Les Tueurs de la lune de miel

 

Les Tueurs de la lune de miel

(The Honeymoon Killers, Leonard Kastle, USA - 1969)

Mercredi 9 octobre 2013 à 20h

Salle Juliet Berto - Grenoble

 

Un couple meurtrier au sang chaud analysé avec sang-froid. Un excellent film noir.
Ce film trentenaire rappelle heureusement qu’un meurtre n’a rien de facile. Avec Hitchcock, on sait qu’un homicide peut être filmé comme une scène d’amour, y compris dans ses préliminaires longuets, son exécution (très) laborieuse et son spectacle pénible (voir Le Rideau déchiré). C’est que The Honeymoon Killers est irrigué par une rigueur, une distance louable avec son sujet, tiré d’un fait divers des années 40 : l’odyssée peu à peu sanglante d’un couple d’escrocs – un gigolo piteux et une infirmière obèse – s’en prenant à des femmes mûres, esseulées et à marier. Un brin confidentiel, sans réelle descendance (et sûrement pas Tueurs nés), le film est à la hauteur de ses contemporains indépendants, vitaux et séminaux, qui sauvèrent un cinéma américain ronronnant à l’orée des seventies (Faces, La Nuit des morts vivants). Admirée par Truffaut ou Antonioni, il s’agit de l’œuvre unique d’un réalisateur contrarié. Leonard Kastle, d’abord compositeur d’opéras, devait seulement en écrire le scénario. Il passa à la caméra après l’éviction du réalisateur initial, trop lent et méticuleux au goût de la production – et trop affairé à filmer une canette de bière dans des buissons : le jeune Martin Scorsese. La beauté du film réside dans son approche naturaliste, mais pas entièrement brute. Kastle vise un anti-glamour frontal à travers son style documentaire (noir et blanc et lumière naturelle), mais avec juste ce qu’il faut de gracieux dans l’urgence, via l’usage précis de Mahler pour la BO. Son sens avéré du détail (des lettres enflammées, une perruque, une boîte de chocolats) donne chair aux protagonistes : deux acteurs extraordinaires, antithèse de la paire Beatty/Dunaway dans Bonnie & Clyde, que Kastle détestait. Shirley Stoller (l’infirmière) est la pièce maîtresse, sorte de Shelley Winters féline, ni belle ni vraiment moche mais très sensuelle. Ils composent un étrange couple borderline aux contours flous (amoureux, fraternel et maternel), jamais grotesque, entre pathétique et folie à deux. La caméra de Kastle sait se faire idéalement incisive et pudique. Morale, elle dessine en creux le portrait d’une société américaine piégée par ses frustrations et un sentiment de solitude cosmique. Le besoin d’amour de l’infirmière est ainsi le cœur d’un film où tous les personnages sont condamnés au repli : lorsque le couple ouvre les rideaux d’une fenêtre pour regarder au dehors, la lumière est si aveuglante qu’ils s’en détournent. Une leçon de ténèbres en somme.

Léo Soesanto, Les Inrocks (19 juin 2007).

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A History of Violence

A History of Violence

(David Cronenberg, USA - 2005)

Mercredi 23 octobre 2013 à 20h

Salle Juliet Berto - Grenoble

 

Tout à coup, les choses (re)deviennent simples au pays du cinéma. Les grands metteurs en scène font de très bons films, et voilà. Une semaine après le percutant Match D.CPoint, de Woody Allen, un remarquable Cronenberg. Remarquable, cela veut dire intelligent, complexe et maîtrisé, comme on peut s'y attendre de la part du cinéaste de Toronto, mais aussi méchamment accrocheur de bout en bout. Dans ce titre qui a l'air d'être celui d'une thèse sur la fondation des Etats-Unis, le mot-clé n'est peut-être pas tant « violence » qu'« histoire ». Le film d'Allen et celui de Cronenberg, si différents soient-ils, se rejoignent en cela : ils rétablissent en virtuoses la puissance du récit. Sans déconstruction ni second degré, ils avancent avec une sûreté confondante, misant sur la surprise, l'effroi, la jouissance du rebondissement. A history of violence commence pourtant d'une façon étonnamment classique pour un film de Cronenberg, étiqueté maître ès bizarreries : comme un petit thriller à tendance parano, genre qui prolifère outre-Atlantique. Après un prologue sanguinolent ayant valeur d'avertissement, voici une bourgade typique de l'Amérique profonde et la gentille famille qui va avec. Des gens bien, à l'évidence, descendants modernes et décoincés des héros de La Petite Maison dans la prairie. Les parents, toujours très beaux, travaillent dur et s'aiment encore, inventant même de petits jeux charmants (se déguiser en pompom girl, etc.) pour tenir éveillée leur libido. Les enfants, déjà très beaux, vont à l'école ou au lycée, font du sport et mangent des céréales au petit déjeuner. Vu l'effusion de sang à laquelle on a assisté au cours des premières minutes puis la tranquillité harmonieuse, rassurante, qu'on a contemplée après, tout est en place pour le scénario, hollywoodien à mort, de la menace venue d'ailleurs, et qui se rapproche. De fait, deux malfrats entr'aperçus au tout début prennent place dans la cafétéria tenue par Tom Stall, le père de la famille susdite. Or, contre toute attente, le doux monsieur Stall fait preuve d'une habileté stupéfiante pour défendre son personnel et riposter radicalement - c'est peu dire - à la barbarie des attaquants. Toute la suite, qu'on se gardera de déflorer, découle de cette anomalie. D'un point de vue dramaturgique, c'est une bonne affaire : si l'homme en danger est capable de mater une première salve de haine, on peut croire que la seconde frappe sera ajustée autrement et ainsi de suite. Mais surtout, les obsessions du grand Cronenberg rappliquent discrètement à ce stade, ouvrant l'efficace série B (adaptée d'une bande dessinée) sur des horizons lointains et des abîmes métaphysiques. L'autodéfense telle que la pratique Tom Stall l'innocent est en quelque sorte plus inquiétante pour le spectateur que la violence des assaillants, criminels avérés. Son geste « héroïque » rappelle en même temps le premier symptôme de la métamorphose de Jeff Goldblum dans La Mouche : à la fois une révélation et le top départ d'un processus fou. Un virus est à l'oeuvre, avec un pouvoir de contagion certain, comme souvent chez Cronenberg. Première leçon, et pas des moindres, compte tenu de l'actualité géopolitique : l'extériorité du danger est un leurre. A la maison aussi, l'horreur peut couver. Exemple : un fiston fort en thème, ouvertement non violent, ne demande peut-être qu'à faire gicler le sang des insupportables caïds du bahut. Les définitions du mal et du bien s'en trouvent complètement brouillées, au profit d'une ambivalence tous azimuts. L'un des sommets du film est ainsi une scène de sexe conjugal empreinte d'une brutalité sadomaso qui renvoie à celle de Crash, l'incroyable film de Cronenberg sur la volupté des accidents de la route. La violence est-elle source d'excitation, de plaisir ? Nous voici tout à coup dans La Généalogie de la morale, de Nietzsche. C'est le côté froidement entomologiste du cinéaste, son relativisme sombre et éclairant. On peut par là pousser très loin l'hypothèse qui ferait de la famille Stall une allégorie de l'Amérique, façade respectable et passé sanglant. Pour autant, le film ne se laisse pas réduire à un traité sentencieux sur la sauvagerie de la nature humaine et les dessous de la civilisation. D'abord, Cronenberg pratique une ironie rampante qui peut, ici ou là, monter en régime, tout près de la comédie noire. Voir les personnages de mafieux effrayants et, à la fois, extrêmement drôles, joués par Ed Harris et William Hurt. Voir aussi certaines saillies gore, évoquant les débuts du metteur en scène dans le film de genre fauché. Plus subtilement, A history of violence est réchauffé par un reste de confiance dans la capacité de l'homme à se réinventer. La question informulée du personnage principal, Tom Stall, est en substance celle-ci : qu'est-ce qui fonde mon identité ? Suis-je défini par ce que j'ai pu faire autrefois ? Ou bien par ce que j'ai décidé de faire désormais ? Le charisme quasi angélique de Viggo Mortensen, connu entre autres pour son rôle de prince rôdeur dans Le Seigneur des anneaux, contribue à rendre plus humaine, plus existentielle la glaçante mécanique cronenbergienne. En face, l'époustouflante Maria Bello (vue l'an dernier dans Lady Chance) travaille en sens inverse : elle instille une dose de rudesse à son rôle d'épouse solidaire et de mère aimante. Résultat : les délices de l'ambiguïté ad libitum. La famille est cet organisme à part entière qui, en état de choc, se désagrège un moment puis mute, s'adapte et persiste dans son être. Le coup de force de Cronenberg est qu'on ne sait plus s'il faut trouver cela hideux ou sublime.
       Louis Guichard [Télérama, 02 novembre 2005].

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Excalibur

Excalibur

(John Boorman, USA - 1981)

Mercredi 4 décembre 2013 à 20h

Salle Juliet Berto - Grenoble

 

« J'ai toujours voulu réaliser un film sur la légende d'Arthur. Je portais ce projet en moi depuis mon enfance. Il y a une séquence dans Hope and Glory où l'enfant qui joue mon rôle s'amuse avec des figurines représentant un chevalier
de la Table ronde et Merlin l'enchanteur.

Excalibur représente pour moi tout le pouvoir du cinéma : recréer en chair et en os un monde fantastique. Tous les thèmes récurrents de mon cinéma s'y retrouvent :
la quête, les mythes, la rédemption. 
»
John Boorman.

Excalibur, dont l'univers visuel et sonore du film est éblouissant (les décors, l'éclairage, la musique, les costumes…), fut récompensé à Cannes par le Prix de la meilleure contribution artistique.


La critique de Christophe Chemin
John Boorman, en réalisant l’adaptation d’Excalibur, convoque le mouvement artistique de l’époque des premières illustrations des contes et légendes parsemées de combats à l’épée, de dragons ou de magie : la gravure. La matière filmique de John Boorman (l’Homme, la Nature, le Dragon) plaque l’esthétique du film au centre du cadre. Tout est événement, car les quêtes d’Excalibur et du Graal sont des quêtes viscérales et spirituelles. Les gros plans du film sur Merlin, Uther, Arthur ou Perceval gardent en général l'échelle de plans tel un flux concentré dans un seul canal. Cette construction permet au film de révéler une caractérisation forte des personnages. Les trahisons, les mensonges, l’amour se lisent sur les visages et laissent libre court à la proposition émotionnelle des acteurs. L’enjeu stylistique pour John Boorman est alors de rendre palpable ces déchirements, ces champs de force en gravant sur la pellicule des visages tirés après les batailles, vieillis (Arthur lorsque le Graal est trouvé), sales, juvéniles (Lancelot) ou mourants. Dans le continuum historico-esthétique du septième art, le principe mis en scène par John Boorman tend à reprendre un principe déjà expérimenté durant la période muette du Cinéma : mettre en image les grandes épopées historiques, mythologiques et héroïques, grâce à la la puissance plastique et dramatique des cadres, comme par exemple
Les Nibelungen de Fritz Lang.

[lire le texte complet de Christophe Chemin en attaché] 

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L'étrange Noël de monsieur Jack

L'Etrange Noël de Monsieur Jack

The Nightmare before Christmas

(Henry Selick, USA - 1993)

Mercredi 18 décembre 2013 à 20h

Salle Juliet Berto - Grenoble

 

Jack Skellington, épouvantail de son état, occupe ses journées à préparer la prochaine fête d'Halloween. Lassé de cette vie répétitive et monotone, il décide de partir et découvre Christmas Town. Après cette aventure, il revient chez lui, avec une idée originale en tête : et si cette année, c'étaient les habitants de la ville d'Halloween qui allaient fêter Noël ?

Vous l'aurez compris, cette histoire là est un conte de fée gothique que n'auraient pas désavoué les frères Grimm et dont l'auteur n'est autre que Tim Burton. Est-il encore besoin de présenter cet illusionniste à l'imaginaire débridé ? Bon, petit cours de rattrapage en une phrase chrono pour les quelques internautes ignares qui nous lisent : Tim Burton est l'un des cinq meilleurs cinéastes américains des années 90 ; il a signé, entre autres, quelques petites merveilles comme "Ed Wood", "Edward aux mains d'argent" ou "Sleepy Hollow", avant que le croquemitaine d'Hollywood ne le rattrape et qu'il ne commette le massacre du remake de "La Planète des singes". Mais ne nous avançons pas trop : en ces temps là, l'imaginaire de Tim Burton était encore vierge de toute influence pécuniaire...
L'artiste de génie nous livre donc avec "L'étrange Noël de Mr Jack" une œuvre exceptionnelle, servie par la mise en scène impeccable de Henry Selick, à qui l'on doit entre autres "James et la pêche géante" et "Monkeybone" (où Brendan 'Momie' Fraser tenait le rôle principal).
Au cours de l'histoire du film, le spectateur sera amené à rencontrer une pléiade de personnages extravagants : du Dr Frankenstein avec l'option crâne amovible au maire schyzo, en passant par les garnements masqués ; on retiendra surtout cette grosse baderne d'Oogie-Boogie, un sac à patates garni d'insectes et crooner à ses heures perdues, qui s'avère être également une allégorie de l'enfer du jeu. Ces créatures fantasques évoluent dans des décors insolites (entendez par là extraordinaires), oscillant entre le gothisme baroque et la féerie pure, avec une légère préférence pour le gothisme - un penchant naturel de Burton, sans doute -… Champ de citrouilles au faciès ricanants, manoir biscornu, cimetière aux tombes 'gargouillesques', laboratoire diabolique encombré de fioles et d'éprouvettes : des décors directement tirés des poncifs de la littérature fantastique anglaise - la meilleure, soit dit en passant - et dont la transposition à l'écran s'avère tout simplement fabuleuse ! Mais il serait stupide de cantonner ce film à un simple livre d'images…
Après avoir débattu sur la forme, abordons donc le fond. Bien que limpide de prime abord, l'histoire de " L'étrange Noël de Mr Jack " soulève en réalité des questions essentielles (et symptomatiques du cinéma de Burton) : la quête de soi, l'intégration dans la société, l'acceptation de sa propre marginalité. Dieu merci, ce n'est pas Disney qui y apporte les réponses : l'épouvantail ne finira pas entouré de lutins débonnaires dans un parterre de lilas. Au contraire, rejeté par une société qui refuse de le comprendre, Jack s'en retourne à ses citrouilles, dans son petit village d'Halloween Town. Cette histoire aura eu le mérite de lui faire découvrir l'amour en la personne de Sally, une ravissante créature couturée, mélange avoué de Marlene Dietrich et de Lisa Marie (la muse et l'épouse de Tim Burton). En dépit de ce happy-end, le constat est loin d'être tout rose. Mais après tout, pourquoi tenter de s'intégrer dans un système qui ne nous mérite pas ? Le débat est lancé…
Alors, un conte métaphorique de plus ? Pas seulement, puisque "L'étrange Noël de Mr Jack" se révèle être également une comédie musicale, servie la partition ensorcelante de Danny Elfman. Un Danny Elfman inspiré par son sujet (profitions en, c'est pas tous les jours) qui signe ici la plus belle bande originale de toute sa carrière, un véritable opéra de l'horreur où des envolées oniriques et cauchemardesques croisent des échappées jazzy.
Et ce n'est pas tout ! Il est intéressant de noter que "L'étrange Noël de Mr Jack" a été, pour l'époque, une véritable révolution dans le domaine de l'animation puisque c'est le premier long métrage à avoir été entièrement réalisé avec la technique du "stop motion" (animation image par image de personnages faits de pâte à modeler), procédé utilisé plus tard -et avec autant de brio- pour "Chicken Run".
Un enchantement de tous les instants, donc, pour les yeux comme pour les oreilles.[...][http://tribaal.online.fr/Nightmare_before_christmas.htm]

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Le 09/01/2019 Thelma et Louis

 

Mercredi 9 janvier 2019 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " En cavale " (1/3)

THELMA ET  LOUISE

(Ridley SCOTT - États-Unis - 1991 - 119 min) 

"Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain." (Horace).
" De nombreux mots passent dans ma tête tels que : prison, interrogatoires,
chaise électrique, condamnation à perpétuité, des choses de ce genre… 
Et tu me demandes si je veux sortir vivante ?" 
(in Thelma & Louise).

Je me souviens avoir regardé Thelma & Louise avec ma mère au moment de sa sortie en 1991. Étudiante à l’époque, je devais être rentrée à la maison pour les vacances. Je me souviens que nous l’avions aimé, et que nous étions même à deux doigts de lui trouver zéro défaut. Et, évidemment, nous n’étions pas d’accord sur la fin, mais impossible de me rappeler qui soutenait quoi.
En revanche, je me souviens parfaitement qu’en 1991, Thelma & Louise c’était le film qu’il fallait voir; pendant des mois après sa sortie, cet été-là, il fut au cœur de nombreux éditoriaux et de polémiques à la télé. Tout comme Do The Right Thing en 1989 ou Fahrenheit 9/11 en 2004, ce road movie de Ridley Scott sur deux filles en cavale fut LE sujet de conversation incontournable de 1991.
Vingt ans après, Thelma & Louise reste dans l’inconscient collectif un film révolutionnaire qui a marqué son époque, un film qui a un « avant » et un « après ». Aucun tour d’horizon des films sur l’empowerment des femmes (empowerment ! Ca ne vous donne pas un coup de nostalgie des années 1990 ?) ne serait complet sans lui. Mais Thelma & Louise est-il aujourd’hui davantage qu’un jalon du féminisme? Est-ce un jalon du féminisme, d’ailleurs? Est-ce même un bon film?
20 ans plus tard, toujours aussi drôle
Ce qui me saute aux yeux en revoyant Thelma & Louise, c’est que ce film est resté très drôle. Geena Davis et Susan Sarandon pètent le feu, elles sont à la fois réjouissantes et splendides dans le rôle de la ménagère et de la serveuse de l’Arkansas dont le week-end entre filles tourne à la cavale criminelle à travers plusieurs États. Brad Pitt, l’autostoppeur sexy qui séduit puis dévalise la crédule Thelma (Davis) fait encore agréablement tressaillir et se demander mais qui c’est ce type? La Thunderbird 1966 décapotable verte de Louise se détache superbement sur les rochers rouge vif du désert du sud-ouest.[...]
Une grande partie du plaisir que procure ce fantasme où la justice est faite par les victimes vient des films que nous sommes bien conscients de ne pas être en train de regarder: ce n’est pas Bonnie et Clyde, ni Le démon des armes, ni La balade sauvage, ni aucun des innombrables road movies dans lesquels deux hors-la-loi hétéros tombent ensemble dans un embrasement de gloire romantique. Thelma & Louise associe intentionnellement l’énergie nihiliste du genre et l’embrasement euphorique de la culture Oprah Winfrey qui n’en était qu’à ses balbutiements. Il nous fait prendre l’enchaînement de mauvaises décisions prises par ses héroïnes pour un souffle de libération personnelle.
Dana Stevens (Slate, 3 février 2011. Traduit par Bérengère Viennot).

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Le 16/09/2019 TUEZ CHARLEY VARRICK !

Mercredi 16 janvier 2019 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " En cavale " (2/3)

TUEZ CHARLEY VARRICK / CHARLEY VARRICK

(DON SIEGEL - États-Unis - 1973 - 111 min)

Par ses thrillers violents, oppressants, réalisés avec une technique très efficace et une belle économie de moyens, Donald Siegel " le Don " a signé A bout portant (1964), remake des Tueurs de Siodmak, Le Prix d'un meurtre (1965), Police sur la ville (1968) avec Richard Widmark. En 1968, c'est la rencontre avec Clint Eastwood avec Un shérif à New-York, un film qui casse les règles du polar classique. Clint Eastwood devient, sous la direction de Don Siegel, l'Inspecteur Harry, flic ambigu, frôlant l'illégalité et dénonçant la mansuétude dont bénéficient les criminels. Réalisateur et acteur vont y gagner une réputation de " fascistes " que la cinéphilie balaiera..

« Tuez Charley Varrick ! », un braqueur s’évapore
Une visible absence d’émotions, ou la volonté de rendre celles-ci illisibles, est typique de cette époque
A cette volonté de créer une impression d’authenticité, volonté qui s’exprimera encore durant le film, s’ajoute la peinture d’un personnage qui semble imperméable à l’émotion. Charley Varrick, devenu veuf au cours de l’attaque de la banque, paraît à peine affecté par l’événement et semble tout entier concentré sur son objectif, se mettre définitivement hors d’atteinte de ceux qui le traquent, en sacrifiant sans états d’âme son complice impatient.
Cette visible absence d’émotions, ou, en tout cas, cette volonté de rendre celles-ci illisibles, est typique, là aussi, d’une période où les cinéastes pouvaient mettre à distance les possibilités pour les spectateurs de s’identifier aux personnages. Le film s’attache en effet à suivre un individu, génialement incarné par Walter Mathau, plus célèbre pour le couple qu’il formait avec Jack Lemmon dans les comédies de Billy Wilder (superbe paradoxe), apparemment dénué d’affect.
Quête métaphysique
Or à quoi s’applique le comportementalisme strict d’un récit cinématographique qui colle aux actions d’un personnage parfois opaque ? A mettre à nu le processus par lequel le protagoniste va organiser sa propre disparition, va gommer toute trace de son existence passée. Deux ans plus tard, Michelangelo Antonioni filmait sensiblement la même histoire, le récit d’un homme qui s’évapore en revêtant une nouvelle identité.
L’effacement du héros pouvait certes être lu comme une allégorie plus générale sur les théories d’alors annonçant « la fin du sujet ». Si, dans Profession : reporter, le personnage de David Locke (Jack Nicholson) se dissolvait dans la peau d’un autre, c’était pour résoudre une angoisse plus existentielle – échapper à la réalité en général –, plus purement symbolique, que celle d’un Charley Varrick, soucieux surtout de fuir la mafia et la police.
Mais si les péripéties du film d’Antonioni – trafic d’armes et menaces des services secrets – le rapprochaient vaguement des conventions du thriller, l’obstination de Varrick à disparaître du monde ne pourrait-elle pas aussi être lue comme l’expression d’une quête tout autant métaphysi-que que concrète ? [Jean-François Rauger • Le Monde, 05 juillet 2017]

 

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Le 23/01/2019 LES CHASSES DU COMTE ZARROFF

Mercredi 23 janvier 2019 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

En partenariat avec LE FESTIVAL DES MAUDITS FILMS 2019

LES CHASSES DU COMTE ZAROFF
THE MOST DANGEROUS GAME

(Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel - États-Unis - 1932 - 63 min)

. « Les Chasses du Comte Zaroff constitue, en tout état de cause,
un cauchemar à visée morale servi par une absence de sentimentalité et de pathos absolument inoubliabl
e. »
(Jacques Lourcelles, Dictionnaire du cinéma, Robert Laffont, 1992, p. 261) 

Il est, dans l’histoire du cinéma, quelques très rares films qui peuvent être considérés comme des œuvres matricielles. Sans aucun doute, Les Chasses du comte Zaroff fait partie de ce cercle très fermé, et cette position ne tient pas aux indéniables qualités techniques et artistiques déployées par les auteurs du film, pluriel sciemment utilisé car la réussite de Zaroff tient à un véritable travail d’équipe, même si l’apport de Schoedsack reste primordial. Un film, si sublime soit-il, si parfait sa mise en scène puisse être, n’en devient pas pour autant une œuvre matricielle. Il faut que le film fonctionne, frappe les esprits, c’est une condition sine qua non. Mais il faut avant tout que son sujet même possède une forme de simplicité, d’évidence qui puisse permettre à des générations d’auteurs de venir à leur tour broder dessus, de l’utiliser pour développer leurs réflexions philosophiques, morales, sociales ou plus simplement pour éprouver leur maestria de metteurs en scène. Si The Most Dangerous Game est une œuvre matricielle, c’est parce que son thème, un homme chassant ses congénères, contient la promesse de multiples et inépuisables variations cinématographiques. Le brio et l’intelligence de la forme étant le garant que ce thème soit transcendé et que le film puisse s’installer naturellement dans la mémoire collective..

On est happé, et ce quel que soit le nombre de fois où on a déjà vu le film, quel que soit le nombre de fois qu’on ait vu son thème repris ailleurs. Il y a quelque chose de magique et de difficilement cernable qui est ici en jeu, mais une partie de cette magie tient certainement au fait que regarder Les Chasses du comte Zaroff, c’est ouvrir un livre d’images qui nous ramène aux contes de fées de notre enfance : il y a le château, ses cryptes inquiétantes que l’on explore à la lueur d’une bougie, sa porte interdite gardée par un colosse ; il y a la sombre forêt et sa meute de loups haletants ; et bien sûr il y a l’ogre. Ce dernier est l’un des atouts du film et l’on sait depuis l’adage hitchcockien que plus le méchant est réussi, plus le film l’est. Leslie Banks s’avère excellent en aristocrate suave et inquiétant, rôle archétypale qu’il habite avec une grande conviction. Pour preuve de son talent, la scène où il présente sa salle des trophées à ses prisonniers a été écourtée par la RKO suite aux premières previews. [Olivier Bitoun - dvdclassik.com]

RAPPEL DE LA PROGRAMMATION DANS LE CADRE 
DU FESTIVAL DES MAUDITS FILMS 2019

(Détails dans le programme spécial dédié)
Mardi 22 janvier, 20h
    EL TOPO (Alexandro Jodorowsky)
    (Interdit aux -12 ans) 
Mercredi 23 janvier, 18h
    SOLEIL DE FEU (Interdit aux -16 ans lors de sa sortie en salle – Larry Spiegel)
Samedi 26 janvier, 18h
    LE MONDE PERDU (Irwin Allen)
Samedi 26 janvier : Double Séances
    20h : GRINDHOUSE PINK FLAMINGO (John Waters)
    (Interdit aux -16 ans lors de sa sortie en salle)
    22h : CAPTAIN ORGAZMO (Trey Parker et Matt Stone)
    (Interdit aux -12 ans lors de sa sortie en salle)

 

 

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Le 30/01/2019 LA BALADE SAUVAGE

LA BALADE SAUVAGE
Badlands - Terence Malick - USA - 1975 - 94 min MERCREDI 30 JANVIER à 20h

Au fin fond du Dakota, face à l’incompréhension et l’hostilité de leur entourage, une jeune fille naïve et son boy-friend se lancent dans une cavale sanglante et désespérée.

Dès son premier film Malick pose les fondements de son œuvre à venir, l’incommunicabilité entre les êtres et la nature transcendante. La gueule d’amour de Martin Sheen et la fragilité de Sissy Spacek font le reste

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Le 13/03/2019 PROFESSION : REPORTER

PROFESSION : REPORTER

Profession : reporter - Michelangelo Antonioni - USA/Italie - 1975 - 126 min

MERCREDI 13 MARS à 20h

Qui n'a pas rêvé un jour de changer d'identité ? Pour David Locke, reporter qui n'y croit plus, l'occasion se présente à la lisière d'un désert d'Afrique noire. Dans un hôtel perdu, il maquille sa propre mort et se fait passer pour un autre.

« Je considère Profession : reporter comme un de mes films les plus aboutis au niveau de l'esthétique. Je considère également que c'est un film politique puisqu'il traite des rapports de l'individu avec la société.» (Michelangelo Antonioni).

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