Les Amours Imaginaires

Mercredi 11 mars 2015, 20h
les Amours imaginaires
Xavier Dolan (Canada - 2010)
Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Xavier Dolan n'est pas un génie. Ce n'est pas non plus un fumiste ni une saveur du mois. C'est un réalisateur, un vrai, un cinéaste jeune qui fait des films de son âge une qualité plus rare qu'il n'y paraît dans une industrie nord-américaine où des quinquagénaires font, en série, des films prétendument pour ados. Réglons la question de l'âge : Truffaut avait 26 ans lorsqu'il écrivit Les 400 coups, Carax en avait 23 lors du tournage de Boy Meets Girl et Forcier, également 23, lorsqu'il conçut Le retour de l'immaculée conception. Il est curieux qu'à notre époque où le jeunisme fait loi, on s'étonne de ce qu'un créateur de moins de 30 ans ait quelque chose à dire et sache comment le dire. Avec ses intuitions flamboyantes et ses maniérismes agaçants, avec sa fausse désinvolture et sa sincérité maquillée, Les Amours imaginaires confirme que Dolan est un cinéaste affirmé qui a un univers, une voix, un vrai regard sur le monde. C'est déjà beaucoup, à n'importe quel âge.[...]
Nous sommes ici au cinéma, pas dans la littérature filmée, ni dans la sociologie en images. Les personnages des Amours imaginaires n'existent qu'à l'écran, et seulement dans le contexte de cette histoire de triangle amoureux. Leur travail, leur famille, leurs amis, leur passé, leur avenir n'ont aucune importance. Ne compte que ce flux amoureux qui circule et l'univers dans lequel il s'inscrit qui, bien avant d'être à Montréal, en 2010, est celui de la planète cinéma. Musset, Dalida, Koltès, Michel-Ange, le Bauhaus sont appelés, mais ce sont les citations au 7e art qui forment le coeur de cet opus créé par un enfant de l'image. Né en 1989, Dolan n'est pas seulement un enfant de Musique Plus et du web, il est le fruit d'un siècle d'images qui, de Man Ray à Gus Van Sant, en passant par Audrey Hepburn, James Dean et Cocteau, trouve ici une expression aussi tendance qu'assumée. Les citations abondent, mais elles sont porteuses de sens. [...]
Cinéaste d'aujourd'hui, il sait filmer l'attente, le désir, la frustration, mais aussi les arbres, les ombres et les nuques. On zyeute ces dernières, on les caresse, on les gratte, on les tend : sous l'oeil amoureux de la caméra, la nuque devient une métaphore du désir. Ce n'est pas l'idée du siècle (on se souviendra, entre autres, de celle de Vanessa Paradis dans Noce Blanche, et de celle de Paul Newman, dans tous ses films), mais c'est une idée de cinéma qui atteint son but. Ceci dit, les « défauts » du cinéaste ne sont pas ceux qu'on retrouve souvent dans le cinéma québécois (images léchées, message appuyé, récit laminé par le rouleau compresseur des institutions). Ce ne sont pas non plus ceux du cinéma français ou ceux du cinéma américain, indépendant ou non. Nord-américain de sensibilité européenne (comme dit l'autre!), Dolan a des défauts qui lui appartiennent et le définissent. Si ce n'est pas la marque d'un créateur... Tout en jouant à fond la carte de la séduction, fût-elle à rebrousse-poil, il n'essaye pas de plaire à tout le monde et à son voisin. Et l'urgence palpable dans Les Amours imaginaires (tout comme dans J'ai tué ma mère) apporte un vent de fraîcheur salutaire dans un cinéma national trop souvent consensuel. Avis aux intéressés, ce film-ci ne fera pas l'unanimité, et c'est tant mieux.
[Extraits de l'article d'Eric Fourlanty qu'on peut lire dans son intégralité dans le fichier en attaché].

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Le 1/02/2017 J'ai tué ma mère

Mercredi 1er février 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Cycle "... les enfants trinquent " (1/3)

J'ai tué ma mère

(Xavier Dolan, Canada - 2009)

“J’ai écrit le scénario en trois jours, juste après avoir quitté l’école,
rempli de griefs contre ma mère, le système éducatif. Ça a été un défouloir, une catharsis.
Je l’ai écrit comme une lettre vindicative qu’on écrit à quelqu’un sans jamais lui envoyer.”

Xavier Dolan.

La relation amour-haine d’un fils et de sa mère. Un beau film autobiographique signé par un jeune homme de 20 ans.
L’histoire du cinéma ne manque pas de films à maman qui tentent sous des formes diverses de régler leur Œdipe. Il y a ceux qui fantasment, outre-tombe, sur l’image maternelle manquante (Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar), ceux qui chérissent sa présence (Le Souffle au cœur de Louis Malle), jusqu’à l’inceste (Ma mère de Christophe Honoré), et le désir de substitution totale (Psychose d’Alfred Hitchcock). Il fallait sans doute toute la fraîcheur et la provocation d’un cinéaste de 20 ans à peine pour oser désamorcer cette tension immémoriale par un titre conçu comme un effet d’annonce malicieusement prématuré et fallacieux. J’ai tué ma mère raconte la cohabitation difficile entre un adolescent de 17 ans, avide de liberté, de découvertes artistiques et de rencontres amoureuses, et de sa mère, peu à l’aise dans son rôle. Prises de tête bavardes autour du dîner rituel, muette irritation face aux tics du quotidien – rien, confie Xavier Dolan, présent à Cannes pour présenter son premier film sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, qu’il n’ait vécu ou ressenti au même âge. [...]
Il revendique un profond désir de fiction, qui passe aussi par une cinéphilie “un peu claudicante”, mais dont J’ai tué ma mère se fait à plusieurs reprises le dépositaire. Il en va ainsi des plans ralentis sur la musique de Shigeru Umebayashi, clin d’œil à In the Mood for Love de Wong Kar-wai, comme des références plus inconscientes à la Nouvelle Vague. Telles des incrustations pop dans le manteau naturaliste, de courts plans en rafales d’objets et de peintures (procédé utilisé par Godard ou Resnais) ouvrent des séquences choisies : “C’est quelque chose de ludique, et en même temps ça permet de donner en un seul geste beaucoup d’informations sur un lieu, un personnage.” Ces surgissements très plastiques trouvent leur acmé dans une scène merveilleuse de dripping (art qui consiste à jeter aléatoirement de la peinture sur un mur) mettant en scène le héros et son amant – bientôt moins occupés à peindre qu’à faire l’amour.
Plaider coupable pour un meurtre à jamais différé, c’est la condition requise pour, du statut de fils, passer à celui d’artiste et d’amant. Condition aussi pour avoir été considéré au dernier Festival de Cannes comme un très jeune cinéaste, déjà l’un des plus prometteurs d’une nouvelle génération. Pour cela, Xavier Dolan a le temps. Enfin presque : “On n’a pas la vie devant soi. C’est une phrase pour procrastiner. Il faut faire les choses avec urgence, sans les escamoter. La phrase qui me guide, c’est celle de Valéry : “Le vent se lève, il faut tenter de vivre.”
Emily Barnett [Les Inrocks, 10/07/2009]

 

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