Cinquante Ans

Cinquante Ans (6)

Le 14/03/2017 Blow Up

Mardi 14 mars 2017, 18h30 : Ouverture des « 50 ans du Ciné-club de Grenoble »
en présence d’Éric Piolle,
Maire de Grenoble.
Salon de la Maison de l’International
(à côté du Cinéma Juliet-Berto)

Les "50 ans du Ciné-club de Grenoble"  (1/5)

Blow Up

(Michelangelo Antonioni, GB, USA, Italie - 1966)
Palme d’or, Festival de Cannes 1967

« Je ne crois pas que les films soient faits pour être compris,
ni que leurs images et leurs sujets doivent être expliqués.
On devrait exiger bien davantage d’un film, quelque chose de très différent.
 Un film doit modifier la perception du spectateur, l’inciter à fondre l’image,
le son et l’idée dans une expérience unifiée lui permettant de pénétrer
 et d’apprécier la vie intérieure du film.
» – Michelangelo Antonioni.

« Gradually Antonioni brings us face to face with time and space, nothing more,
nothing less.
And they stare right back at us. It was frightening, and it was freeing.
The possibilities of cinema were suddenly limitless
. » – Martin Scorsese.
[Cités par Nicholas Renaud, Hors-Champs, Novembre-Décembre 2016].

Michelangelo Antonioni sur son film :
 «
Je ne sais pas comment est la réalité. La réalité nous échappe, elle ment continuellement. Lorsque nous pensons l’avoir saisie, elle est déjà différente. Je me méfie toujours de ce que je vois, de ce qu’une image nous montre, parce que j’imagine ce qu’il y a au-delà, et nous ne savons pas ce qu’il y a derrière une image. Le photographe du film qui n’est pas un philosophe, veut aller voir de plus près, mais lorsqu’il l’agrandit, l’objet lui-même se décompose et disparaît. Il y a donc un moment au cours duquel on saisit la réalité, mais l’instant d’après, elle nous a déjà échappé. Voilà, un peu, le sens de Blow up ».

MICHELANGELO ANTONIONI, UN PEINTRE MODERNE
« Cinéaste de l’incommunicabilité » : cette étiquette colle à la peau de Michelangelo Antonioni, encore désigné par cette formule au moment de sa mort, le 30 juillet 2007. L’expression est forcément réductrice pour un artiste qui a laissé une empreinte aussi forte et personnelle dans le cinéma, à l’instar d’Ingmar Bergman disparu le même jour que lui. Bien que différents, ces deux grands peintres du couple en crise représentent des figures phares du cinéma d’auteur européen, au point de voir leur nom devenir un qualificatif : ainsi parle-t-on de films antonioniens, preuve d’une esthétique devenue une référence et pour certains (Wenders par exemple) un héritage. Chez Antonioni, les paysages, l’architecture, le ciel et la couleur ont leur mot à dire, en silence toujours, comme s’ils étaient des personnages à part entière : ils participent à la désintégration d’un amour, d’une identité, d’un récit et à la diffusion d’un malaise informulable. De la radiographie inédite, à la fois très picturale et documentaire, qu’il fait du monde contemporain, le cinéaste tirera toute sa modernité et une puissance formelle rare.
L’œuvre d’Antonioni a été et continue d’être éminemment fertile pour la littérature sur le cinéma. On a donc beaucoup cherché à expliquer ce qui « n’est pas fait pour être expliqué », comme il le disait lui-même. Bien entendu, certains critiques et historiens sont bien conscients des écueils du langage et du travail analytique en face des films d’Antonioni, ils ont su trouver des angles et le vocabulaire pour en rendre certaines dimensions plus intelligibles. Mais aussi un ensemble de clichés, de raccourcis et de spéculations se sont propagés. De plus, la masse des discours a presque laissé croire que l’œuvre est faite pour l’analyse, qu’elle part elle-même de prémisses théoriques, qu’on a besoin de quelques clés conceptuelles pour y entrer. Antonioni est devenu malgré lui une sorte de faire-valoir intellectuel. Il l’a un peu cherché, pourrait-on dire, avec un film comme Blow Up (1966), y posant des questions sur la nature du réel, son incertitude pour la perception et les problèmes de sa reproduction dans les images, permettant alors à bien des plumes de s’enorgueillir de leur analyse et de virevolter dans la sémiologie (une recherche internet sur Blow Up peut provoquer une nausée aiguë).
Nicolas Renaud [HORS-CHAMPS, Novembre-Décembre 2016].

En fichiers téléchargeables ci-dessous: le Dossier de presse des 50 ans (DP170225_50ans) et deux dossiers d'étude sur le film (LC1_Antonioni_Blow_Up et LC2_Antonioni_Blow_Up. ainsi que la fiche F170314 du film.

On continue à fêter les
"50 ans du Ciné-club de Grenoble" demain
Mercredi 15 mars avec 
Un crime dans la tête
(John Frankenheimer, 1958)

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Le 15/03/2017 Un Crime dans la tête

Mercredi 15 mars 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Les "50 ans du Ciné-club de Grenoble"  (2/5)

Un crime dans la tête
The Manchurian Candidate

(John Frankenheimer, USA, Italie - 1962)

Carte blanche à Laurent Huyard et Jean Dorel

" Le comble du raffinement [...] est d'utiliser des événements réels et
 de les raconter en termes de fiction tout en mélangeant les styles
."
John Frankenheimer.

Un crime dans la tête est une adaptation du roman de Richard Condon, The Manchurian candidate, paru en 1960. La réalisation ne fut pas chose facile, les grands studios refusant de se lancer dans l'aventure. Il fallut toute la force de conviction de Frank Sinatra pour mener à bien le projet. L'acteur américain alla jusqu'à s'investir financièrement dans la mise en chantier du film et il accepta de tourner à la condition d'incarner le rôle principal du capitaine Benett Marco.
Ce film réussit l'exploit de mêler deux thèmes chers à Hollywood : la psychanalyse et la guerre froide avec sa chasse aux sorcières.
J. Leigh, à peine sortie de
Psychose côtoie indirectement un psychopathe assassin victime d'une mère abusive et manipulatrice.
C'est le scénariste de
Sept Ans de réflexion (1955) et de Diamants sur canapé (1961), George Axelrod qui fut chargé de scénariser Un Crime dans la tête.
Ce film a fait l'objet d'un remake par Jonathan Demme en 2004, également intitulé
Un Crime dans la tête.

JOHN FRANKENHEIMER
John Frankenheimer commença sa carrière dès les débuts de la télévision américaine en 1954 et dirigea plus de 150 shows télévisés avant de passer au cinéma en 1961. On peut constater que son style visuel est à son apogée dès ses premières oeuvres cinématographiques ; il avait eu largement l’occasion d’expérimenter le travail sur la caméra et les différents objectifs de même que le montage durant les 7 années passées à la télévision.
La qualité majeure de son cinéma est de prendre le spectateur aux tripes à l’aide d’images fortes et souvent indélébiles, imposant sa propre vision du sujet comme une évidence indiscutable. Il ne craint pas de choquer ou de provoquer des réactions violentes dans son public et ce quel que soit le type d’œuvres qu’il réalise (petites ou grosses production). Pour se faire, sa mise en scène est toujours le fruit d’un énorme travail au cours duquel il met sur pied des structures complexes aux mouvements de caméra audacieux et jamais gratuits, ce qui, associé à sa connaissance du montage lui permet de surprendre et d’accrocher le spectateur comme peu de réalisateurs en sont capables.
On dénote chez lui une prédilection pour les sujets difficiles et psychologiquement fouillés, les intrigues torturées, qui sont la preuve d’une grande ambition. Il est donc aisé d’isoler dans sa longue filmographie le thème récurrent d’un monde cruel qui induit une confusion mentale, souvent sévère, chez les héros qui se révèlent le plus souvent être des inadaptés sociaux. La virulente dénonciation critique de l’inhumanité et de l’âpreté du fonctionnement de notre société moderne et de ses dirigeants (folie et paranoïa) est au centre de son univers. Un pessimisme justifié et un sens de l’absurde ravageur hantent son œuvre et l’aspect dérangeant qui en résulte peut expliquer en partie le succès mitigé de la plupart de ses films, le grand public n’aimant généralement pas trop être bousculé et ébranlé dans ses certitudes.[...]
Il en résulte un style précis, flamboyant et très travaillé, mais également une thématique évoluée et passionnante ainsi qu’une conscience sociale élevée. Pourtant l’oeuvre de Frankenheimer est toujours largement sous-estimée en France alors qu’il possède de façon évidente les qualités des plus grands cinéastes. Si ses meilleures réalisations n’atteignent peut-être pas la "perfection" des plus grands chefs-d’oeuvre du fait de leur énergie et de la fougue qui le conduisent à être parfois excessif voire grandiloquent, on ne peut certainement pas le taxer d’académisme, loin de là.. Malgré leurs petits défauts, ses films les plus passionnants démontrent en effet sa capacité à être en avance sur son temps et ce aussi bien au niveau de la mise en scène que des thèmes abordés et de leur traitement. Toutefois, il faut bien avouer qu’après 1970, la qualité de ses oeuvres connut une baisse significative due à un alcoolisme sévère qui gâcha sa vie et son travail dans des proportions dramatiques.
[Stefan Rousseau, 6 janvier 2005 (dvdclassik.com)]

En fichiers téléchargeables ci-dessous: le Dossier de presse des 50 ans (DP170225_50ans) et la fiche F170315 du film.

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Jeudi 16 mars avec 
Les Producteurs / The Producers
(Mel Brooks, 1967)

 

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Le 16/02/2017 Les Producteurs

Jeudi 16 mars 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Les "50 ans du Ciné-club de Grenoble"  (3/5)

Les Producteurs / The Producers

(Mel Brooks, USA - 1967)

En partenariat avec la Cinémathèque de Grenoble

« La tragédie, c’est lorsqu’on se coupe le doigt.
La comédie, c’est quand on tombe dans une bouche d’égout ouverte et que l’on meurt

« Dieu ne peut pas répondre à tous ceux qui l'appellent.
Il est comme un garçon dans un restaurant. Il a trop de tables à servir. 
»
« L'humour n'est qu'un des moyens de se défendre contre l'univers. »
Mel Brooks

Premier film de Mel Brooks, Les Producteurs peut aussi être qualifié comme étant son seul  « vrai film » : c’est le seul qui ne soit pas un pastiche. Un producteur sur le retour (Zero Mostel) et un comptable fantasque et complexé (Gene Wilder) cherchent à mettent sur pied un four à Broadway pour pouvoir garder une partie de l’argent de la production. Mel Brooks se lâche totalement et ne recule devant aucune surenchère pour faire rire. Le mauvais goût est son arme de choix et il sait parfaitement l’utiliser : le show que ces producteurs vont monter s’appelle  « Springtime for Hitler » (Le printemps d’Hitler) et c’est une comédie musicale… L’auteur est un nostalgique du 3e Reich parfaitement azimuté (Kenneth Mars), avec casque germanique et accent à couper au couteau. Faisant preuve d’une indéniable maîtrise, Mel Brooks parvient étonnamment à trouver l’équilibre alors que tout apparaît outrancier, forcé presque à l’extrême, à commencer par le jeu tonitruant de Zero Mostel et le jeu hystérique de Gene Wilder. Il est tout aussi surprenant aujourd’hui de voir à quel point cette comédie totalement débridée ne vieillit pas, elle a toujours la même capacité à nous faire rire à gorge déployée. Il n’y a aucun temps mort, le rythme est soutenu. Un coup de maître pour Mel Brooks.
[http://films.blog.lemonde.fr/2009/11/17/producteurs/]

En fichier téléchargeable ci-dessous: le Dossier de presse des 50 ans (DP170225_50ans) et la fiche F170316 du film.

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"50 ans du Ciné-club de Grenoble" demain
Vendredi 17 mars avec 
Le ciné-concert dans une création musicale contemporaine d'Arnaud Petit sur la première partie des 10 Commandements de Cecil B. DeMille

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Le 17/03/2017 Ciné-Concert Les Dix Commandements

Vendredi 17 mars 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Les "50 ans du Ciné-club de Grenoble"  (4/5)

Les dix commandements
The Ten Commandments

(Cecil B. DeMille, USA - 1923)

Ciné-concert dans une création musicale contemporaine dArnaud Petit
En partenariat avec la Cinémathèque de Grenoble
et le Festival "Détours de Babel 20"

« Qui dit DeMille dit Hollywood et réciproquement. »
Jean-Pierre Coursodon et B. Tavernier
[in 50 ans de Cinéma américain, Omnibus, Nathan, 1995, p. 413]

« Nous avons ressorti de vieux films légendaires que nous avons mis en musique », explique Benoît Thiebergien. C’est notamment le cas pour la création du compositeur Arnaud Petit De l’exode à la terre promise, réalisée autour du film de Cecil B. DeMille, Les dix commandements. La musique sera interprétée en direct par le musicien qui utilisera des instruments classiques autant qu’électroniques tels des synthétiseurs ou des ordinateurs. [JK, Place Gre'net, 12 février 2017]

CECIL B. DEMILLE
La postérité est injuste qui n'a souvent retenu de lui, parmi soixante-dix films, que les deux les plus tardifs, les peplums religieux - "Samson et Dalila" et "Les dix commandements" . Il reste surtout de lui l'image d'un prédicateur à grand spectacle. S'il fallait situer ce personnage baroque sur l'échelle du christianisme, on dirait qu'il est... assez loin du pape François : plutôt du côté de Rubens et des peintres d'église de la Contre-Réforme.
Les films religieux ne sont en réalité qu'une partie de son œuvre. Il est d'abord un des grands prêtres d'Hollywood. C'est là que, du muet au technicolor, il trouve son accomplissement. Le producteur en culotte de cheval de "Tintin", l'ordre constamment à la bouche, c'est lui. Le domaine qu'il a bâti à vingt cinq miles des studios, le peuplant de toutes sortes d'animaux, comme l'arche de Noé, il l'a nommé "le Paradis". Et gare à qui viendrait contrebattre ses principes à la Paramount et sur la colline sacrée, il est menacé d'être plongé dans les ténèbres extérieures et jeté aux lions - on l'a vu pendant le maccarthysme.
Lui qui croyait en la réincarnation, se serait-il vu en Dieu dans une autre vie ? En tout cas, une blague courait à Hollywood : Saint Pierre appelait d'urgence un psychanalyste : "Venez vite, Dieu se prend pour Cecil B. DeMille" .
[Jean Lebrun (France-Inter, La Marche de l’Histoire, 20 mai 2013)]

ARNAUD PETIT
Arnaud Petit s’est intéressé, et confronté à l’image sous diverses formes, mais en tant que compositeur. En choisissant de travailler avec des films muets à la fin des années 80 à l’Ircam (« La Passion de Jeanne d’Arc », de C.T. Dreyer, « Tabou » de W. Murnau), il développe le pouvoir de mise en scène des images au moyen de la musique et du son. Dans l’opéra « La Place de la République », créé au Centre Pompidou au début des années 90, il réalise lui-même une partie cinématographique centrale de l’opéra. Le pouvoir de la musique face aux images n’est pas neutre, l’assumer au premier plan dans un cadre spectaculaire fut l’une de ses préoccupations, qui heurta très vivement alors. Depuis lors, la musique orchestrale ainsi qu’électronique a tenu une place importante de sa production, ainsi que divers opéras. « La bête dans la jungle », d’après la nouvelle éponyme d’Henry James, sera prochainement repris à l’opéra de Cologne.[…]

En fichiers téléchargeables ci-dessous: le Dossier de presse des 50 ans (DP170225_50ans) et la fiche (F170317) du film.

On termine la fête des
"50 ans du Ciné-club de Grenoble" demain
Samedi 18 mars avec 
Bonnie et Clyde / Bonnie and Clyde
(Arthur Penn, 1967)

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Le 18/03/2017 Belle de Jour

Luis Buñuel
Belle de jour (France - Italie, 1967)

Lion d’or au Festival de Venise 1967

« Buñuel est le peintre des contrastes violents, de l’ombre et de la lumière,
de la nuit et du jour, du rêve et de la lucidité. Entre ces extrêmes,
 il cherche la plus grande tension. Il filme les phantasmes avec la caméra
la plus terre-à-terre. Il est matérialiste quand il parle de Dieu,
exalté, révolté, quand il parle de la société des hommes
. »
Jean Collet

 « Belle de jour fut le plus grand succès commercial de ma vie,
succès que j’attribue aux putains du film plus qu’à mon travail
. »
Luis Buñuel (dans son autobiographie Mon dernier soupir, 1982, p. 299).

Belle de jour s'inscrit dans la continuité dans la filmographie du réalisateur. Une brique de plus dans la construction de la maison Buñuel. Encore ici, son exploration des désirs humains et des pulsions versus les contraintes sociales (souvent imposées par la religion selon Buñuel), se fait avec une distance dans le propos. Chez le réalisateur ibéro-mexicain, le message est dilué et opaque et se retrouve dans la symbolique, dans le rêve. Une double lecture est nécessaire. Voilà pourquoi Belle de jour, tout comme plusieurs autres de ses œuvres, porte le gène du surréalisme. Buñuel préfère montrer la direction vers l'espace mental de son héroïne plutôt qu'expliquer. Au final, son film est précis, taillé au scalpel, à la fois clinique et pessimiste.

L'œuvre profite également beaucoup d'un casting de rêve. Après Répulsion (1965) de Roman Polanski, Catherine Deneuve rejoue le rôle de la femme complexée, perturbée et distante. Son apparence physique impeccable, son faciès pur et sa blondeur assurent une esthétique rigide au film. Nulle autre actrice n'aurait pu jouer avec autant d'étrangeté formaliste un rôle aussi complexe. Jean Sorel en mari compréhensif, mais surtout Michel Piccoli, délicieux de sadisme, complètent une affiche fabuleuse.

[Olivier Bourque, Séquences, Septembre-Octobre 2007]

Fiche technique

Réalisation : Luis Buñuel. Scénario : L. Buñuel, Jean-Claude Carrière, adapté du roman homonyme de Joseph Kessel. Photographie : Sacha Vierny. Décors : Robert Clavel. Costumes (Catherine Deneuve) : Yves Saint Laurent. Montage : Louisette Hautecoeur. Assistant réalisateur : Pierre Lary

Producteurs : Henri Baum, Robert Hakim et Raymond Hakim

Pays d'origine : France, Italie. Durée : 101 mn. Date de sortie : 24 mai 1967 (France)

Distribution

Catherine Deneuve (Séverine Sérizy), Jean Sorel (Pierre Sérizy), Michel Piccoli (Henri Husson),

Geneviève Page (Madame Anaïs), Pierre Clémenti (Marcel), Françoise Fabian (Charlotte), Macha Méril (Renée), Maria Latour (Mathilde), Muni (Pallas), Francis Blanche (Monsieur Adolphe, le client régulier), Georges Marchal (le duc), Francisco Rabal (Hippolyte), Bernard Musson (le domestique du duc), François Maistre (le client masochiste), Stéphane Bouy (un trafiquant), Claude Cerval (le chauffeur), Iska Khan (l'Asiatique), Michel Charrel, Marcel Charvey, Dominique Dandrieux, Marc Eyraud, Pierre Marsay, Brigitte Parmentier, Antonio Passaglia, D. de Roseville, Claude Salez,

Pierre Vaudier, Louis Viret.

Récompences

  • 1967 : Lion d'or au Festival de Venise 1967

            Prix Méliès.

Synopsis

« Epouse d’un jeune interne des hôpitaux, Pierre Serizy (Jean Sorel), Séverine (Catherine Deneuve, géniale) n’a jamais trouvé un véritable plaisir sensuel auprès de lui. Un des amis du ménage, Henri Husson (Michel Piccoli), dandy libertin amateur de call-girls, lui glisse un jour l’adresse d’une maison clandestine. Troublée, Sévérine ne résiste pas à l’envie de s’y rendre et ne tarde pas à devenir la pensionnaire de Mme Anaïs (Geneviève Page). Elle y est appelée Belle de jour car ses visites surviennent chaque après-midi de deux à cinq heures. »

LUIS BUNUEL [http://cinema.encyclopedie.personnalites.bifi.fr/index.php?pk=12639]

Issu d'une famille bourgeoise, Luis Buñuel fait ses classes dans un collège jésuite. Après des études de sciences à Madrid, il gagne Paris en 1925 et fraye avec les premiers surréalistes.

Avant de retourner dans son pays pendant la durée de la guerre civile (1936-1939), Luis Bunuel a le temps de réaliser deux courts-métrages qui lui vaudront les louanges de Man Ray et d'André Breton: Un chien andalou (1928), dans lequel il brise les standards encore récents de la création cinématographique ; et L'âge d'or (1930), véritable pamphlet anticlérical qui donne le ton de son œuvre à venir. Envoyé ensuite en mission spéciale au Etats-Unis par le gouvernement républicain, Buñuel traîne ses guêtres à New York dans différents jobs pour subvenir à ses besoins. En 1947, il rejoint la ville qui deviendra son fief: Mexico. Il y tourne Gran casino (1947) et surtout Los olvidados (Les réprouvés, 1950) avec lequel il signe un retour triomphal en Europe lors du Festival de Cannes. Il continue néanmoins de s'opposer au régime franquiste et refuse d'aller travailler en Espagne. La France, elle, veut de lui et il surfe sur la vague du Nouveau Roman en adaptant Cela s'appelle l'aurore d'Emmanuel Roblès. En 1961, il feint d'accepter la censure de Franco en réalisant Viridiana; le film fait scandale lors de sa présentation au festival de Cannes mais obtient la palme d'or. Une fois encore, Buñuel y dénonce la préséance de la morale chrétienne sur la société occidentale et fustige le conformisme des bourgeois comme il le fera plus tard dans Le charme discret de la bourgeoisie, 1972. Censurée en Espagne, Viridiana connaît un franc succès en Europe. C'est, pour Buñuel, le temps de la maturité au cours duquel s'épanouissent toutes les facettes d'une vision du monde subversive et ravageuse; temps où l'artiste laisse libre court à l'expression de son insolence, de son irrévérence et de ses fantasmes. Avec Belle de jour (1966) et Tristana (1969), il donne à Catherine Deneuve deux rôles qui propulsent la jeune comédienne en haut de l'affiche. Les plus grands comédiens se le disputent: Jeanne Moreau pour Le journal d'une femme de chambre (1963); Delphine Seyrig et Michel Piccoli pour La voie lactée (1969), Monica Vitti pour Le fantôme de la liberté. Tous rejoignent le public dans une fascination pour cet homme affranchi de toutes modes qui empoigne la liberté et renvoie dos à dos toutes les hypocrisies. Il clôt son œuvre cinématographique en adaptant, avec son fidèle scénariste Jean-Claude Carrière, La femme et le pantin de Pierre Louÿs qui sortira en 1977 sous le titre énigmatique de Cet obscur objet du désir.

Cinéaste passionné, Buñuel ne se contente pas de réaliser ses films; il exerce toute la panoplie des métiers du cinéma. Il fait l'acteur (Un chien Andalou, En este pueblo no hay ladrones), écrit et produit nombre de ses films.

Récompences

  • 1977 : Meilleur réalisateur au NSFC Award - National Society of Film Critics Awards pour le
                film : Cet obscur objet du désir.
  • 1974 : Meilleur scénario au BAFTA - The British Academy of Film and Television Arts pour le
                film : Le charme discret de la bourgeoisie.
  • 1972 : Meilleur réalisateur au NSFC Award - National Society of Film Critics Awards pour le
                film : Le charme discret de la bourgeoisie.
  • 1951 : Meilleur réalisateur au Festival International du Film (Cannes) pour le film :
                Los olvidados

BELLE DE JOUR : L’ÉDUCATION FRANÇAISE

Le thème de la prostitution occasionnelle devait être à la mode à deux ans de la formidable explosion de Mai 68, encombrant héritage… Tandis que Godard, toujours en avance d’une révolution ou deux, brosse via Deux ou Trois Choses que je sais d’elle… une chronique aux accents documentaristes de la ménagère de banlieue complétant le budget familial en faisant des passes de 4 à 6, Buñuel, à l’instar de Kessel, déplace le fond du problème sur le terrain des 5 à 7 et des frustrations bourgeoises qui en constituent souvent l’origine : Séverine, incarnation absolue de la Parisienne rive Gauche, ne se prostitue pas pour l’argent, mais pour suppléer aux carences d’une existence à la fois confortable (elle ne manque objectivement de rien) et aliénante (sa vie de femme mariée ne lui a pas permis de se mettre en règle avec ses désirs les plus intimes).

C’est bien l’histoire d’une quête – sur fond de refoulement permanent – que Buñuel retrace en une heure et demie, Séverine cherchant à retrouver la souillure " originelle " là où d’autres passent leur existence entière à tenter de retrouver l’innocence perdue. Recherche nécessairement voué à l’échec, " l’Autre " (le client, interchangeable malgré la multiplicité des profils et des perversions) se trouvant lui-même, presque par définition, confronté à l’unicité de ses propres fantasmes. Lorsque après moult déceptions, Marcel-Clémenti apporte à Séverine la révélation tant attendue, c’est au prix d’un amour inconditionnel mais destructeur (il y laissera la vie et Pierre, ses yeux et ses jambes) dans lequel sombreront les dernières illusions de la jeune femme. Trente-six ans auparavant, Buñuel tournait le très subversif L’Âge d’or, manifeste surréaliste s’il en fût, et, ce faisant, semblait s’approprier l’aphorisme de Breton selon lequel la beauté serait convulsive ou ne serait pas. Une vie d’homme et trente films plus tard, la beauté n’est plus qu’un leurre glacé, éventuellement bon à tartiner de boue, tel le visage magnifié – façade rassurante et trompeuse – de Catherine Deneuve (cela vaut aussi pour Jean Sorel), et que seule la perversité conjuguée des anges noirs du film, Anaïs, Marcel et Husson, parviendra, non sans mal, à faire voler en éclats.

Olivier Bourque [Séquence, n° 250 (Septembre-Octobre 2007)]

CATHERINE DENEUVE SUR LE TOURNAGE DE BELLE DE JOUR

« J'ai eu beaucoup de réticences, le tournage a été difficile avec Buñuel. Le film était écrit comme on le voit. Peu de choses montrées, beaucoup d'entre elles suggérées. Quand on a tourné, je sentais que les frères Hakim et Buñuel ne voulaient pas faire le même film. C'était une situation très délicate pour moi ! Buñuel ne me parlait pas beaucoup. Il n'avait que les frères Hakim comme interlocuteur. Je sortais de plusieurs tournages avec des auteurs comme Demy avec qui nous discutions des rushes que nous visionnions. Alors, se retrouver en studio entre les frères Hakim et Buñuel me donnait le sentiment d'être assez seule. Ma sœur m'avait beaucoup aidé à l'époque parce que j'étais assez démoralisée ! »

PAUL VERHOEVEN SUR BELLE DE JOUR
(extrait de Selon Verhoeven, traduit du néerlandais par Harry Bos). [cinematheque.fr]

« La question qui se pose à propos de ce film est toujours la même : tout cela n'est-il qu'un rêve ? C'est en raison de ce mélange de flashbacks, de fantaisies érotiques et surtout de cette fin inhabituelle, mais on peut distinguer avec précision faits et fiction. La scène la plus typique est sans doute celle où un Asiatique se présente comme client dans la maison close. Il apporte une mystérieuse petite boîte : en l'ouvrant, il en sort un son bourdonnant et aigu. Est-ce un mécanisme ? Est-ce un être vivant ? On ne le saura jamais. L'Asiatique en parle, mais son texte n'est délibérément pas traduit, peut-être s'agit-il même de faux chinois. On ne verra que le couvercle, et la blague surréaliste se trouve là. Buñuel nous laisse imaginer ce qui se trouve dedans, comme s'il testait notre propre fantaisie perverse. Tout ce qu'on peut imaginer à propos de la sexualité repose sur un fond de vérité. Une pareille boîte se trouvait d'ailleurs déjà dans Un chien andalou, le manifeste surréaliste que Buñuel tourna en 1929 avec Salvador Dalí. Ce n'est pas pour rien que Buñuel est le maître de la continuité cachée. À propos de fantaisies sexuelles : il y en a plein dans mon propre long métrage Business is Business (1971). À l'époque, je ne réalisais pas que les clients dans Business is Business ressemblent étonnamment à ceux de Belle de jour. »

Filmographie partielle de Luis Buñuel

Assistant-réalisateur

1926 : Mauprat de Jean Epstein

1926 : Carmen (second assistant)

1927 : La Sirène des tropiques

1928 : La Chute de la maison Usher

Réalisateur (Buñuel a participé au scénario de tous les films qu'il a réalisés)

1929 : Un chien andalou (court métrage).

1930 : L'Âge d'or.

1933 : Terre sans pain (Las Hurdes ou Tierra Sin Pan) (court métrage).

1950 : Los Olvidados.

1951 : Susana la perverse (Susana, demonio y carne).

            Don Quintin l'amer (La Hija Del Engaño)
            2e adaptation par Buñuel de la pièce de Carlos Arniches

1953 : L'Enjôleuse (El Bruto).

            Tourments (Él).

1954 : Les Aventures de Robinson Crusoé (Aventuras De Robinson Crusoe).

            On a volé un tram (La Illusión Viaja En Tranvía).

             Les Hauts de Hurlevent (Abismos de Pasión, Cumbres Borrascosas).

1955 : Le Fleuve de la mort (El Río y la Muerte).

            La Vie criminelle d'Archibald de la Cruz (Ensayo De Un Crimen).

1956 : Cela s'appelle l'aurore.

            La Mort en ce jardin (La Muerte En Este Jardín).

1959 : Nazarín.
             La fièvre monte à El Pao (Los Ambiciosos).

1960 : La Jeune Fille (The Young One, La Joven).

1961 : Viridiana.

1962 : L'Ange exterminateur (El Ángel Exterminador).

1964 : Le Journal d'une femme de chambre, d'après le roman éponyme d'Octave Mirbeau.

1965 : Simon du désert (Simón Del Desierto) (moyen métrage).

1967 : Belle de jour.

1969 : La Voie lactée.

1970 : Tristana.

1972 : Le Charme discret de la bourgeoisie.

1974 : Le Fantôme de la liberté.

1977 : Cet obscur objet du désir.

 

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Le 18/03/2017 Bonnie and Clyde

Samedi 17 mars 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Les "50 ans du Ciné-club de Grenoble"  (5/5)

Bonnie et Clyde
Bonnie and Clyde

(Arthur Penn, USA - 1967)

                                                                 Meilleure photographie pour Burnett Guffey
                                   Prix du meilleur film au Festival international du film de Mar del Plata en 1968.

« Il y a certainement plus d’inventions dans dix minutes
du
Gaucher que dans trois films américains de festival » André Bazin.

Bonnie & Clyde n’est pas seulement un film de gangsters violent retraçant les méfaits d’un couple de braqueurs de banques dans les États-Unis des années 30. Il est aussi et surtout l’un des films qui changèrent le visage du cinéma américain. En cette fin des années 60, le cinéaste Arthur Penn et Warren Beatty, acteur et producteur, parviennent à saisir les angoisses de la jeunesse de l’époque, partagée, sur fond de guerre du Vietnam, entre revendications sociales, soif de liberté et contestation. Bonnie & Clyde ouvre ainsi la voie à une jeune génération de cinéastes et d’acteurs qui vont participer au Nouvel Hollywood.
Ils ont traumatisé l'Amérique de la Dépression, donné du couple de gangsters l'image la plus romantique: miss Parker et mister Barrow ont touché au mythe. Leur duo pour mitraillettes freudiennes a inspiré à Arthur Penn l'un des plus beaux films américains de ces trente dernières années. Mêlant humour et critique sociale, tendresse et violence dans une extraordinaire justesse des comportements, Penn s'imposait, entre classicisme et Nouvelle Vague, comme un très grand par l'ampleur de sa mise en scène, son génie du récit éclaté, sa perception de la jeunesse dans son difficile passage à la maturité et sa direction magistrale de Faye Dunaway et de Warren Beatty.

En fichiers téléchargeables ci-dessous: le Dossier de presse des 50 ans (DP170225_50ans) et la fiche (F170318) du film.

Nous avons bien fêté les "50 ans du Ciné-club de Grenoble" et notre programmation des mercredis reprend avec, mercredi prochain:
Le voyeur / Peeping Tom
(Michael Powell, GB - 1960)

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