Le 13/02/2019 MONIKA

Mercredi 13 février 2019 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle Ingmar Bergman (2/3)

MONIKA / SOMMAREN MED MONIKA

(Ingmar BERGMAN - Suède - 1952 - 87 min)

" Au moment de Monika, quelque chose fait irruption, une appropriation du néoréalisme, une clarté, une transparence, dont Harriet Anderson est l'incarnation. Une présence de cinéma, avec une aura qui brise l'image de la femme au cinéma, qui va jusqu'à son être intime. Et cela avec une légèreté de moyens qui s'impose progressivement, permet l'irruption de la nature et se resserre sur les visages." (Olivier Assayas, Le Monde, 27 septembre 2003)

HARRIET ANDERSON 
Jeune actrice de music-hall, Harriet Andersson est repérée à l’âge de dix- huit ans par Ingmar Bergman, qui écrit pour elle le scénario de Monika. II lui offre ainsi son premier rôle au cinéma, celui d’une jeune femme à l’érotisme puissant et au comportement incontrôlable, y compris pour elle-même. Très admiratif de son talent et de son naturel, le cinéaste dirige l’actrice dans ses quatre films suivants, entre 1953 et 1955 : La Nuit des forains, Une leçon d’amour, Rêves de femmes et Sourires d’une nuit d’été. Six ans plus tard, Andersson tient un de ses rôles les plus marquants dans un autre film signé Ingmar Bergman, À travers le miroir: elle est Karin, jeune femme schizophrène hantée par des visions mystiques. Leur collaboration se poursuit avec Cris et chuchotements (1973), où l’actrice interprète le rôle d’une femme mourant d’un cancer, et s’achève avec Fanny et Alexandre, en 1982. Après ces huit films, Bergman écrit de son actrice : 
C’est quelqu’un d’étrangement fort, mais vulnérable, son talent est traversé par des traits de génie. Son rapport à la caméra est direct et sensuel. En tant que comédienne, elle est souveraine, en une seconde, elle passe d’un extrême à l’autre, tantôt elle se laisse porter par l’émotion du personnage, tantôt elle enregistre avec objectivité les choses.” Ailleurs, il résume son magnétisme : “ La caméra tombe amoureuse de cette fille. Elle a une relation à la caméra.”

 

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Le 6/03/2019 SOURIRES D'UNE NUIT D'ÉTÉ

Mercredi 6 mars 2019 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle Ingmar Bergman (3/3)

SOURIRES D'UNE NUIT D'ÉTÉ
SOMMARNATTENS LEENDE

Ingmar BERGMAN - Suède - 1956 - 82 min)

"Malgré d’acerbes piques sociales, tout le film baigne dans une grisante euphorie qui le fit triompher à l’époque (le "Prix de l'humour poétique" à Cannes et une renommée internationale pour son auteur). L’amertume et le cynisme du propos fondent devant l’irrésistible invitation aux jeux de l’amour : les couples s’entre-déchirent et s’humilient, se font et se défont dans une atmosphère fin de siècle moqueuse et réjouissante."
N.T. Binh

"  Sourires d’une nuit d’été fut objectivement le meilleur film présenté à Cannes, c’est-à-dire le plus complet, le plus intelligent et en même temps le plus divertissant à voir. Sourires d’une nuit d’été qu’on jurerait adapté d’une excellente comédie rose et noire où il y aurait tout à la fois de Marivaux, de Strindberg et d’Anouilh est en réalité tout entier écrit par Bergman. Poésie et érotisme, humour et mélancolie, grâce des images, admirable direction des acteurs, tout concourt à faire de Sourires d’une nuit d’été, sorte de Règle du jeu suédoise, une manière de chef-d’œuvre."
Jacques Doniol-Valcroze, (Cahiers du cinéma, juin 1956).

« Durant une décennie, entre 1945 et 1955, écrit Olivier Assayas, il tourne parfois deux films par an, accumulant une œuvre assez riche et diverse pour suffire à la filmographie d’un autre. Bergman est à son apogée. Il a acquis une maîtrise complète de son art, tournant consécutivement entre 1955 et 1957 les trois films qui l’ont imposé auprès du public cinéphile du monde entier, Sourires d’une nuit d’été, Le Septième sceau et Les Fraises sauvages. » Son œuvre précédente, Monika, pourtant son quinzième film, installa Bergman dans le panthéon international. Tourné en 55 jours, Sourires d’une nuit d’étéle révélera définitivement, grâce au prix reçu à Cannes en 1956 – une récompense à la définition quelque peu extravagante : le Prix de « l’humour poétique » [...]). Bergman évoque le couple et ses ruptures, et mélange les genres : le film est tour à tour cocasse, libertin, tragique, poétique et surréaliste. « C’est avec ce film que l’on comprend le mieux les personnages de Bergman, écrit Jacques Siclier, qui fut l’un des grands critiques du MondeIl ne reste plus pour eux d’autre espoir que de se reformer en couples mieux assortis, pour recommencer d’être Adam et Eve loin du Paradis, condamnés au péché et à la souffrance. » Le travail sur la lumière est toujours aussi remarquable, comme un écrivain dont on dirait qu’il a, avant toute chose, du style. C’est aussi la marque des grands cinéastes que d’affirmer un parti pris visuel convaincu et beau. « On dirait un film éclairé par la Lune » écrivent les Cahiers du cinéma en juillet 1956. Les dialogues sont savoureux, évoquant les comédies shakespeariennes et le vaudeville. On pense également à La Règle du jeu, mais le cinéaste assura ne pas l’avoir vu. Comme chez Renoir, les classes sociales s’effacent devant les attirances physiques : la servante se sent supérieure à celle qui l’emploie, car elle a fait l’expérience de la sexualité. Les hommes, souvent ridiculisés, pensent davantage à la mort qu’aux sentiments qui semblent être des privilèges féminins : « Si l’amour est un mal, vive le mal ! ».
(Présentation du film au Festival Lumière 2013)

 

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Le 12/03/2019 LA REPETITION

Mardi 12 mars 2019 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

En partenariat avec l'Association VUES D'EN FACE

LA RÉPÉTITION

Catherine CORSINI - France - 2001 - 96 min)

« Malgré ces maladresses, le film ne se laisse pas facilement oublier.
Quelque chose de vraiment authentique l’habite.
La douleur sourde, qui traverse le film de part en part,
a quelque chose de non feint et de vraiment prenant
. » Jean Marc Lalanne (Libération)

LA PASSION MIS À NU
Catherine Corsini fait un cinéma à haut risque. Pourtant, rien de plus classique en apparence que des films comme "les Amoureux", "la Nouvelle Eve" ou, aujourd’hui, "la Répétition". Mais en osant ce cinéma elle renonce aux oripeaux du naturalisme, qui toujours se trouvent des défenseurs, de même qu’à ces variations au goût du jour que leur prétention et leur confusion désignent à l’adoration de quelques chapelles d’influence. Autrement dit, elle avance en terrain découvert, prête sans doute à se faire flinguer. Son cinéma ambitionne de dénuder les sentiments et leurs postures, de toucher à l’os, de gratter, de fouiller, c’est un cinéma sans une once de graisse, sans un poil de sentimentalité. Dans le monde d’aujourd’hui, peut-être bien qu’elle a tout faux. Mais à considérer la liste des films qui restent et resteront, au-delà des modes et des tocades, des enthousiasmes de circonstance et des aveuglements raisonnés, on miserait volontiers quelques tickets de cinéma sur elle.[...]
Pourquoi aime-t-on cette personne et pas telle autre ? Pourquoi refait-on deux fois la même erreur ? Pourquoi ce besoin de répétition ? Et si le jeu social et le désir de paraître, autant que l’envie d’exister, décidaient de nos sentiments, de nos passions, de tout ce que l’on veut croire sans raison ? Louise aimerait-elle Nathalie si celle-ci n’était pas actrice, plus remarquable et plus remarquée qu’elle ? Et si, à travers ce qu’elle nomme amour, que tout dans le film désigne comme tel, se cachait la soif de reconnaissance et de lumière ? Questions auxquelles il est préférable, peut-être, de ne pas répondre, mais que se poser n’empêche ni de vivre ni d’aimer. Pour les faire advenir sur un écran, pour qu’elles naissent naturellement des personnages et des liens qu’ils nouent entre eux, il faut une précision, une intelligence et un toucher exceptionnels. Catherine Corsini possède tout cela, mais -qualité plus rare encore- elle sait aussi tailler dans le vif, insister sans jamais appuyer, renoncer à séduire en surface pour aller au plus près, au plus profond, au plus vrai. Sa chorégraphie des relations sentimentales et amoureuses s’organise autour de deux actrices éblouissantes, dont elle se sert et qu’elle sert admirablement, dans la plénitude inquiète d’un cinéma débarrassé de toute scorie. Ce ne sont pas là, peut-être, des qualités au goût du jour. Tant pis pour le jour.
Pascal Mérigeau. [L'Obs, 23 août 2001]

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Le 13/03/2019 PROFESSION : REPORTER

Mercredi 13 mars 2019 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle Imposture (1/3)

PROFESSION: REPORTER

(Michelangelo ANTONIONI - États-Unis / ItalieSuède - 1975 - 126 min)

" Je considère Profession : Reporter comme un de mes films les plus aboutis au niveau de l'esthétique. Je considère également que c'est un film politique puisqu'il traite des rapports de l'individu avec la société."  Michelangelo Antonioni.

C'est l'histoire d'un homme qui va en Afrique pour tourner un documentaire. Il se trouve devant l'opportunité de prendre la personnalité d'un autre et, pour des raisons personnelles qui lui ont provoqué une profonde frustration, il se jette dans cette aventure avec l'enthousiasme de celui qui croit aller à la rencontre d'une liberté inespérée. Mais... Le protagoniste sait que cet autre est un homme d'affaires, mais il ne sait pas de quel genre d'affaires il s'agit. Nous avons tous désiré, au moins une fois, changer d'identité." Michelangelo Antonioni. (1)

" Rome, le 5 Avril 1975
Cher Michelangelo,
Tu sais à quel point je suis paresseux, distrait, toujours dans le pétrin, et que je ne vais jamais au cinéma. Ces derniers temps, qui plus est, je n'ai pas réussi à trouver l'envie et la disposition d'esprit nécessaires pour aller voir les films d'un ami. Après avoir passé deux heures en ta compagnie et avoir vécu, comme en rêve, tes angoisses, je tiens à te dire, même de manière un peu frustre, que de tous les films de toi que j'ai vus, celui-ci me semble, ou plutôt est le plus accompli, le plus pur, le plus sobre. Sa sincérité est telle que j'en éprouve de l'embarras. Mon cher ami, maintenant que je te connais mieux, je t'aime encore davantage. C'est un film très cruel, chirurgical, et en même temps très doux. D'une douceur exsangue, comme dans les limbes. Le silence qui règne dans les rêves qui t'avertissent que tu es déjà depuis longtemps parmi les morts, que ce n'est au bout du compte pas si terrible et si désespérant que cela, et que c'est même la seule façon de vivre. Mais je ne voudrais pas t'apparaître sophistiqué ou, pire encore, confus. Je veux simplement te dire que tout va bien, mon cher Michelangelo. Courage, mets-toi au travail pour ton prochain film. Je t'embrasse, Federico." (2)
(1) in Cesera Bierase et Aldo Tassone, I Film di Michelangelo Antonioni,Rome, Cremese Editore 1985,
      cité dans L'Aventure du Désert, Profession : Reporter,dirigé par Dominique Païni, 2018, Carlotta Films
(2) Federico Fellini, cité dans L'Aventure du Désert, Profession : Reporter, dirigé par Dominique Païni, 2018, Carlotta Films

 

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Le 19/03/2019 WATER

Mardi 19 mars 2019 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Séance spéciale en partenariat avec l'Association BOLLYCINÉ

WATER

(DEEPA METHA - Inde/Canada - 2005 - 117 min)

Le jeu de toutes les actrices de la Maison des veuves est exceptionnel : intimiste, douloureux, blessé, tendre, brutal. Le lyrisme fluide de la caméra provoque un troublant contraste avec les difficultés arides rencontrées par les personnages. Le film a des choses sérieuses et ambitieuses à dire sur l’écrasement des femmes par des dogmes sociaux et religieux atrophiés. Mais, et c’est tout à son honneur, le film raconte cette histoire de l’intérieur, accentuant ainsi le drame humain de leur existence, et nous touchant droit au cœur. « Water » est un film magnifique." (Salman Rushdie).
Réalisme et romantisme font bon ménage pour la cinéaste qui mène des combats politiques dans son pays. Il s’agit pour elle de toucher un large public, mais aussi de l’interpeller. Les armes du mélodrame seront alors justes. Sous ces images séduisantes, un désespoir traverse « Water » et résonne comme un cri d’alarme." (Télérama)
Un film intense aux antipodes de Bollywood." (Le Figaro)

DEEPA MEHTA Réalisatrice - Scénariste
Deepa Mehta est née en 1950 à Amritsar en Inde et est diplômée en philosophie de l’Université de New Delhi.
En 1991, elle produit et réalise son premier long métrage Sam & Moi, qui remporte une mention honorable dans la catégorie Caméra d'or au Festival international du film de Cannes. Cette oeuvre, comme plusieurs de ses derniers films, est à la fois un film profondément personnel et dont le contenu affectif est universel. Grâce au succès de Sam & Moi, elle reçoit des offres pour réaliser deux épisodes de la série télévisée de George Lucas intitulée Les chroniques du jeune Indiana Jones et le film à gros budget Camilla (1994), coproduction Canadia/ UK avec Jessica Tandy et Bridget Fonda.
En 1995, elle produit, écrit et réalise Fire, son troisième film de fiction. Bien accueilli par la critique et le public, ce film est présenté dans de nombreux festivals internationaux (Festival international du film de Toronto).

Water a mis cinq ans avant de pouvoir être achevé car il dénonce l’existence en Inde de traditions révoltantes : des petites filles mariées à l’âge de sept ans qui, une fois devenues veuves, étaient bannies et devaient passer le restant de leurs jours dans un ashram. N’ayant reçu aucune éducation, ces femmes ne cherchent pas à remettre en cause leur sort injuste tandis que les brahmanes décrètent par loi qu’ils peuvent coucher avec qui ils veulent et que leurs maîtresses sont bénies des dieux. Deepa Mehta parvient à faire passer avec sensibilité et justesse ce message de révolte dans la réalité de l’Inde coloniale des années 1930 qui tente de marcher vers l’indépendance avec l’arrivée de Gandhi. Elle nous offre également une mise en scène d’une grande beauté. Elle fait un travail photographique splendide sur la lumière et la vie au bord du Gange. L’eau est présente tout au long du film. Le fleuve sert à baigner les morts, à se laver, à se purifier des péchés, à prier. Une fois immergé dans cette réalité très différente de la nôtre, on se laisse gagner par le message d’injustice, par l’émotion et la beauté des images et des personnages. On est bien loin de Bollywood qui nous semble si souvent masquer les véritables facettes de l’Inde en n’offrant que joie et sourires forcés. [films.blog.lemonde.fr]

 

 

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Le 27/03/2019 L'emploi du temps

Mercredi 27 mars 2019 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle Imposture (3/3)

L'EMPLOI DU TEMPS

(Laurent CANTET - France - 2001 - 134 min)

« À travers une mise en scène précise et minutieuse,
Laurent Cantet examine la solitude d'un menteur de fond
. »

De la première à la dernière image, la réussite de L'Emploi du temps, de cette relation d'un voyage au-delà de la vie normale, repose sur Aurélien Recoing. Il lui faut à la fois mentir et être vrai, faire passer l'ivresse de la liberté et la terreur du vide, parfois en une fraction de seconde. Avec beaucoup de retenue, l'acteur guide son personnage pas à pas dans le labyrinthe qu'il s'est lui même inventé, de l'euphorie qui le saisit au volant de sa voiture en écoutant une chanson d'Etienne Daho à l'abattement qui fond sur lui aux dernières séquences du film. Il est devenu cet homme sans attache que chantaient les Beatles, « qui dresse ses plans de nulle part à l'intention de personne ».
Autour de ce travail d'acteur irréfutable, qui fait de L'Emploi du temps un bloc d'émotions contradictoires avant d'être une réflexion passionnante, Laurent Cantet a construit son film. Il est d'abord fait d'une mise en scène hivernale, avec quelques très beaux travellings (la course de la voiture de Vincent avec un train ; Vincent parcourant les couloirs de l'agence de l'ONU, contemplant l'activité fébrile et vaine de ses prétendus collègues) qui sont l'expression exacte de l'étrangeté du personnage au monde qui l'entoure. Dans les failles de cette irréalité patiemment construite - elle culmine en une très belle séquence d'amour dans la neige - se glissent des blocs de vie quotidienne sur lesquels Laurent Cantet exerce ses talents satiriques, avec une précision qui mène inévitablement à la cruauté...
Thomas Sotinel [Le Monde, 14 novembre 2001]

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Le 20/03/2019 LA SIRÈNE DU MISSISSIPI

Mercredi 20 mars 2019 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle Imposture (2/3)

LA SIRÈNE DU MISSISSIPI

(François TRUFFAUT - France - 1970 - 123 min)

« Avec La Sirène, je compte bien montrer un nouveau tandem prestigieux et fort :
Jean-Paul [Belmondo] aussi vivant et fragile qu’un héros stendhalien,
et vous, la sirène blonde dont le chant aurait inspiré Giraudoux.
»
(François Truffaut à Catherine Deneuve).

" Tout ce que je sais, je l’ai appris par le cinéma, à travers les films. C’est par le cinéma que passent mes idées sur la vie. Et le cinéma, on apprend son histoire, son passé et son présent à la Cinémathèque ! On ne peut apprendre que là ! C’est un enseignement perpétuel. Je fais partie de ces gens qui ont besoin de revoir sans arrêt les films anciens, les muets, les premiers parlants. Donc, je passe ma vie à la Cinémathèque, sauf quand je suis occupé à tourner moi-même." (François Truffaut, L’Express, 20 mars 1968).
C'était un personnage nouveau pour moi : celui d'une aventurière, avec des traits qui étaient loin de moi, mais dans un climat si étrange que le film n'entre dans aucun genre. C'est une histoire d'amour très pathétique, très passionnée, très romantique - et cela correspond tout à fait à la personnalité de Truffaut, ce romantisme - avec des éléments comme l'aventure, l'intrigue policière, qui viennent se mêler à cela… Mais j'ai assez de mal à parler de ce film parce que le tournage a été merveilleux, facile, agréable, sans aucun problème, dans une ambiance formidable, avec une confiance totale… C'est comme le bonheur en fin de compte, cela ne se raconte pas : il faut le vivre ou en être témoin pour comprendre. (
Catherine Deneuve, Cinéma 1969).

Le récit d'une dégradation par amour, d'une passion
" Dans la Sirène, j'ai admiré surtout la répartition des événements, les apparitions, disparitions et réapparitions des principaux personnages. J'ai donc respecté cette construction pour le film, j'ai cherché à en conserver toutes les proportions."
" Irish fait partie de ces auteurs américains qui ont subi l'influence du cinéma. Cette influence m'est apparue de façon plus sensible pendant que j'adaptais la Sirène et que je travaillais le livre à la main comme si celui-ci était déjà le scénario. Dans le roman, Irish dit du détective : " Il avait le regard le plus direct que l'on eût rencontré. " C'est l'unique indication que j'ai donnée à l'interprète du rôle. Michel Bouquet, et qui lui a suffi pour faire sa composition.
" Mon scénario définitif a été moins une adaptation au sens traditionnel qu'un choix de scènes. Enfin, avec ce film j'ai pu réaliser le rêve de tous les cinéastes : tourner dans l'ordre chronologique une histoire chronologique qui représente un itinéraire."
" Jean-Paul Belmondo est, avec Jean-Pierre Léaud, mon acteur préfère, et pour Catherine Deneuve il était impossible de ne ¦pas songer à elle. En effet, son rôle de la Sirène cumule divers aspects d'elle que nous avons pu voir récemment : par exemple, son aspect romantique dans Benjaminet son aspect " vie secrète " dans Belle de jour. Puis, c'était bien d'avoir dans un film lié à une certaine tradition du cinéma américain deux acteurs de célébrité égale. Mais tout en trouvant superbe le couple Deneuve-Belmondo, je sens bien qu'il existe à Paris une sorte de préjugé à l'égard des vedettes et à plus forte raison quand elles vont par deux. À New-York, l'optique est très différente : j'y étais l'an passé, et quand j'ai parlé de la Sirène à des journalistes américains ils m'ont dit : " Catherine Deneuve et Jean-Paul Belmondo sont charmants, ils vont " former un joli petit couple. "
" Enfin, et parce qu'il est l'acteur le plus complet d'Europe, Belmondo fait alterner dans sa carrière trois personnages : celui qui descend de Sganarelle, celui qui s'inspire du héros des films de gangsters américains, celui qui serait le fils du Gabin de la Bête humaine. C'est cette troisième possibilité que je lui ai demandé d'explorer en utilisant sa gravité, qui lui permet de dire tellement bien les dialogues d'amour."
[Propos de François Truffaut recueillis par Yvonne Baby, Le Monde, 21 juin 1969]

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Le 02/04/2019 JEAN-FRANCOIS I EL SENTIT DE LA VIDA

Mardi 2 avril 2019 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

En partenariat avec le Festival OJO LOCO

JEAN-FRANÇOIS I EL SENTIT DE LA VIDA

(Sergi PORTABELLA - Espagne - 2018 - 95 min)

Dans son premier long-métrage, Portabella (scénariste de El fin del mundo será en Brasil, 2013) traite ici la détresse adolescente avec une finesse loin de tout pathos dans une fuite ingénue vers la France. Elle dénote cependant une certaine invraisemblance et une impuissance de la part des adultes : l'adolescent est à la dérive, personne (ni sa mère, ni la directrice de l'école, ni son psy) ne parvient à l'aider, ce qui le pousse à fuir vers Paris. Comme si cette fuite pouvait gommer ses problèmes d'enfant différent. Le film se transforme en quête existentielle dans un monde où les adultes n'ont pas leur place : Francesc se donne une nouvelle identité en devenant Jean-François, il enlève son patch, découvre l'amour et la soif d'aventure. Tout devient possible, sa vie peut changer ; il s'ouvre au monde et renie sa propre identité.
Si le ton triste et dramatique est planté d'emblée dans un cauchemar de Francesc (celui de sa propre mort), le reste du film cherche néanmoins à aller vers la comédie ironique sous fond de musique classique et rock. Les acteurs plantent à la perfection leurs personnages en quête d'un sens pour leur propre vie. L'équilibre entre le dramatique et la légèreté est parfait. [...]
Une belle ode à l'adolescence qui nous rappelle, à l'heure d'internet, qu'il faut vivre et croire en ses rêves. Aurore Kusy [cinespagne.com]

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Le 3/04/2019 Les Cheyennes

Mercredi 3 avril 2019 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle "Grands espaces, Grand écran "(1/4)

LES CHEYENNES

(John FORD - États-Unis - 1964 - 154 min)

" C'est sans doute une réaction inconsciente, mais c'est en effet un peuple très digne - même lorsqu'il a été battu. Naturellement, ce n'est pas très populaire aux États-Unis. Le public aime voir les Indiens se faire tuer. Il ne les considère pas comme des êtres humains, possédant une profonde culture, différente des nôtres. Si vous regardez les choses en détail, vous découvrirez pourtant que leur religion ressemble en de nombreux points à la nôtre." John Ford.
[Cité par Peter Bogdanovich in John Ford.University of California Press, Berkeley. 1967].

Cinéaste attaché à la dignité humaine, Ford ne pouvait décemment terminer sa carrière sans nous donner un grand film sur les Indiens, ces mal-aimés du cinéma hollywoodiens. En fait, le cinéaste avait en projet de relater la tragédie des Cheyennes depuis le début des années cinquante. Les aléas de la production ont fait de ce thème son tout dernier western. Et il est presque heureux qu’il ait dû attendre si longtemps pour le réaliser. Cheyenne autumn (le magnifique titre original donne à lui seul la tonalité de l’œuvre) synthétise les sentiments d’un homme revenu de tout et qui s’interroge avec pessimisme sur les ambiguïtés de son pays. Le film - il faut s’en souvenir pour mieux en comprendre la portée - a été tourné juste après l’assassinat de Kennedy.
Situé dans les paysages désertiques époustouflants de Monument Valley (Utah) - région que Ford, au fil de sa longue carrière, a contribué à rendre célèbre dans le monde entier -, Les Cheyennes est servi par une extraordinaire conjonction de talents. Qu’il s’agisse du directeur photo, William Clothier, formidablement inspiré ici. Ou d’Alex North, un des plus grands compositeurs hollywoodiens (pour le situer, sachez qu’il a collaboré avec Kubrick sur Spartacus et 2001 : Odyssée de l’espace). A noter pour la petite histoire que Ford, pour des raisons obscures, détestait cette BO qui cependant contribue pour beaucoup à la beauté poignante de son film. Quant à la distribution, il suffit de lire les noms qui s’égrènent au générique pour en deviner la cohésion. Oui, décidément, pour son dernier western, Ford, déjà très malade, a mis tous les atouts de son côté. Cheyenne autumn est un de ses films les plus aboutis, un testament lyrique aux accents crépusculaires. [avoir-alire.com].

 

 

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Le 30/04/2019 Il était une fois en Anatolie

ATTENTION :
  Cette séance du Ciné-club aura lieu le MARDI 30 avril 2019 à 20h

Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle "Grands espaces, Grand écran "(3/4)

IL ÉTAIT UNE FOIS EN ANATOLIE
Festival de Cannes 2011: Grand Prix

Meilleur film au Festival international du film de Dublin 2012

(NURI BILGE CEYLAN - Turquie/Bosnie-Herzégovine - 2011 - 157 min)

" Il était une fois en Anatolie a la beauté des films rares et fiers, minoritaires dans leur époque."

Ce qui est neuf, c’est la Turquie. Les films de Ceylan sont issus d’un pays qui a été marginal dans l’histoire du cinéma, nous donnant de ses nouvelles et nous permettant de vérifier en quoi il nous ressemble et nous dissemble.
Et puis, si ce cinéma du plan large, de la durée et de l’introspection n’est pas nouveau, à l’heure des écrans réduits (que reste-t-il d’un plan large sur un iPhone ?), de la vitesse et de la technologie triomphante, sa lenteur désabusée et son ampleur contemplative en ressortent avec plus d’acuité. 
[Serge Kaganski, Les Inrocks - 01 novembre 2011]

Le déroulement de l'un des grands films de ce Festival de Cannes, 2 h 37 magistrales, au cours desquelles ce poète ténébreux qu'est le Turc Nuri Bilge Ceylan illustre ce que veut dire faire du cinéma : sonder la faiblesse des hommes et leurs désirs, évoquer ce qui transparaît d'âme dans leurs silences et ce que leurs obsessions traduisent de soucis quotidiens, communiquer des sensations, coller au temps qui passe, brouiller les notions de documentaire et de fiction.
Il était une fois en Anatolie nous raconte une histoire, avec la densité romanesque d'un Dostoïevski, sa dextérité à mêler les styles (réaliste, tragique, bouffon) et à nourrir l'intrigue de digressions. Par la plausibilité des faits qu'elle dépeint, le rythme avec lequel elle les égrène, la précision tour à tour juridique et chirurgicale qui y est observée, cette histoire colle si précisément au réel que l'on pourrait la comparer avec la manière dont un Raymond Depardon ou un Fred Wiseman enregistrent faits divers, travaux de police ou audiences de tribunal. La façon dont s'y écoulent les heures rappelle le chemin de croix infernal du moribond ballotté dans l'enfer des urgences médicales de La Mort de Dante Lazarescu, du Roumain Cristi Piu (2006). [Jean-Luc Douin, Le Monde,14 avril 2011]

En resserrant le cadre sur l’intime, le cinéaste opère un glissement de l’observation des paramètres sociaux (professionnels, idéels) de son échiquier vers un questionnement paradoxalement plus absolu de la morale et de son rapport à la légalité. Bilge Ceylan sait faire sentir la réflexion sans l’expliciter afin de donner, après, davantage d’ampleur à sa manifestation en actes. A nous donc, de deviner ce que renferment ces longs silences des personnages. Cela suppose un effort d’investissement du spectateur dans le film. Le suspense particulier qui peut dès lors émerger et qui décuple la portée émotionnelle d’actes en eux-mêmes minimes (celui, final, du médecin) n’est pas à négliger. Il montre bien qu’Il était une fois en Anatolie ne révèle pas d’un cinéma du « rien », mais d’un cinéma du subtil, qui lutte contre la passivité du spectateur. [31 août 2011(silence-action.com)]

Ceylan s’inscrit ainsi clairement dans une esthétique de l’opacité, où les différents régimes d’être s’entremêlent et se parasitent : l’errance des personnages à travers la nuit vaut aussi pour le spectateur, qui, entre le vrai et le faux, le signifiant et l’insignifiant, est forcé de trouver un chemin, sans savoir à quoi tout cela est censé aboutir. Il était une fois en Anatolie prend la forme d’une dérive, le film bégaie, l’objet de la quête se dilue, ceci pour mieux aboutir au dessein du cinéaste : la dissection de l’âme humaine – pour laquelle sa passion est avérée, il cite Dostoïevski à l’envi comme source d’inspiration. Car s’il est un point d’arrivée dans ce langoureux cheminement, c’est bien celui de l’autopsie du corps, finalement retrouvé ligoté au petit matin. Seulement perçue par le son – précis et très évocateur –, la dissection agit comme un miroir, l’aboutissement d’un film dont l’objet est bien de révéler une intériorité impénétrable. [Arnaud Hée, Olivia Cooper Hadjian, critikat.com]

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