Le 31/05/2017 Welcome in Vienna

Mercredi 31 mai 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Cycle Welcome in Vienna / Wohin und Zurück (3/3)
Welcome in Vienna / Wohin und Zurück
(Alex Corti - Allemagne, Autriche, Suisse - 1986)

En présence de Christian EGGERS, Historien, Maître de conférences à l'UGA

" Vienne pour mémoire ",  de la fuite au retour via l'exil
Diffusé en 1982 sur les chaînes allemande et autrichienne, Dieu ne croit plus en nous a rencontré un écho suffisant pour qu'une suite soit mise en chantier. Santa Fe met en scène ce moment de l'exil où les forces viennent à manquer. Les personnages apprennent les suicides de Walter Benjamin et de Stefan Zweig, peinent à vivre, eux qui sont arrivés à survivre. Les exilés se sont installés à New York, que Freddy (Gabriel Barylli), l'alter ego de Troller, rêve de quitter pour le Nouveau-Mexique. Ce séjour new-yorkais a été filmé à Vienne et à Trieste. " Axel Corti était un génie pour faire beaucoup avec peu de moyens ", se souvient Troller.
Cette frugalité n'a pas empêché le cinéaste de voir plus grand pour Welcome in Vienna, le troisième volet du triptyque. Tourné en 35 mm (les précédents films l'avaient été en 16 mm), le film était destiné au cinéma. Ce récit du retour tragique de Freddy dans sa ville natale a été froidement accueilli en Autriche. " Le Kronen Zeitung (quotidien populaire viennois) a écrit que messieurs Troller et Corti allaient se faire beaucoup d'argent avec le malheur des réfugiés ", raconte le scénariste. On est en 1986, après l'élection controversée de Kurt Waldheim à la présidence autrichienne. Welcome in Vienna montre des Viennois adressant à des réfugiés juifs de retour des reproches comme : " Vous avez eu de la chance de partir, alors que nous avons souffert pendant la guerre." Troller : " Je n'ai jamais vu ailleurs cette apitoiement sur soi-même."
Cette lumière crue éclaire aussi bien les victimes que les bourreaux. Le petit monde de l'émigration est dépeint sans concessions, sans refuser le risque de la comédie. " Kafka riait en lisant ses textes ", rappelle Georg Stefan Troller.
Thomas Sotinel [Le Monde, 29 novembre 2011]
Note: On trouvera un interview de Georg Stefan Troller en fichier attaché ci-dessous.

La Vienne de 1938 que mettait en scène Dieu ne croit plus en nous n’existe apparemment plus. La capitale autrichienne n’est qu’un champ de ruines dont la réalisation d’Axel Corti s’attache à montrer la considérable ampleur. Promenant sa caméra à travers la ville - Welcome in Vienna déploie de spectaculaires travellings - et parcourant toute l’échelle des plans - des plans rapprochés des immeubles décapités par les bombes alternent avec des plans d’ensemble des quartiers détruits -, le cinéaste délivre une saisissante représentation des ravages subis par la cité. Tout est donc à reconstruire dans cette "Vienne année zéro", une tabula rasa certainement urbaine mais aussi, peut-être, morale et idéologique.
La ville n’est-elle pas le cadre d’un autre épisode narratif aussi symbolique et aussi surprenant que celui du soldat allemand portant secours à une déportée ? Puisque c’est là que Freddy noue une idylle avec Claudia (Claudia Messner), la fille d’un haut-dignitaire de l’armée du Reich, le colonel Schütte. Les quelques plans consacrés à cette presque caricature de hobereau germanique - Axel Corti va jusqu’à le vêtir d’une culotte de peau... - ne laissent guère planer de doute sur son engagement hitlérien. Ce dernier n’hésitera d’ailleurs pas à témoigner par la suite de son antisémitisme dans une lettre à Claudia. Mais cette dernière ne semble nullement partager les opinions de son père, ne cessant de se déclarer sincèrement amoureuse du jeune Juif. Et c’est donc avec la fille d’un nazi que Freddy partage son existence... Le couple ainsi formé s’avère d’une importance cruciale pour le jeune homme encore en proie au manque psychologique et politique généré en lui par son exil aux États-Unis. En se donnant à lui, Claudia lui permet aussi bien d’espérer remplir un vide affectif immense - de retour à Vienne, Freddy constate l’anéantissement total de sa famille - que de réintégrer pleinement une nation autrichienne dont les plus "aryennes" des représentantes n’ont pas peur d’aimer des Juifs... [...]
Après avoir témoigné dans Dieu ne croit plus en nous de la tragédie d’êtres humains réduits à l’état de proies, puis après avoir évoqué dans Santa Fé les drames de l’exil et du déracinement, Axel Corti et Georg Stefan Troller dépeignent avec Welcome in Vienna un dernier tourment quant à lui teinté d’absurde : il s’agit de celui infligé par le retour au pays à ceux-là mêmes qui n’avaient pourtant cessé d’espérer retrouver leur patrie. C’est peut-être la forme de souffrance la plus inattendue révélée par ce dernier volet d’une trilogie dont la grandeur réflexive et esthétique est, par ailleurs, une nouvelle fois démontrée. Ces trois œuvres d’Axel Corti et de Georg Stefan Troller forment, en effet, l’une des explorations narratives les plus approfondies et les plus sensibles du destin des Juifs d’Europe au temps du nazisme.
Pierre Charrel - DVDClassik.`

 

 

 

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Le 7/06/2017 Mariage à l'italienne

Mercredi 7 juin 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Cycle Amour Toujours (1/2)
Mariage à l'italienne / Matrimonio all'italiana
(Vittorio de Sica - Italie - 1964)

Mastroianni, fine moustache et costume trois-pièces,
est un délicieux fils de famille veule, paresseux et égocentrique.
Quant à Sophia Loren, prostituée repentante et maternelle, fille du peuple
aux moeurs libres mais au coeur de grande dame, elle est éblouissante
."
Gérard Camy [Télérama, 13 septembre 2014] 

Un formidable duo d’acteurs, Sophia Loren - Marcello Mastroianni.
Avec Mariage à l’italienne, Vittorio de Sica joue à domicile. Le matériau est idéal pour un Italien qui a grandi à Naples, un acteur qui a usé les planches de toute la Péninsule avant de passer au cinéma, devant et derrière la caméra. Le film est une adaptation de Filumena Marturano, une pièce d’Eduardo de Filippo, dramaturge napolitain, et les artifices théâtraux vont bien mieux à Vittorio De Sica, qui n’est tombé que par accident dans le bain du néoréalisme.
Filumena Marturano, le personnage, est une prostituée qui a séduit un homme d’affaires, au point que celui-ci la loge, lui confie un commerce et lui fait trois enfants. Mais pas au point de l’épouser.
Obstinément, tout au long du film et des décennies (le scénario court sur une vingtaine d’années), Filumena se fraie un chemin vers l’hôtel, empruntant tour à tour les voies de la farce et du mélodrame.
ENTRE CINECITTA ET HOLLYWOOD
Il suffisait de trouver les interprètes adéquats. Or De Sica était à l’époque (le film est sorti en 1965) l’un des réalisateurs attitrés de Sophia Loren, vedette planétaire que son mari, le producteur Carlo Ponti, faisait aller et venir entre Cinecitta et Hollywood. Elle a 30 ans au moment du tournage et joue avec insolence la jeunesse, avec aplomb la maturité de Filumena, retrouvant sans peine ses intonations napolitaines. La pression sociale force en permanence son personnage à se travestir, à forcer sa vulgarité lorsqu’elle fait commerce de ses charmes, à feindre la respectabilité quand elle veut mettre le grappin sur son protecteur, Domenico Soriano.
Face à cette prédatrice aux mille visages, Marcello Mastroianni prête à Domenico une séduction un peu veule, un machisme tempéré d’humour italien. Ces duos d’acteurs confinent souvent à la virtuosité gratuite, mais on n’en a cure, on voudrait qu’ils ne se terminent jamais.
Thomas Sotinel [Le Monde, 12 septembre 2014]

 

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Le 4/10/2017 French connection

  • Publié dans Polars

Le Ciné-Club de Grenoble reprend ses activités à partir du
Mercredi 4 octobre 2017 et ouvrira sa nouvelle saison avec un cycle "Polars".
Trois films au programme :
 
French Connection (William FRIEDKIN),
Le Cercle rouge (Jean-Pierre MELVILLE)
et
Serpico (Sidney LUMET).

Mercredi 4 octobre 2017 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " Polars " (1/3)

French connection (The French Connection)

William Friedkin (États-Unis, 1971 - 104 mn)

Je n’essayais pas d’être un pionnier, mais c’est vrai que
French Connection est très différent des autres films policiers de l’époque.
Je voulais rompre ce schéma typique et faussé du flic parfait représentant
de l’idéologie occidentale. On n’avait jamais vu un
personnage principal si violent, si ambivalent et parfois raciste."

William Friedkin

Une œuvre incontournable qui aura, par son mélange de réalisme, de dynamisme et de stylisation, ainsi que par son interprétation exemplaire (Gene Hackman est prodigieux dans un rôle qu'il aura eu du mal à cerner, parfaitement épaulé par son complice Roy Scheider), hissé le genre auquel il appartient à des cimes rarement atteintes. [Gand-Alf (SensCritique.com)]

Friedkin décrit le comportement détraqué que peut être celui du flic, en l’occurrence Popeye Doyle (Gene Hackman), véritable être à vif, chien enragé lors de filatures et qui projette toute sa haine et son énergie dans les arrestations. Et cela jusqu’à tuer accidentellement, à la fin du film, un collègue de travail sans le moindre remords, puisque celui-ci s’est déjà déplacé dans la volonté d’arrêter le grand bandit du film, Alain Charnier (Fernando Rey), bandit raffiné et insaisissable, qui finira par lui échapper ! L’affect du policier selon Friedkin est en perpétuel transfert, en déplacement constant, et donc en projection sans fin : celui qui triomphe doit être celui qui dissimule le mieux, ce qui équivaut à dire que ce sont les meilleurs acteurs qui triomphent dans le milieu policier, comme celui de la pègre ! La reconstitution de l’enquête policière, des filatures aux mises sur écoute des suspects : chaque scène qui reconstitue avec plus ou moins une certaine emphase les moments clefs de l’affaire sont de véritables morceaux de bravoure, témoignage de toute une orchestration scénique entre flics et trafiquants. Charnier est un génie du crime, au même titre que Mabuse, car son Joker est un présentateur télé dont le voyage Marseille New York servira de couverture à un trafic de drogue international que le mafieux français aura dissimulé dans sa voiture ! Friedkin, grâce à l’hybridation entre une réalité reconstituée et sa mise en abîme, montre que l’image est forcément un moyen d’attirer l’attention vers autre chose et qu’elle permet à l’hors-champ une liberté totale (le voyage de Charnier et de son bras droit Pierre Nicoli est « ellipsé » au montage grâce au présentateur télé en pleine conférence de presse sur un bateau) ! [Derek Woolfenden (objectif-cinema.com)]

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Le 11/10/2017 Le Cercle Rouge

  • Publié dans Polars

Mercredi 11 octobre 2017 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " Polars " (2/3)

Le cercle rouge

Jean-Pierre Meville (France, 1970 - 140 mn)

« Ce film est de loin le plus difficile de ceux qu' j'ai tournés, parce que j'en ai écrit
toutes les péripéties et que je ne me suis pas fait de cadeau en l'écrivant
. » (J.P. Melville)

 

Le casting, impeccable, donne au film une dimension supplémentaire : Delon en gangster désabusé et hiératique (dont c'est le seul film avec Melville dont le titre ne le désigne pas directement, après « Le Samouraï » et avant « Un flic »), Montand en ex-flic rongé par l'alcool, et  Bourvil, mort peu de temps après le tournage, avant la sortie du film (même s'il tourna ensuite « Le mur de l'Atlantique »), est ici bouleversant dans ce contre-emploi, selon moi son meilleur deuxième rôle dramatique avec « Le Miroir à deux faces ». [Sandra Mézière, inthemoodforcinema.com] 

 

Jean-Pierre Melville part du mythe du film noir américain et de la tradition policière française, et procède à une réduction de leurs motifs. Plus rien d'autre ne l'intéresse que le mythe en lui-même, le cinéma à l'état pur. Il n'est donc plus question pour lui que de codes et d'icônes. Ainsi, les personnages n’existent que pour le rôle qui leur est alloué dans le mythe. Pour que cette position radicale fonctionne, il faut que les personnages deviennent immédiatement des icônes. Ceci passe par l'aura dégagée par les stars, le choix de tenues emblématiques, une caractérisation se faisant uniquement par les gestes et les comportements (Melville a une sainte horreur de la psychologie au cinéma) et une fonction dans le récit. Melville ne joue plus que sur ces éléments, ce qui fait de lui l’un des premiers cinéastes à faire du cinéma uniquement à partir du cinéma [...]
Le Cercle rouge, formidable polar silencieux et austère marqué par la fatalité et la tragédie, est une forme d'accomplissement dans l'œuvre de Jean-Pierre Melville. C'est une œuvre fondamentale qui reçoit un énorme succès public. Le cinéaste signe le film populaire parfait, à la fois jeu de piste cérébral et grand moment de plaisir cinématographique. Le succès est tel que Melville s'en trouve embarrassé, ne sachant plus quelle suite il peut donner à sa carrière. Il vient de mettre en scène un long chant funèbre annonçant qu'il ne peut plus tourner les mêmes films qu'avant, et il reçoit un plébiscite sans précédent. [Olivier Bitoun (dvdclassik.com)]

 

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Le 17/10/2017 Pas de gué dans le Feu (sous réserve)

Attention: séance exceptionnelle le MARDI

Mardi 17 octobre 2017 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

En partenariat avec DROUJBA 38

PAS DE GUÉ DANS LE FEU

Gleb Panfilov (URSS - 1968, 95 mn)

Pas de gué dans le feu est le tout premier film de Gleb Panfilov. Le film a obtenu le Léopard d’or au Festival international du film de Locarno en 1969. Marcel Martin dans son livre Le cinéma soviétique de Khrouchtchev à Gorbatchev (L’âge d’homme, 1993) : « La lumineuse beauté des images (noir et blanc), la stricte sobriété de la mise en scène, l’émotion contenue du drame, la finesse des portraits, tout concourt à faire de Pas de gué dans le feu (un titre bien symbolique) une manière de chef-d’œuvre. » Le rôle principal de Tania est interprété par Inna Tchourikova, la femme de Gleb Panfilov. Marcel Martin dira à son propos dans son livre : « admirable comédienne dont l’insolite beauté, qui la fera comparer à Giulietta Masina, reflète une intense vie intérieure qui la transfigure. Elle est merveilleusement convaincante dans son personnage de petite paysanne découvrant que l’art peut être une raison de vivre alors que la tourmente politique exige un engagement plus concret et plus immédiat. » [institut-lumiere.org].

Cette première incursion dans l'univers visuel et idéologique de Gleb Panfilov est donc fascinant : c'est un film vital. Profondément humain. Il nous est proposé de réfléchir sur les rapports entre art et politique. Le point de vue est particulier : les jeunes auteurs communistes des années soixante veulent saisir l'occasion historique de surmonter le traumatisme du stalinisme pour en revenir aux valeurs et aux idéaux de la révolution russe. Cela passe par une vision magnifiée du léninisme, certes, mais cela a le mérite de se demander comment un mouvement humaniste et égalitariste a pu dégénérer. Les causes sont discutées, des pistes sont données : une certaine honnêteté intellectuelle réapparaît. Mais il faut toujours avoir à l'esprit que Gleb Panfilov est un véritable communiste : au-delà du fait que cela lui aurait été tout bonnement interdit, il ne remet pas en cause l'idéal communiste en tant que tel (le système soviétique, quant à lui, sera critiqué plus sévèrement dans ses films suivants). Il veut seulement s'interroger, et interroger, sur les causes d'un échec collectif. Une piste de réponse nous est apportée par le titre du film : Pas de gué dans le feu sous-entend qu'une période de tension, de troubles, d'affrontement et de guerre, ne peut qu'éliminer les personnes raisonnables, sensibles, naïves ou simplement passionnées. Elles seront brûlées. Et l'image de Tania, fusillée par un officier tsariste, qui écarquille monstrueusement les yeux et fixe son bourreau, ne cessera jamais de nous hanter. D'ailleurs, quelle toile aurait-elle pu peindre dans ses derniers instants ? [Floriand Bezaud (dvdclassik.com].

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Le 18/10/2017 Serpico

  • Publié dans Polars

Mercredi 18 octobre 2017 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " Polars " (3/3)

Serpico

Sidney Lumet (États-Unis, 1973 - 125 mn)

" On ne peut pas se fier à un flic intègre " (un flic dans Serpico).

Sidney Lumet: le pouvoir et la loi
Tout est soumis à l'épreuve du réel : "Le monde est une zone plus grise que noire et blanche ", paroles du héros de Dans l'ombre de Manhattan. Le monde est complexe, sombre, incompréhensible, tentaculaire comme sa vision de New York, sa ville fétiche, décor d'une trentaine de ses films. Cette complexité, nous la retrouvons également dans les intrigues parfois obscures de ses films, où le personnage comme le spectateur se perd. Sidney Lumet analyse les rapports entre l'homme et l'institution, et surtout comment les institutions se retournent contre l'individu. Il critique les excès des différents pouvoirs, politique (Les Coulisses du pouvoir) médiatique (Network, Un après-midi de chien), policier (Serpico, Le Prince de New York, Dans l'ombre de Manhattan), judiciaire (Douze hommes en colère, Le Verdict). Il dresse un constat amer, celui de l'impossibilité de réunir deux conceptions en théorie compatibles selon les fondamentaux de la démocratie américaine : morale et loi, justice et pouvoir.
[Florent Dudognon (Le Figaroscope - 31 août 2007)].

Pacino Studio
Si Serpico peut compter parmi les chefs-d'oeuvre de Sidney Lumet après Douze hommes en colère (1957) ou La Colline des hommes perdus (1965), hommage doit être rendu à l'acteur qui tient le film sur ses épaules, au point de faire cavalier seul sur l'affiche. Sidney Lumet a eu du "pif" en choisissant cet acteur d'une trentaine d'années, quasiment inconnu au bataillon. A son actif ? Un second rôle prometteur dans le premier épisode du Parrain de Francis Ford Coppola un an plus tôt. Il y incarnait le fils de Marlon Brando/Don Corleone. Avec ce premier "rôle principal", Al Pacino opère un drôle d'enchaînement : après avoir campé le fils du parrain de la mafia, le voilà qui s'attaque au flic le plus intègre de New York. Et la performance est de taille. Suivant les méthodes héritées de son passage à l'Actors Studio, le comédien entre totalement dans la peau de son personnage jusqu'à travailler son regard dans les moindres détails. Des soudains et violents changements d'humeur d'un Serpico acculé à l'ataraxie du Serpico dépité, Al Pacino offre toute sa palette d'émotions au personnage, des plus blafardes aux plus criardes. Cette performance, exceptionnelle à plus d'un titre, se confronta en outre à des obstacles de taille car pour des raisons techniques, le film se tourna "à l'envers" : Lumet a mis en boîte d'abord les scènes d'un Serpico barbu aux cheveux longs pour remonter dans le temps en lui coupant les cheveux. Parvenir à faire venir des émotions à rebours, voilà un exploit de taille.
[Mathieu Durand (Le Figaroscope - 27 février 2009)].

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Le 8/11/2017 Octobre

Mercredi 8 novembre 2017 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " URSS et RUSSIE " (1/3)

Octobre

Serguï Eisenstein (URSS, 1927 - 80 mn)

"La révolution m’a donné ce que j’ai de plus cher dans la vie ; elle a fait de moi un artiste, et si la révolution m’a conduit à l’art, l’art, à son tour, m’a entraîné tout entier dans la révolution. Notre art doit être fondé sur le communisme." [d’après les Mémoires d’Eisenstein].
" L’importance du cinéma soviétique est très grande – et pas seulement chez nous. A l’étranger, il n’existe que peu de livres avec un contenu communiste. Mais on y regarde nos films avec attention et chacun peut les comprendre. Vous autres cinéastes n’avez aucune idée de la responsabilité qui repose entre vos mains. Considérez avec la plus grande attention chaque parole, chaque action de vos héros."
[citation de Gregori Alexandrov, l’assistant réalisateur d’Octobre, rapportant des propos prêtés à Staline en 1929].

Fin octobre 1917, Lénine et les bolcheviks déclenchent la révolution armée contre la démocratie bourgeoise de Kerenski... Film de commande pour le dixième anniversaire de cette révolution, Octobre se fit dans la fièvre de l'inspiration, les nuits sans sommeil (avec, parfois, onze mille ouvriers, soldats et habitants de Leningrad réunis pour la figuration sur la place du palais d'Hiver) et une atmosphère de tension extrême. Luttant contre le temps, harassé, surexcité, Eisenstein réalisa une oeuvre de visionnaire, certes moins maîtrisée dans son langage filmique que Le Cuirassé Potemkine, mais emportée par un paroxysme lyrique, des métaphores inattendues, une liberté artistique (expérimentale) qui déconcerta, d'ailleurs, les spectateurs soviétiques lors de la sortie, en 1928.
Malgré ses efforts, Eisenstein n'avait pu terminer Octobre à temps. Trotski ayant été éliminé par Staline, il avait reçu l'ordre de supprimer les scènes où apparaissait celui qui était désormais considéré comme « traître ». C'est seulement en 1966 que cette surprenante fresque d'un génie de l'art muet fut présentée au grand public, à Paris, dans sa version intégrale.
[Jacques Siclier (Télérama, 11 février 2012)]

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14/11/2017 Attenberg

Attention: séance exceptionnelle le MARDI

Mardi 14 novembre 2017 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

En partenariat avec "Ethnologie et Cinéma"

ATTENBERG
Coupe Volpi Interprétation, Festival de Venise 2010

Athina Rachel TSANGARI (Grèce - 2010, 95 mn)

"Attenberg" : chronique maniériste d'une jeune femme empêtrée.
"Attenberg" s'attache à décrire quelques mois de l'évolution d'une jeune femme, Marina, de la rencontre de celle-ci avec un homme jusqu'à la mort de son père, moment d'un questionnement sur la nature du lien l'unissant à celui-ci. Récit initiatique, non dénué d'humour, entrecoupé d'intermèdes chantés et dansés par le personnage principal et sa meilleure amie. Attachant.
Le film d'Athina Rachel Tsangari débute par une scène, à la fois drôle et légèrement embarrassante, montrant deux jeunes femmes s'entraînant à s'embrasser. L'une, Bella, semble moins intimidée que l'autre, Marina, à laquelle le film va s'attacher.
Celle-ci en effet passe de longs moments avec son père, dont on devine qu'il est gravement malade, tout en avouant sa méfiance vis-à-vis du sexe en particulier et de l'amour en général. Ce sont donc les quelques mois de son évolution personnelle, de la rencontre avec un homme à la mort de son père, moment d'un questionnement sur la nature du lien qui l'unit à celui-ci, qui constituent le cœur d'Attenberg.
Marina va en effet apprendre à mûrir, tenter de répondre par la pratique aux questions qu'elle se pose, tout en considérant son amie Bella comme une sorte de reflet imparfait, voire déformé d'elle-même, comme une projection virtuelle.
Les relations entre les deux filles sont par ailleurs représentées par une série d'intermèdes chantés et dansés par les deux personnages, chorégraphie symbolisant sans doute la quête d'une sorte d'unité hors d'atteinte entre les deux personnages.
Récit initiatique, légèrement atone, non dénué d'humour, Attenberg n'échappe cependant pas à une certaine affectation.
Jean-François Rauger [Le Monde, 20 sept. 2011]

Demain, Mercredi 15 novembre 2017 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Suite du cycle " URSS et RUSSIE " (2/3)
La balade  du soldat [Grigori Tchoukhraï (URSS, 1959 - 92 mn)]

 

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Le 15/11/2017 Ballade du soldat

Mercredi 15 novembre 2017 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " URSS et RUSSIE " (2/3)

La Ballade du soldat

Grigori Tchoukhraï (URSS, 1959 - 92 mn)

Tchoukhraï fait parti des cinéastes du « dégel », cette période correspondant aux années où Khrouchtchev était au pouvoir en URSS (1955-1964) durant laquelle furent à nouveau autorisés les points de vue individuels dans les oeuvres d’art après le totalitarisme stalinien (dès 1964, la glace se reforma – la période stalinienne avait laissé trop de secrets lourds à porter et de massacres inavouables  – pour ne se rouvrir qu’à la faveur de la Perestroïka de Gorbatchev). Au moment de l’obtention de son visa cinématographique, La Ballade du Soldat eut maille à partir avec quelques tristes sirs qui trouvèrent notamment à redire devant cette scène où l’on voit un adjudant donner généreusement les deux uniques savons d’un bataillon à Aliocha (mais alors, le bataillon est-il condamné à devenir sale ? On a envie d’en rire, mais sans doute que Tchoukhraï avait plutôt envie d’en pleurer). Le film ne sortit donc que dans un circuit parallèle en URSS avant de rencontrer plus tard un succès aussi retentissant qu’inattendu. Qu’un tel film, qui donne une image aussi fière et (certainement) idéalisée des soldats soviétiques, ait pu rencontrer des difficultés avec la censure, voilà qui donne une idée du caractère relatif du dégel soviétique du temps de Khrouchtchev.[https://newstrum.wordpress.com/2017/02/04/la-ballade-du-soldat-de-grigori-tchoukhrai-eloge-de-la-fidelite/]

« La Ballade du soldat est un film d'une grande sensibilité (...). La compassion pour le destin des individus s'exprime ici dans sa plénitude et l'on est bien loin des discours officiels sur les héros. C'est la guerre qui est la véritable ennemie, car elle tue tout ce qui est humain (...) », écrit Jean-Marie Carzou. « (...) Tchoukhraï n'a pas éprouvé le besoin de broder des fioritures sur ce qu'il ressentait fortement. (...) Dans l'ensemble, secondé par les admirables "gris" de son opérateur, il se borne à faire surgir la poésie des êtres et des paysages. (...) On pourrait multiplier les exemples de cette magie visuelle qui naît de la chaleur du sentiment éprouvé et non du tarabiscotage formel. »
« J'ai été soldat. C'est comme soldat que j'ai parcouru le chemin de Stalingrad à Vienne. En route, j'ai laissé beaucoup de camarades qui m'étaient chers. (...) Ce que nous avons voulu montrer, Valentin Ezhov et moi, ce n'est pas comment notre héros a fait la guerre, mais quelle sorte d'homme il était, pourquoi il s'est battu. Renonçant aux scènes de bataille (...) nous avons cherché un sujet qui flétrit la guerre. (...) Ce garçon (le jeune soldat Alecha) pouvait devenir un bon père de famille, un mari affectueux, un ingénieur ou un savant, il pouvait cultiver le blé ou des jardins. La guerre ne l'a pas permis. Il n'est pas revenu. Combien d'autres ne sont pas revenus ! »
(Grigori Tchoukhraï, propos reproduits dans Le cinéma russe et soviétique, L'Équerre, Centre Georges-Pompidou, 1981).
[http://la-loupe.over-blog.net/2014/10/la-ballade-du-soldat.html]

 

 

 

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Le 21/11/2017 Non Assistance

Attention: séance exceptionnelle le MARDI

Mardi 21 novembre 2017 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

En partenariat avec la CIMADE

NON ASSISTANCE

Frédéric Choffat (France - 2016, 52 mn)

En présence de  Charles Heller, principal intervenant dans le film, chercheur à l'Université Goldsmith à Londres, militant à "Watch the Med"

Depuis 2011, des dizaines de milliers de migrants fuyant les guerres et les situations économiques désastreuses dans leur pays d’origine tentent de traverser la Méditerranée, la route maritime la plus dangereuse du monde, pour se rendre en Europe. 
Alors que les gouvernements criminalisent de plus en plus ces flux migratoires, des femmes et hommes s’organisent : certains affrètent des bateaux pour sauver les naufragés, d’autres les accueillent à terre, d’autres encore déposent des plaintes pénales contre les États pour non-assistance à personne en danger. Tous ces individus, mues par leur seule détermination et courage proposent activement une alternative à l’indifférence générale. 
Parmi eux, Charles Heller, un jeune chercheur suisse qui, en participant activement à la création de la plateforme Watch The Med, qui documente les cas de bateaux de migrants disparus en pleine mer, puis du système d’appel d’urgence AlarmPhone, destiné aux bateaux en perdition, nous montre que tout cela n’est pas une fatalité. Il est non seulement possible de sauver les migrants en mer, mais il est également nécessaire de penser aujourd’hui la migration autrement. 
C’est en suivant son combat et celui de six autres personnes, engagées en Europe, sur la terre comme sur la mer, que le film tente d’apporter des pistes de réponses à cette tragédie qui se déroule sous nos yeux.

Demain, Mercredi 22 novembre 2017 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
Fin du cycle " URSS et RUSSIE " (3/3)
Stalker [Andreï Tarkovski (URSS, 1979 - 161 mn)]

 

 

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