Le 13/06/2018 Le Mari de la femme à barbe

Mercredi 13 juin 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle "#balancetonfilm " (3/3)

Le mari de la femme à barbe
Marco FERRERI (Italie, 1964 - 100 mn)

La fiction, imaginée par Ferreri et son collaborateur Rafael Azcona après la lecture de l’histoire de Julia Pastrana, une femme à barbe exhibée à travers le monde durant la seconde moitié du XIXème siècle, n’est qu’un prétexte pour raconter l’histoire d’une solitude et, plus largement, celle de l’homme parmi ses « semblables ». Plus que de la cruauté qui se manifeste différemment dans chacune des trois versions, le regard de Ferreri sur la réalité relève d’un profond nihilisme ou d’une forme de lucidité qui fait de lui un critique implacable des mœurs dites civilisées.
En tournant le film entre Naples et Paris, le cinéaste documente en effet la décadence progressive de la civilisation occidentale, victime d’obsessions ridicules et encourageant un individualisme absurde et forcené. Ainsi, un film consacré à une « bête » s’avère-t-il bien davantage un miroir tendu à une humanité parfois monstrueuse.

[Valeria Guazzelli - 30 novembre 2017 (cinematheque.fr)]

Marco FERRERI, un cinéaste visionnaire
C'est aussi un visionnaire, chez qui une appréhension naturaliste du monde débouche sur une forme de mythologie moderne. Si l'on doit relever des thèmes dans l'œuvre de Ferreri, ils sont forcément élémentaires et universels : l'homme, la femme, le couple, les enfants. C'est ainsi que ses films ressembleront de plus en plus à des fables, le cinéaste parvenant toujours à inscrire l'intemporalité et la poésie de son propos dans un contexte social et politique parfaitement défini. Touche pas à la femme blanche, par exemple, est un pamphlet anti-impérialiste et antiraciste qui reconstitue la bataille de Little Big Hornen plein trou des Halles, et se transforme ainsi en documentaire sur le Paris de cette époque. Car jamais aucun cinéaste n'aura été aussi préoccupé par la monstruosité du monde moderne. Le New York apocalyptique envahi par les rats de Rêve de singe,les usines et les grands ensembles de Créteil dans La Dernière femme, le centre commercial du Futur est femme sont autant de visions cauchemardesques de la déshumanisation du paysage urbain, souvent proches d'un fantastique quotidien. [...]
Résistance radicale à la société de consommation et à la consommation des images, les films de Ferreri enregistrent les modes de leur époque pour mieux les railler. Réfractaire à tous les courants de pensée, hostile aux intellectuels, Ferreri n'a pourtant jamais cessé de faire un cinéma politique. Mais comme chez les Straub, l'antifascisme de Ferreri passe directement dans les sujets de ses films, pas dans un discours signifiant.
[Olivier Père (Les Inrocks, 30 septembre 1998)]

Notre saison s'achève avec cette séance, et toute l'équipe du Ciné-club prépare activement la programmation de la prochaine saison.
Très bel été à tous. Nous pouvons déjà vous annoncer que la saison 2018-2019 débutera dans la bonne humeur, avec, au programme:

Mercredi 3 octobre 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle "loser " (1/3)

The Big Lebowski
Joel et Ethan COEN (États-Unis, 1998 - 117 mn)

Comme l'expliquait l'ethnologue Isabelle Rivoal dans les colonnes du HuffPost, le regain d'intérêt du loser ne date pas des frères Coen. "Le loser, c'est l'antithèse du golden boy des années 1980. Avec lui, l'image de l'homme hyper-individualiste qui réussit s'effondre complètement. Du coup, le loser s'indiffère au monde qui l'entoure".
Un personnage mythique créé par les frères Coen, incarne peut-être mieux que tout autre la lose du changement de siècle. Jeff Lebowski, plus connu sous le nom de The Dude (traduit en Duc dans la version française) et héros de The Big Lebowski.[…]
En partant d’un simple quiproquo basé sur l’homonyme, cette comédie un rien déjantée, carburant aux répliques cultes et avec une sacrée dose de second degré, fonctionne à plein régime. Pour cause, servi par un attachant premier rôle en la personne de Jeff Bridges, The big Lebowski se caractérise par le talent d’acteurs féroces - au service de savoureux dialogues - dirigés par les prodiges frères Coen. Ceux-ci s’en donnent à cœur joie. Avec une subtilité incomparable, ils embarquent leurs personnages atypiques dans des situations inextricables, absurdes mais tellement jubilatoires où le politiquement incorrect et le ridicule sont de mises. Deux ans après l’excellent Fargo, cette œuvre au caractère bien trempé est une agréable récidive aussi inoffensive qu’irrévérencieuse constituant la marque de fabrique des talentueux frangins : humour noir irrésistible, scénario en béton, mise en scène imparable, situations cocasses et personnage(s) attachant(s).
Cet hilarant et divertissant bijou du 7ème art est à classer, sans conteste, parmi les plus cultes du genre. Incontournable. [avoir-alire.com]

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Le 06/06/2018 Calmos

Mercredi 6 juin 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle "#balancetonfilm " (2/3)

Calmos
Bertrand BLIER (France, 1976 - 107 mn)

“Aujourd'hui, ce n'est pas qu'on ne peut plus être insolent, c'est qu'on ne veut plus.”
Pour moi, il n'y a plus de cinéma
(Bertrand Blier)

Misanthrope, irrévérencieux, férocement drôle : le réalisateur divise, encore et toujours. Mais ni le temps, ni les critiques n'altèrent son goût pour la provocation. Dans Le Bruit des glaçons, son dernier film, qui sort aujourd'hui, mots et conventions continuent de valser.
Dans la première pièce de Bertrand Blier, 
Les Côtelettes, Michel Bouquet s'introduisait chez Philippe Noiret avec cette réplique définitive : « Je viens pour vous faire chier. » C'est un peu la devise de Bertrand Blier, qui aligne, depuis cinquante ans, des films drôles ou tragiques qui ne plaisent pas à tout le monde. Parfois même à personne. Deux zozos qui sèment la terreur dans la France pompidolo-giscardienne (Les Valseuses). Un mec qui en séduit un autre pour finir avec lui sur le trottoir (Tenue de soirée). Un paumé grave essayant désespérément de faire sourire une femme qui se donne à des inconnus dans les trains (Notre histoire)... Le voilà sur deux fronts en cette rentrée. Au cinéma sort aujourd'hui Le Bruit des glaçons, la rencontre entre un écrivain alcoolique et son cancer. Au Théâtre Antoine, dès le 9 septembre, une bourgeoise accueillera chez elle une SDF dans Désolé pour la moquette...

Rencontre avec un cinéaste resté zen sous les compliments et les insultes...
[Propos recueillis par Pierre Murat, Télérama, 27 août 2010].
Dans votre deuxième film, Calmos, Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle rembarrent une femme. « Vous pourriez être polis », leur dit-elle. Et Marielle de répondre : « Polis. En quel honneur ? » N'est-ce pas là une définition de votre cinéma ?
C'est mon côté « noir ». Mon côté Cioran : à quoi ça sert d'être poli ? A quoi ça sert de se lever de bonne humeur ? N'empêche, Calmosest la grosse connerie de ma vie. Le scénario était bon, mais je n'avais, pour le tourner, ni le fric, ni les acteurs.
Ils étaient pourtant très bien, Marielle et Rochefort...
Très. Mais tout ça manquait de vigueur, de folie. C'était un film « kubrickien », vous savez, avec tout un univers à construire, sauf qu'on n'avait pas les moyens de Kubrick. Et que je n'avais pas son talent. Mais le talent, on s'en arrange. L'argent, jamais...
Il y a, pourtant, une scène formidable dans Calmos : le festin auquel participent votre père, Bernard Blier, en curé rubicond, et Pierre Bertin en chanoine...
Là encore... Je voulais Gabin pour le chanoine. Le rôle était court, mais j'avais un bon contact avec lui. Un matin, à 11 heures, il semble d'accord et me dit : « Envoie-moi ton producteur, mais pas avant 15 heures, que je puisse becqueter ». Et à 15 heures, il dit à Christian Fechner : « Vous savez, que vous m'ayez deux jours ou trois mois, c'est le même prix !». Vu ce qu'il demandait, Fechner est évidemment tombé par terre...
C'est Calmos qui a fait votre réputation de misogyne forcené...
Non, non, tout a commencé avec Les Valseuses, en 1974. On était en plein MLF et il y a eu des manifestations devant les cinémas. Des banderoles... La cinéaste Chantal Akerman allait de salle en salle en apostrophant les futurs spectateurs : « N'allez pas voir cette merde, c'est une insulte envers les femmes.» Et, dans Le Figaro – Le Figarode l'époque, le vrai, le pur, le dur –, le professeur Debray-Ritzen demandait carrément l'interdiction du film. C'était extravagant... Je m'en fichais un peu, moi, car j'avais reçu l'aval de Buñuel. Je le rencontre, un jour, par hasard, et il me dit : « Ah, la scène de l'autorail... avec la femme qui donne le sein... c'est très érotique !» J'étais inondé de bonheur. [...]

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Le 05/06/2018 La vallée des loups

Attention: séance exceptionnelle le MARDI

Mardi 5 juin 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

En présence du réalisateur

LA VALLÉE DES LOUPS

Jean-Michel BERTRAND (France - 2016, 90 mn)

Jean-Michel Bertrand:
Je suis né dans les Hautes-Alpes, dans une vallée très préservée, et j’ai toujours eu la passion du sauvage. J’ai quitté l’école à 16 ans pour filmer et photographier les animaux près de chez moi, mais les hasards de la vie m’ont fait réaliser des documentaires aux quatre coins du monde, en Mongolie, en Sibérie, en Chine ou encore en Irlande. C’était passionnant mais j’étais frustré à chaque fois que je partais en expédition. J’ai fini par tout arrêter, pour réaliser un film comme je l’entendais, Vertige d’une rencontre (sorti en 2010), dans ma vallée et sur un sujet qui me fascinait : les aigles. Je n’ai jamais été aussi mal financièrement mais aussi bien dans ma tête.
Une nuit, j’ai eu une révélation. Je me suis dit que les loups étant revenus en France depuis vingt-cinq ans, j’allais essayer de les trouver dans ma vallée, qui me paraissait ultrafavorable car immense, isolée et giboyeuse, située à 1 800 mètres d’altitude. Ce canidé, c’était le Graal pour moi, un être inaccessible, que j’associais au Grand Nord canadien, à la Mongolie. Certains l’avaient croisé, mais l’animal restait discret, très difficile d’accès. Je voulais absolument filmer le vrai loup, le loup sauvage. J’ai du mal à comprendre l’intérêt de raconter le sauvage en filmant des animaux apprivoisés. Il n’y a pas de poésie, pas de magie, pas d’émotion.
."
[Propos recueillis par Audrey Garric (Le Monde, 4 janvier 2017)].

La vallée des loups n'est pas un documentaire animalier comme on en produit et diffuse à la chaîne. C'est un vrai film de cinéma, avec un point de vue et des choix de mise en scène. Un documentaire peut aussi avoir ses personnages. La route du cinéaste est ponctuée de rencontres toutes plus insolites les unes que les autres : chouettes et chevaux deviennent ainsi ses compagnons d’aventure. Aidé de ces drôles d’acolytes, l’auteur trace ses itinéraires sur un simple carnet à dessin, et pointe des lieux pour bivouaquer d’une croix comme sur une carte au trésor. Jean-Michel Bertrand a la force d’un chasseur et la ruse d’un renard : pour être au plus près de l’animal, il faut en devenir un et marquer son territoire. Pas question pour Jean-Michel Bertrand d'opter pour la facilité et d'aller filmer des loups dans des parcs ou des réserves. Faire un film sur la liberté, cela ne se fait pas au détriment de l'honnêteté et d'une certaine éthique pour ce cinéaste qui se refusera à nous révéler le lieu où se trouve la tanière. Le film est brut et donne àvoir ces animaux et cette vallée le plus spontanément possible. Les paysages majestueux et simples à la fois prennent le relais sur les commentaires du réalisateur, eux même accompagnés de la subtile musique d'Armand Amar. [benshi.fr]

Demain, Mercredi 6 juin 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
Suite du cycle " #balancetonfilm " (2/3)
Calmos (Bertrand Blier, France, 1975 - 107 mn]

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Le 30/05/2018 Les Galettes de Pont-Aven

Mercredi 30 mai 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle "#balancetonfilm " (1/3)

Les galettes de Pont-Aven
Joël SÉRIA (France, 1975 - 101 mn)

Les Galettes de Pont-Aven, définitivement cul...
Un rendez-vous avec le réalisateur Joël Séria, c'est un fantasme qui se réalise. Celui de tourner autour du plus beau culte du cinéma français. Les lois de la grammaire voudraient que l'on ajoutât "film" entre beau et culte, mais les règles ne sont plus de mise quand il s'agit d'évoquer Les Galettes de Pont-Aven,vaisseau amiral de la carrière de Séria, tornade libertaire de 1975, moins dévastatrice que Les Valseuses de Bertrand Blier sorti un an avant, mais inscrit au panthéon des longs-métrages inclassables, incomparables, inoxydables.  
C'est pourquoi ce trésor du patrimoine, où un représentant de commerce, amateur éclairé de postérieurs, abandonne femme et enfants pour devenir peintre sur les côtes du Finistère, sera la pièce maîtresse du Festival du film culte organisé à Trouville (Calvados) par Karl Zéro et dont le jury sera présidé par... Jean- Pierre Marielle, héros des Galettes de Pont-Aven! Ce n'est pas un hasard, non. "J'avais écrit le film pour lui, se souvient Joël Séria, 80 ans. Le texte le faisait saliver."
Plus de quarante ans après, les mots n'ont rien perdu de leur truculence ni de leur saveur. "Je me suis lâché, c'est vrai. Le producteur Jean Bolvary m'avait laissé carte blanche. Après Charlie et ses deux nénettes, mon film précédent, il m'a fixé rendez-vous dans un café et m'a demandé ce que j'avais en tête. Je lui ai dit penser à une histoire avec Marielle. Sans rien savoir d'autre, il m'a donné une liasse de billets et m'a incité à écrire."  
Le bon vieux temps... Mais les distributeurs n'en étaient pas moins frileux. "Tous ont refusé en lisant le scénario, raconte Joël Séria. L'un d'eux m'avait reçu uniquement pour me dire en face qu'il le trouvait 'd'une vulgarité abominable'." Tout cela parce que Marielle n'a de cesse de s'extasier, avec un langage fleuri régulièrement ponctué d'un "Oh, nom de dieu de bordel de merde!",sur les paires de fesses d'Andréa Ferréol ou de Jeanne Goupil, laquelle, peintre, est l'auteur de tous les tableaux du film... 
Des sentiments éternels qui traversent les époques
Le fait que Séria soit déjà passé sous les fourches caudines de la censure avec son premier long-métrage très anticlérical Mais ne nous délivrez pas du mal (1970) n'arrange rien. Les Galettes de Pont-Aven est moins sulfureux, mais son ton totalement décomplexé teinté de désespoir effraie les décideurs. "Heureusement, Jean-Paul Belmondo, ami de Marielle, a convaincu UGC de prendre le film", explique le metteur en scène.  
Grand bien leur en a pris, car Les Galettes de Pont-Aven dépasse le million d'entrées et reste le plus gros succès de Séria qui, ensuite, tournera Les Deux Crocodiles puis Mumu, loin d'avoir la même étoffe. "Si Les Galettes de Pont-Aven traverse les époques, c'est parce que le film ne s'inscrit pas dans l'air du temps. Il traite de sentiments éternels. Un homme amoureux dira toujours à sa femme que son cul est magnifique." Et il avoue le répéter à l'envi à son actrice Jeanne Goupil, avec qui il file encore le parfait amour. Les Galettes de Pont-Avenest finalement l'œuvre d'un grand romantique. 
[Christophe Carrière, L’Express, 16 juin 2016].

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Le 23/05/2018 La Corruption

Mercredi 23 mai 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " Corruption " (4/4)

La corruption / La corruzione
Mauro BOLOGNINI (Italie, 1963 - 82 mn)

Mauro Bolognini, la mélancolie à l’italienne
Lorsque l’on vous parle de cinéma italien, le nom de Mauro Bolognini n’est pas le premier qui vient en tête. On pense Antonioni, Fellini, Visconti, Pasolini... Mais ce serait une erreur de minimiser l’œuvre d’un cinéaste qui aura marqué de son empreinte une période du cinéma en Italie.
Pour cela, il convient d’abandonner tous les préjugés et les idées reçues qui ont accompagné la sortie des films de Mauro Bolognini dès les années soixante. Né du côté de la Toscane, à Pistoia en 1922, Il maestro a su faire évoluer son cinéma avec l’air du temps. Une carrière qui début d’abord avec des comédies, comme
Une fille formidable en 1953, film qui signe les débuts de la sublime Sophia Loren au cinéma. La collaboration scénaristique avec Pier Paolo Pasolini opère un chamboulement dans l’œuvre globale du cinéaste italien. D’abord, avec Marisa la civetta en 1957, jusqu’en 1961 où le fruit de leur travail accouchera notamment de Les Jeunes Maris (1958), magnifique film mélancolique sur l’évolution du temps sur la jeunesse italienne, Les Garçons (1959) ou encore Le Bel Antonio (1960), avec le duo Marcello Mastroianni et Claudia Cardinale. 
Architecte de formation, Mauro Bolognini est un cinéaste du mélodrame, cette forme spécifique du cinéma méditerranéen qui se nourrit des dysfonctionnements de la famille. Son propos est souvent pessimiste, éminemment nostalgique. Dès 1961, son émancipation se manifeste avec La viaccia dont le style fera la renommée du cinéaste. Il y raconte l’exil d’un jeune paysan à la ville et son amour impossible pour une prostituée. Mais, Bolognini est aussi un cinéaste engagé. La critique sociale orne une partie de sa longue filmographie. Elle est présente, notamment, dans Quand la chair succombe (1962) et en 1963, avec La Corruption qui décrit les manœuvres d’un père, riche industriel, pour empêcher son fils d’entrer dans les ordres.
[FESTIVAL CINÉMA MÉDITERRANÉEN, MONTPELLIER 21-29 OCTOBRE 2016]

 “ LA CORRUPTION est captivant, chaque plan mériterait d’être observé avec attention. Du grand cinéma !”
Bolognini propose une œuvre d’une grande beauté, à la réalisation extrêmement riche, précise et réfléchie. Rien n’est dû au hasard avec Bolognini. Chaque plan, chaque composition, chaque éclairage et chaque façon dont se succèdent les scènes, est réfléchie avec minutie. Car le réalisateur exprime les choses aussi bien par les dialogues et par son scénario, que par l’ensemble de sa réalisation, fondée en grande partie sur les regards. Des regards sur lesquels il insiste dès le générique, lors de la remise de diplôme de Stefano. Celui-ci observe déjà le monde avec incertitude. A son retour du lycée, il observera cette fois sa mère, internée dans un hôpital et obnubilée par son apparence. Après un échange de regards complices avec un employé de son père, il verra la vraie nature de celui-ci. [...]
Ainsi, même si le grand intérêt de La corruption ne réside pas vraiment dans son histoire, somme toute relativement prévisible, Bolognini parvient à offrir une vision dure mais personnelle du monde. Un monde cruel, vicieux et matériel, qu’incarne Leonardo. Un monde qui n’a plus de valeur, amoral et uniquement dans l’apparence, qu’incarne également Adriana. Enfin, un monde superficiel, formaté et régi par l’argent, qui ne laisse plus de place à l’honnêteté et à l’ouverture vers l’autre. En atteste, cette dernière séquence à la symbolique terrifiante, d’un groupe de gens qui dansent le Madison. De véritables robots réalisant les mêmes pas, dans le même rythme et qui n’échangent cette fois plus aucun regard (le Madison se dansant sans partenaire). On laisse alors Bolognini refermer brillamment son œuvre par un dernier symbole. Comme avec Le Bel Antonio, où Antonio restait face à lui-même devant son miroir, destiné à vivre avec son secret, La corruption se termine de manière tragique, Stefano en larme devant ce monde antipathique qui a eu raison de lui. Un film captivant jusqu’au bout, où chaque plan mériterait d’être observé avec attention. Du grand cinéma !
[Pierre Siclier (leblogducinema.com)]

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Le 16/05/2018 Les salauds dorment en paix

Mercredi 16 mai 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " Corruption " (3/4)

Les salauds dorment en paix
Akira KUROSAWA (Japon, 1960 - 151 mn)

Akira Kurosawa à propos de son œuvre cinématographique:
Avec mes films, j’ai cherché avant tout à comprendre mon pays et à le raconter à travers un instrument, le cinéma qui, parmi les moyens de communication et de connaissance dont nous disposons, est celui qui nous permet, dans les ombres qui prennent vie sur l’écran, de reconnaître nos espoirs, nos échecs et nos victoires, d’accentuer nos doutes et de réfléchir à la façon de transformer ces doutes en force pour la conquête du mieux par le moyen de la raison. J’ai toujours cru en la fonction du cinéma en tant que dénonciateur et témoin de la réalité, et en tant que support d’histoires dans lesquelles les enfants puissent connaître leur pères et en tirer un enseignement afin de se former un jugement dont l’Histoire serait la référence. Le cinéma est Histoire et en tant que tel il devrait devenir dans toutes les écoles du monde un complément indispensable de l’enseignement. "
J’ai voulu choisir un sujet valable et profitable à la société, au lieu de chercher seulement le succès commercial. J’en suis arrivé à traiter un sujet d’escroquerie. Parmi les “salauds” en ce monde, les gens qui se servent de l’escroquerie sont pires que les autres. Sous le couvert d’une organisation, ils commettent le mal à un point inimaginable pour les gens ordinaires."[Akira Kurosawa, Aldo Tassone. Paris : Flammarion, 1990 et Edilig, 1983. p. 143].]

Le cinéma d'Akira Kurosawa
Précise. Chaque mouvement de caméra, chaque déplacement d’acteur poursuivent un but. Rien, jamais, n’est laissé au hasard dans ce jeu de pistes à la noirceur insondable. Des bureaux d’entreprises aux ruines d’un Japon peinant à se remettre de la guerre, Kurosawa déroule un message qui pourrait presque paraître sarcastique s’il n’était pas d’un fatalisme glaçant. Avec férocité, le réalisateur semble nous assurer que tout cela est sans fin. Et que, oui, les salauds dormiront bien en paix, semant la mort et le désespoir sur leur passage. Même, Nishi, pose au final la question de la moralité de la vengeance. “ Il est difficile de haïr le mal sans pour autant se laisser posséder par lui”, dira-t-il. [leblogducinema.com]

Fichier téléchargeable: la fiche du film.

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Le 15/05/2018 Notre pain quotidien

Attention: séance exceptionnelle le MARDI

Mardi 15 mai 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

En partenariat avec l'Association L214

NOTRE PAIN QUOTIDIEN

Nikolaus GEYRHALTER (Autriche - 2005, 92 mn)

" ... un film déconcertant, puis fascinant, qui donne le vertige 
tant il associe la beauté et l'horreur, l'admiration et la répulsion
.

Nikolaus Geyrhalter, réalisateur et photographe autrichien engagé, traite l'actualité de manière décalée et très personnelle. Il aborde les domaines de l'écologie, de l'économie et de la politique. Il a travaillé sur de nombreux documentaires, notamment "Pripyat" (1999), un documentaire sur les personnes qui sont restées dans la zone de la ville de Pripyat après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl.

Dans Notre pain quotidien, il y a en germe le pain, mais aussi le steak, les croquettes de poulet, les tomates et le bacon, le lait et la pomme, tout ce qu'un habitant d'un pays développé consomme chaque jour.
Avant le supermarché ou le restaurant, il y a eu les champs et la ferme. Des mois durant, à travers l'Union européenne (Danemark, France, Allemagne, Espagne, Pologne), le documentariste autrichien Nikolaus Geyrhalter a glané de longs moments dans les étables, les champs, les abattoirs, pour montrer comment on fait vivre des plantes ou des animaux qui vont nourrir les hommes.
Il en a fait un film déconcertant, puis fascinant, qui donne le vertige tant il associe la beauté et l'horreur, l'admiration et la répulsion. Il y a le spectacle d'une gigantesque serre vide, illuminée la nuit, au milieu d'un désert (sans doute en Andalousie) ; on la verra verdir, fleurir, se remplir de fruits (des poivrons), se vider à nouveau. Et il y a l'abattage et l'équarrissage des porcs, dont la couleur rose et l'absence de pelage les font tant ressembler à des Européens que les images deviennent insupportables.
Il n'y a que ça dans Notre pain quotidien, des images organisées. Pas de commentaires, pas d'entretiens. Le film en prend un côté ludique. On voit une opération s'accomplir, qu'elle soit l'oeuvre de l'homme ou d'une machine. A quoi servent ces corsets métalliques dans lesquels des ouvrières enferment des porcelets ? Probablement à maintenir Naf Naf et ses frères pendant qu'on les castre. Les semailles et les moissons mobilisent des machines aussi complexes que spécialisées dont la destination mystifiera ceux qui en sont restés à la moissonneuse-batteuse.
L'EFFROI ET L'ÉMERVEILLEMENT
Ce mélange de mystère et de puissance est magnifié par les partis pris de Geyrhalter. Il filme souvent en plans larges et fixes, composés avec clarté et équilibre, qui permettent d'englober la répétition d'un geste, d'une opération. Un homme descend l'allée interminable d'un poulailler industriel en farfouillant dans les cages, et on reste asse longtemps avant de comprendre qu'il en enlève les poulets qui meurent chaque jour. Cette froideur peut apparaître comme un détachement. On peut en concevoir un effroi mêlé de colère. [Thomas Sotinel – Le Monde, 13 mars 2007].

CRITIQUES DE LA PRESSE
(...) Une réussite formelle, un impressionnant travail plastique. (...) le film de Nikolaus Geyrhalter saisit d'admiration et alimente notre perplexité. (Vincent Ostria - Les Inrockuptibles)
Nous sommes là dans l'énonciation, pas la dénonciation. Aucune marque n'est visée, juste la froideur, la déshumanisation d'un monde, le nôtre, celui où nous mangeons. C'est terrifiant et fascinant à la fois. Et, de surcroît, c'est du cinéma. (Jean Roy  - L'Humanité)
Le film n'est pas une charge bioéquitable tournant en ridicule les errements d'une industrie vivrière devenue folle à force de gigantisme. Au contraire, Geyrhalter s'abstient de tout commentaire. Son approche froide, esthétisante, en séries de plans fixes parfaits, organise savamment la stupéfaction muette que le film entend susciter. (Didier Peron Libération)
Que Nikolaus Geyrhaltere en vienne à ce qu'un avion d'épandage (...) produise un effet inquiétant peut encore passer pour un clin d'oeil badin à "La Mort aux trousses". Qu'il obtienne le même effet en montrant simplement un cageot de pommes sur un tapis roulant dénote le pouvoir de son écriture répétitive. (Eric Derobert - Positif)

Demain, Mercredi 16 mai 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
Suite du cycle " CORRUPTION " (3/4)
Les salauds dorment en paix [Akira KUROSAWA, Japon, 1960 - 141 mn]

 

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Le 02/05/2018 Main basse sur la ville

Mercredi 2 mai 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " Corruption " (2/4)

Main basse sur la ville / Le Mani sulla città
Lion d’or, Venise 1963
Francesco ROSI (Italie, 1963 - 103 mn)

En 1995, Francesco Rosi déclarait à propos de son œuvre cinématographique :
Avec mes films, j’ai cherché avant tout à comprendre mon pays et à le raconter à travers un instrument, le cinéma qui, parmi les moyens de communication et de connaissance dont nous disposons, est celui qui nous permet, dans les ombres qui prennent vie sur l’écran, de reconnaître nos espoirs, nos échecs et nos victoires, d’accentuer nos doutes et de réfléchir à la façon de transformer ces doutes en force pour la conquête du mieux par le moyen de la raison. J’ai toujours cru en la fonction du cinéma en tant que dénonciateur et témoin de la réalité, et en tant que support d’histoires dans lesquelles les enfants puissent connaître leur pères et en tirer un enseignement afin de se former un jugement dont l’Histoire serait la référence. Le cinéma est Histoire et en tant que tel il devrait devenir dans toutes les écoles du monde un complément indispensable de l’enseignement. "

Né en 1922, Rosi quitte sa Naples natale pour tenter sa chance dans le cinéma. Le jeune étudiant monte à Rome où rapidement, il devient assistant de Luchino Visconti. Pour La terre tremble en 1948, puis Bellissima (1951) et Senso (1954). Sur le plateau, Rosi fait tout : script, story-boarder, assistant à la mise en scène, directeur de casting, décorateur... tout en aidant d'autres réalisateurs sur leurs plateaux, tels que Monicelli, Matarazzo ou Antonioni. De fil en aiguille, le napolitain co-réalise Kean avec Vitorrio Gassman puis met en scène, enfin seul, ses deux premiers films en 1958 : Le défiet Profession magliari. Dès ses premières oeuvres se dessine une évidence : l'exigence, née de la fréquentation assidue des salles et d'une passion pour les films noirs américains, ceux de Jules Dassin, de Robert Siodmak, de John Huston ou d'Elia Kazan. Soit des oeuvres populaires aux forts accents sociaux, dont le rythme nerveux n'occulte jamais la société qui les entoure. De cette passion, Rosi gardera un vrai sens du spectacle, même dans ses films les plus politiques. Ainsi, Main basse sur la ville, plongée documentaire dans la technocratie napolitaine, n'en oublie jamais son but premier : parler aux foules, saisir le spectateur pour ne le lâcher qu'à la fin de son enquête. Tourné dans un magnifique format large noir et blanc, le quatrième long-métrage de Francesco Rosi emprunte d'ailleurs au cinéma américain un faste et un sens du rythme digne des meilleurs thrillers : le montage énergique et la science du cadre en imposent d'emblée dans une scène de conseil municipal qui n'est pas sans rappeler les plus belles heures du film de procès américain. Là, dans un décor confiné de salle de mairie, Rosi multiplie les changements d'axes, d'échelles de plans, alternant plongées et contre-plongées pour mieux épouser la frénésie des débats. Même maestria dans une des scènes clé du film, qui voit un taudis s'effondrer sur ses habitants. En trois minutes, Rosi combine tout le spectaculaire du cinéma américain avec le néo-réalisme italien. Fils spirituel de Visconti, Rosi a hérité de son maître une approche formelle éblouissante et un sens aigu de l'Histoire. A Rosseliini, qu'il admire et qui a tant compté pour le cinéma italien d'après-guerre, il emprunte la perspicacité de l'artiste sur son pays d'origine, mélange de pédagogie documentaire et d'acuité politique. [Ronny Chester, dvdclassik.com].

Main basse sur la villeprend fréquemment des allures de film noir, avec une musique à la Melville, un montage très rapide, et une caméra qui change en permanence de perspective et de point de vue. Rythmé par des réunions en sous-main filmées dans une obscurité angoissante (comme la plupart du film), Rosi donne la mesure d’une impossibilité de transparence : comme le dit de Vita, « Tout est en règle mais c’est la règle qui ne va pas ! » Terrifiant, effrayant à plusieurs titres, le film de Francesco Rosi fonctionne sur l’opposition constante : opposition entre le peuple qui refuse de s’en aller face aux constructeurs, opposition entre Nottola et De Vita lors d’une scène particulièrement réussie de confrontation. Nottola montre à son collègue député la modernité de ses immeubles, il est devant lui, mais la caméra prend le point de vue de De Vita, contemplant Nottola au-dessus de la ville, dans une position de régnant sur un balcon, position aussi de l’accusé dans un tribunal.
Mêlant une atmosphère policière et une profonde réflexion sur la responsabilité en politique, Francesco Rosi est l’héritier du néo-réalisme de Rossellini dans la volonté de faire des films comme on commet un acte politique. Mais, comme Rossellini, il dépasse la simple description en la sublimant, en jouant des cadres dramatiques : il utilise le cinéma et ses possibilités pour se faire l’écho d’une réalité sociale, réalité qui n’a pas tellement bougé depuis. [Ariane Beauvillard, critikat.com]

 

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Le 25/04/2018 La soif du mal

Mercredi 25 avril 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " Corruption " (1/4)

La Soif du Mal / Touch of Evil

Orson WELLES (États-Unis, 1958 - 95 mn)

" Dis-moi mon avenir ". " Tu n'en as pas ". " Comment ça ? ".
" Ton avenir est épuisé."
 
Tana (Marlene Dietrich) à Quilan (Orson Welles).
" Welles, comme Chaplin ou Hitchcock, sont de ces monuments
auxquels il faudrait consacrer un volume
 " (B. Tavernier).

La critique des "experts du cinéma"
« (…) pour un créateur véritable une histoire, quelle qu’elle soit, n’est qu’un prétexte, et (…) les servitudes du film policier n’ont jamais été de celles qui brident irrémédiablement un talent. La Soif du Mal ne devait être qu’un film de troisième catégorie. S’il est autre chose, c’est qu’Orson Welles y a posé sa griffe et que cette griffe est celle d’un grand fauve de l’écran. »
(Jean de Baroncelli Le Monde – 7 juin 1958).
« Orson Welles démontre une fois de plus qu’il n’est pas de petit sujet pour un grand artiste. D’un roman policier courant, fait par n’importe qui, il a tiré une œuvre d’art étrange et noire, d’un style admirable, pleine de cette poésie puissante et saugrenue qui s’épanouissait dans La dame de Shanghai. (…) La Soif du mal, en plus de toutes ses richesses poétiques, plastiques, intellectuelles, est un film passionnant, aussi passionnant qu’un bon film policier. »
(Carrefour – 11 juin 1958).
« Jeu (intellectuel) de cache-cache ou expression sincère d’un tourment personnel ! Le film de Welles est tout à la fois, passionnant et haïssable. La mise en scène, fondée sur des travellings interminables et de savants effets de profondeur de champ, est d’un brio prodigieux. »
(Jean RougerieuxImage et Son N°113 – Juin 1958).
« C’est un film qui nous humilie un peu parce qu’il est celui d’un homme qui pense beaucoup plus vite que nous, beaucoup mieux et qui nous jette à la figure une image merveilleuse alors que nous sommes encore sous l’éblouissement de la précédente. D’où cette rapidité, ce vertige, cette accélération qui nous entraîne vers l’ivresse. Qu’il nous reste toutefois suffisamment de goût, de sensibilité et d’intuition pour admettre que cela est grand et que cela est beau. »
(François Truffaut Arts – 4 Juin 1958).
« Mêlant les longues prises acrobatiques aux plans courts et aux flashes d’un éclat violent, Welles fait passer à travers tout son film un rythme prodigieux, une sorte de mélodie de la vitesse qui précipite cette aventure vers son dénouement tragique. Tant de sûreté et de force dans l’emploi d’une technique au maniement difficile est celle d’un maître. Sur un petit sujet et dans un genre qu’il est le premier à mépriser, Welles a su néanmoins retrouver la grandeur et nous prouver une fois de plus son génie. »
(André Bazin  Radio Cinéma – 15 juin 1958).
« Pour retracer cette histoire où s’affrontent éternellement en un combat douteux l’ombre et la lumière, Welles utilise à merveille les splendeurs de l’art baroque. Aussi ne faut-il pas le prendre au pied de la lettre, quand il affirme qu’il a choisi un style baroque uniquement parce que les autres metteurs en scène ne l’ont pas fait. Il y a, au contraire, parfaite adéquation entre la vision d’un monde de démesure et de frénésie et l’expression torturée, saccadée, déformée, de ce monde. »
(Jean DomarchiLes Cahiers du Cinéma – Juillet 1958).

Pointes jointes: Fiche du film et Dossier "Lycéens au cinéma"

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Le 20/03/2017 Vienne avant la nuit

Mardi 20 mars 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Vienne la nuit

Robert BOBER (France, 2017 - 80 mn)

J’adore le passé. C’est tellement plus reposant que le présent. Et tellement plus sûr que l’avenir. (Robert Bober)

Robert Bober se plonge dans la mémoire de son arrière-grand-père qui a vécu dans une Vienne moderne et cosmopolite, dont la réputation fut illuminée et façonnée par les écrivains Stefan Zweig, Joseph Roth et Arthur Schnitzler.
Au-delà de cette recherche d’identité et de ce double portrait mêlant l’histoire de son aïeul et celle de la brillante intelligentsia juive du début du XXe siècle, Robert Bober, aujourd’hui âgé de 82 ans, évoque l’effondrement de l’Empire des Habsbourg, la naissance et la montée en puissance d’une national-socialisme jusqu’à l’Anschluss qui mit fin à la Vienne capitale culturelle de l’Europe.
Venu de Pologne et arrivé à Ellis Island le 8 juin 1904, Wolf Leib Fränkel, mon arrière-grand-père fut refoulé en raison d’un trachome. Retraversant la vieille Europe, il décida de s’arrêter à Vienne, en Autriche, où il reprit sa profession de ferblantier. C’est là qu’il mourra. En 1929. Né deux ans après, je ne l’ai donc pas connu. Pourtant, j’ai le sentiment que quelque chose de lui m’a été transmis. Il fut l’exact contemporain de Stefan Zweig, d’Arthur Schnitzler, de Joseph Roth, de Franz Werfel, de Sigmund Freud, ces auteurs qu’il m’a semblé en les lisant retrouver quelque chose de ce qui me relie à ma propre histoire et qui, comme mon arrière-grand-père, allaient m’accompagner dans la recherche et l’affirmation de mon identité. (Robert Bober).
Ce film a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

Robert Bober a bâti une œuvre d’une force et d’une délicatesse rare, interrogeant les silences, la mémoire et l’écriture, pour que l’obscurité s’éclaire.
En 1950, de retour d’Hollywood où il s’était réfugié dès l’arrivée au pouvoir d’Hitler, Max Ophüls tourne à Paris La Ronde, délicieuse et cruelle adaptation de la pièce de théâtre d’Arthur Schnitzler. L’auteur viennois, dont les nazis interdiront les œuvres, était mort en 1931, juste avant l’horreur. Mais le réalisateur du film, censé se dérouler à Vienne en 1900, âge d’or de l’empire austro-hongrois, lui, sait ce qui a eu lieu. Ce qui donne une résonance particulière aux premiers mots prononcés par le narrateur, qui parle évidemment pour Ophüls : J’adore le passé. C’est tellement plus reposant que le présent. Et tellement plus sûr que l’avenir.

https://cinevod.bm-grenoble.fr/video/AF4A7-robert-bober-la-cinmathque-de-grenoble 

 

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