 février.

Ne le ratez pas! Dès le début, j’ai été saisi puis baladé de surprises en surprises sans ménagement jusqu’à l’effroi, quand les douces liqueurs et les beaux atours se muent en venin et en linceul en parvenant à mêler le complexe des situations et le limpide des images…

J’ai été pris par une scène d’ouverture intrigante et belle à souhait (qui se révèle être un plan séquence très maîtrisé) une voix d’abord, une voix de femme qui énumère, faussement admirative une longue liste de noms, un couple vient vers nous, élégants et légers dans le décor idéal d’un parc aux arbres centenaires, un couple qui vient de loin, du fond du cadre et du profond des siècles. Elle pourrait chanter il catalogo è questo, la liste des conquêtes de Don Giovanni ( tiens, un contemporain)… Lui, le libertin, flatté, reste séducteur, semble mener le jeu… Pas pour longtemps.

Plus que pris, happé, chopé, je me suis surpris à me rapprocher de l’écran pour pas en manquer une miette. Des ingrédients connus s’invitent et s’imposent, en quelque sorte naturellement : désir, séduction, jeux de pouvoirs, déception, ressentiment, manipulation, machination, emprise, cruauté mais aussi rapports de classe et la persistance d’une troublante sincérité, de la recherche pour chacun de sa vérité, quel qu’en soit le prix.

Millefeuille de vengeance et de haine, vengeance amoureuse, vengeance de genre combinées à une vengeance de classe… Les valeurs, les personnes, les sentiments sont piétinés sans la moindre pitié… Et la fluidité de la caméra agit comme un mirage trompeur, hypnotisant, d’une ironie grinçante, sous le beau décor, ça grouille…

L’oeuvre d’un entomologiste, cependant capable d’humour loufoque (ah! les deux fauteuils…) Les mots aussi sont acteurs - et les silences, donc - dans cette langue française magnifique du XVIII ème siècle, ceux/celles qui la maîtrisent, ceux/celles qui la subissent, ceux/celles qui la chuchotent, ceux/celles qui se taisent…

Ce moment, fugace, où au détour d’un couloir, le simple geste d’un domestique et le tempo qui l’accompagne, suffisent d’abord, à intriguer sur le statut de la personne introduite mais aussi à l’indiquer, sans fard, ça, c’est du cinéma. Et à un autre moment, le titre qui prend sens, la seule ligne droite, mais implacable, du film. La cruauté n’est pas l’apanage des brutes et le raffinement n’exclut pas, loin de là, les projets les plus noirs et les plus dénués d’humanité… Rien de manichéen, bien malin qui pourra tracer une ligne entre le bien et le mal…

La violence d’une situation ne se mesure pas forcément à la quantité d’hémoglobine répandue, oh! que non…Ce qui n’empêche nullement d’apprécier Tarantino et son cinéma…

Enfin le plaisir vient aussi de la qualité des interprètes, tous, toutes, Emmanuel Mouret grand directeur d’acteurs assurément… Ah! n’oublions pas, cinéphiles nous sommes…Des liens de parenté avec, par exemple La religieuse (d’après Diderot également), le terrifiant Les proies de Don Siegel, Que la fête commence de Bertrand Tavernier pour l’analyse politique et historique, Ridicule de Patrice Leconte, Barry Lindon et bien sûr, le Renoir de La règle du jeu. Pas moins… “Ce qui est terrible dans ce monde, c’est que tout le monde a ses raisons.”

Daniel Buisson, 11 février 2021.

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