Christophe

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La Grande Illusion

Mercredi 3 décembre 2014, 20h
 
Début du cyle " Trois aspects du Cinéma de Jean Renoir"
La Grande illusion (Jean Renoir, France - 1937)
Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

" C'est en effet d'invention qu'il faut parler ici et non d'une simple reproduction documentaire.
L'exactitude du détail est, chez Renoir, autant le fait de l'imagination

que l'observation de la réalité dont il sait toujours dégager le fait significatif mais non conventionnel "
André Bazin [Jean Renoir, Editions Champ Libre, 1971].

Le cinéma de Jean Renoir
Renoir me laisse aujourd’hui l’image d’un auteur qui sut le mieux mettre en application trois des vertus fondamentales d’une certaine forme d’humanisme : la Force, la Sagesse et le Beauté.
Non la Force brutale ni celle qui nait de l’exaltation des vertus viriles. Non, celle toute formelle de la vigueur du trait, de la chaleur du regard porté sur les autres, de la justesse de la critique sociale.
La Sagesse, elle, s’illustre dans l’humour, dans la distance prise systématiquement quand on risque de devenir trop sérieux. Dans la tolérance mise en actes et qui repose sur cette certitude grave que « tout le monde a ses raisons ». Quant à la Beauté, elle est bien sûr dans l’hommage permanent rendu au monde de son père, dans cette soumission voulue, désirée, recherchée à l’ordre naturel qui fait que la Beauté naît aussi bien de notre confrontation avec l’image sensuelle de Catherine Rouvel sortant de l’onde que dans le visage ingrat mais superbement humain de Michel Simon.

                                            Roger Viry-Babel, Jean Renoir, Le jeu et la règle [Ramsay Poche Cinéma (1994), p. 8-9]

Extraits de la préface de François Truffaut au Ciné-Roman-Photo de La Grande Illusion (Balland, 1974)
Jean Renoir est donc une intelligence libre, un esprit de tolérance et pourtant, malgré le très grand succès de la Grande Illusion, bien des censures s'exercèrent contre ce film. Projeté au Festival de Venise 1937, le jury n'osa pas lui décerner le Grand Prix (qui alla à Carnet de Bal de Duvivier) et inventa un prix de consolation. Quelques mois plus tard, Mussolini interdisait purement et simplement le film que Goebbels en Allemagne se contentera dans un premier temps d'amputer de toutes les scènes où le personnage de Dalio exprime la générosité juive. En France, par contre, lors de la reprise en 1946, le journaliste Georges Altman se déchaînera contre le film qu'il accusera d'antisémitisme. A cette époque de l'immédiate après-guerre, toutes les copies de la Grande Illusion qui circulent à travers le monde sont incomplètes, ici et là amputées de scènes différentes, et il faudra attendre 1958 pour que Jean Renoir puisse restaurer enfin la copie dans son intégralité. Les manieurs de ciseaux n'avaient pas su voir, contrairement à André Bazin que " le génie de Renoir, même quand il défend une vérité morale ou sociale particulière, c'est de ne jamais le faire non seulement aux dépens des personnages qui incarnent l'erreur mais même aux dépens de leur idéal. Il donne aux idées comme aux hommes toutes leurs chances ". En 1958, on a lancé à Bruxelles un questionnaire international pour déterminer " Les douze meilleurs films du monde " et la Grande Illusion a été le seul film français figurant sur la liste finale, cette Grande Illusion qui avait été, pour Jean Renoir, émigrant aux Etats-Unis en 1940, le meilleur passeport, la carte de visite prestigieuse qui devait lui permettre de poursuivre sa carrière interrompue par la guerre : " Hugo Butler à qui on avait parlé de moi comme metteur en scène possible (pour The Southerner), aimait la Grande Illusion et il était prêt à accepter mes suggestions. Sacrée Grande Illusion ! Je lui dois probablement ma réputation. Je lui dois aussi des malentendus. Si J'avais consenti à tourner de fausses Grandes Illusions, j' aurais probablement fait fortune ".

 

 

Programme "Urbains et ruraux"

Jeudi 27 novembre 2014, 20h
Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
Cinéma(s) du Québec... 25 ans d'indépendances (fin)
En partenariat avec la Cinémathèque de Grenoble

Notre hommage au collectif indépendant Les Films de l’Autre se termine avec le programme "Urbains et ruraux". A l’issue des projections, la commissaire et cinéaste, Lysanne Thibodeau, invitera le public à échanger autour des films et du fonctionnement de ce collectif. 
Aube urbaine (Jeannine Gagné)
Ma famille en 17 bobines (Claudie Lévesque)

La théorie du tout (Céline Baril)
AUBE URBAINE
Réal. : Jeannine Gagné - Québec, 1995, 22 mn 
Montréal s’éveille. Lentement la vie surgit du silence ouaté. Images et sons se superposent et s’enchaînent pour saisir ce moment incertain où la ville est suspendue, entre chien et loup.
 
MA FAMILLE EN 17 BOBINES
Réal. : Claudie Lévesque - Québec, 2011, 27 mn 
Benjamine d’une famille de 17 enfants, la cinéaste nous offre avec son film, un portrait choral de sa famille, en 17 bobines Super 8, à travers des films originaux et des archives soigneusement agencées. 
 
LA THÉORIE DU TOUT
Réal. : Céline Baril - Québec, 2009, 78 mn 
La théorie du tout navigue entre les gens et les paysages, entre la parole et le territoire. Les gens, invités à nous parler d’eux-mêmes, de leur lien au monde, nous entretiennent de ce tout qui les détermine, le sol, le sous-sol, la forêt, le fleuve. Ce ne sont pas des spécialistes. Pourtant ils en savent énormément sur ce qui les entoure, sur l’histoire des lieux qu’ils habitent. À leur façon, ils nous parlent d’un monde à repenser non pas comme quelque chose qu’on exploite, mais dont on fait partie.

Programme "Essai Autobio"

Mercredi 26 novembre 2014, 20h
Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
Cinéma(s) du Québec... 25 ans d'indépendances (suite)
 
Essai Autobio est notre deuxième programme du cycle de l'hommage au collectif indépendant Les Films de l’Autre. A l’issue des projections, la commissaire et cinéaste, Lysanne Thibodeau, invitera le public à échanger autour des films et du fonctionnement du collectif Les Films de l'Autre
Ma chute du mur (Lysanne Thibodeau)
Éloge du retour (Lysanne Thibodeau)
Esprit de famille (Lysanne Thibodeau)
MA CHUTE DU MUR
Réal. : Lysanne Thibodeau - Québec, 2001, 5 mn 
Berlin-Prague du 9 au 12 novembre 1989. Les jours suivants la chute de Mur de Berlin sont racontés au « je » par la cinéaste. 
 
ELOGE DU RETOUR
Réal. : Lysanne Thibodeau - Québec, 2001, 43 mn 
Comment s’approprier le deuil d’une famille et le transformer en vie ? Une réflexion sur le retour d’exil, l’identité, la famille, la maternité, la résilience. 
 
ESPRITS DE FAMILLE
Réal. : Lysanne Thibodeau - Québec, 2007, 63 mn 
Trois Québécois d’une famille trigénérationnelle s’aventurent à remonter leur lignée jusqu’à l’arrivée de leurs ancêtres Français en Acadie. Sur la route des Maritimes dans l’Est du Canada, ils font la connaissance de cousins éloignés, ainsi que de l’esprit de leurs ancêtres. Un hommage intime et ludique aux origines de la francophonie en Amérique du Nord. 
 

Programme "Bonbon de l'autre"

Mardi 25, Mercredi 26 et Jeudi 27 novembre 2014, 20h
Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
Cinéma(s) du Québec... 25 ans d'indépendances

Pour son premier partenariat de la saison 2014/2015, le Centre culturel cinématographique et la Cinémathèque de Grenoble s’associent pour l’évènement Cinéma(s) du Québec autour des Films de l’AutreLes Films de l’Autre mettent en avant une autre façon de faire du cinéma. Une alternative où les cinéastes ont la possibilité de produire eux mêmes leurs films au sein du collectif, de créer de nouveaux réseaux de production.
Les projections se dérouleront du 25 au 27 novembre à la Salle de Cinéma Juliet-Berto, Place Saint-André, Grenoble. Lysanne Thibodeau nous fera l’honneur de sa présence à Grenoble en qualité de représentante des Films de l'Autre et cinéaste professionnelle. Elle présentera les films projetés et donnera une conférence sur "La légitimité du cinéaste-producteur et de la défense de la liberté de création".

Chaque soir sera l’occasion de découvrir un des programmes conçus pour la rétrospective itinérante des 25 ans du collectif Les Films de l’AutreTrois soirées, trois programmes placés sous le signe du cinéma québécois, son invitation au voyage et à la francophonie. L’occasion de découvrir un cinéma créatif et passionnant.
A l’issue des projections, la commissaire et cinéaste, Lysanne Thibodeau, 
qui nous accompagnera tout au long de l’événement, invitera le public à échanger autour des films et du fonctionnement du collectif.

La première soirée de projection, Mardi 25 novembre, portera sur le programme "Bonbon de l'autre" et sera suivie d’une conférence sur La légitimité du cinéaste-producteur dispensée par la cinéaste et productrice, Lysanne Thibodeau.

Mardi 25 novembre 2014, 20h
Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
A-3 (Carlos Ferrand)
Crème glacée, chocolat et autres consolations (Julie Hivon)
A-3
Réal. : Carlos Ferrand [Québec, 2003, 9 min, Num.] Essai
Trois thèmes tissent la truculente trame du film : le vote stratégique, le mystère de la vie et la tarte aux pacanes.
 
CRÈME GLACÉE, CHOCOLAT ET AUTRES CONSOLATIONS
Réal. : Julie Hivon [Québec, 2001, 97 min, 35 mm, VOF] Fiction
Comédie d’amour et d’amitié. Suzie et Samuel se connaissent depuis l'enfance. Avec leur amie Judith, ils forment un trio amical. Aujourd'hui dans la mi-vingtaine, à l'âge ou tout est possible mais où rien n'est facile, ils se retrouvent à la croisée des chemins.

Faux Semblant

Mercredi 19 novembre 2014, 20h
Dernier film du cycle "Folies ordinaires"
Faux-semblants / Dead Ringers
(David Cronenberg, Canada - 1988)
Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

« Faux Semblants relève de préjugés sur le cinéma de genre.
Faux Semblants n’est pas un film de science-fiction ni un film d’horreur,
même s’il emprunte aux deux genres. Mais pour le spectateur normal,
c’est une espèce de drame naturaliste, encore qu’étrange, fondée sur
une histoire vraie – peut-être ce dernier détail a-t-il joué dans l’accueil réservé au film »
.

David Cronenberg
[
in David Cronenberg, Entretiens avec Serge Grünberg (Cahiers du cinéma, 2000, p. 113)].

Faux-semblants est, en soi, tellement « fantastique » que son auteur n’a pas cru devoir le parsemer d’images violentes ou choquantes ; le simple cours du film, l’énoncé des situations suffisent à faire naître des images mentales parfois si difficiles à admettre, qu’elles nous transpercent avec encore plus de facilité. Est-ce pour cette raison que, une fois de plus, certains milieux féministes rebondirent sur le film pour accuser Cronenberg des pires intentions ? Probablement oui ; certaines attaques sont presque un hommage à son talent. Et, indubitablement, on ne peut peut sortir indemne du film, quelle que soit l’hypothèse narrative qu’on a choisie ? La composition ironique et désespérée de Jeremy Irons n’y est pas pour rien. Et Cronenberg qu’on avait soupçonné de ne pas s’intéresser aux acteurs, devint, à partir de là, un des réalisateurs de référence pour les comédiens qui ont le désir de se surpasser. Faux-semblants est l’un des films les plus « purs » de Cronenberg ; il ne se passe nulle part ailleurs ni à aucune époque particulière ; c’est ce qui s’approche le plus d’une tragédie moderne, presque mythologique, lourde d’un secret trop difficile à découvrir, caché sous le malaise existentiel des frères Mantle.
David Cronenberg, Entretiens avec Serge Grünberg(Cahiers du cinéma, 2000, p. 102).

Rappelons que le Dr Patrice Baro, psychiatre au CHU de Grenoble, interviendra après la projection en co-animation avec le C.C.C. offrant ainsi deux axes de lecture et d’échange,
le cinéma et la médecine.

 

 

 

El

Mercredi 12 novembre 2014, 20h
Suite du cycle "Folies ordinaires"
El (Luis Buñuel, Mexique - 1952)
Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

« Peut-être est-ce le film où j’ai mis le plus de moi-même.
Il y a quelque chose de moi dans le protagoniste »
.

Luis Buñuel [in Tomas Pérez Turrent, José de La Colina, Conversations avec Luis Buñuel,
(Petite Bibliothèque des Cahiers du cinéma, 2008, p. 173)]
"Il m’apparaît parfaitement justifié de considérer El comme une sorte d’équivalent cinématographique des trompe-l’œil surréalistes. La psychologie et la morale bourgeoise y jouent le rôle de la perspective et de la netteté photographique mais cet univers poli et ordonné, merveilleusement lisible, se craquèle avec netteté sur l’intolérable".
André Bazin [France Observateur, 10 juin 1954].

Selon les déclarations de Buñuel, El est un de ses films préférés à cause de sa précision documentaire : une apparence de mélodrame mondain sert de contexte à la genèse et à la progression de la paranoïa. Jacques Lacan utilisa El dans un de ses cours à l'hôpital Sainte-Anne, pour illustrer l'étude d'un cas de paranoïa à partir des signes décrits par Buñuel : l'hypertrophie de l'orgueil, l'obsession de la justice, la jalousie démesurée et la fameuse marche en S qui clôt le film. On y trouve aussi une variante personnelle de Buñuel avec le fétichisme du pied.
Comme à son habitude, Buñuel en profite pour fustiger avec humour une certaine bourgeoisie cléricale. Francesco est un malade mental et sa femme, peu renseignée sur les pratiques sexuelles est la seule à faire les frais de sa manie. Soumise au pouvoir marital, celle-ci est persécutée, menacée de mort et de sévices, comme une de ces héroïnes, vertueuses et donc condamnées, du marquis de Sade.

Sous les apparences d’une bombe glacée, El est bel et bien une bombe explosive. Buñuel a chargé (volontairement ou non, peu nous importe !) son œuvre d’une lave corrosive qui n’épargne rien sur son passage. Nous sommes loin ici des plaisanteries surréalistes du Chien Andalou. Nous sommes plus près, en revanche (d’autres l’ont dit avant nous), de L’Age d’or, où s’amorçaient derrière une symbolique facile la plupart des thèmes qui se dissimulent dans El sous le damas des conventions bourgeoises". Jean de Baroncelli [Le Monde, 16 juin 1954].

Dans la tête de El, dans la tête de Narcisse
Mais Buñuel ne peut se contenter de ce constat : de même que dans Un chien andalou il coupait l’œil méduséen pour voir ce qui se trouvait derrière les apparences, il tente, dans El, de rentrer dans la tête de son personnage. L’expression est – presque – à prendre à la lettre. Certes le cinéaste ne va pas jusqu’à trépaner Francesco, mais quiconque s’intéresse à l’architecture de la maison ne peut s’empêcher de songer à ce type d’opération chirurgicale. Que voyons-nous ? Une lourde enceinte protectrice, semblable au crâne humain ; une succession de portes, pareilles à des méninges; un hall d’entrée, aux circonvolutions aussi étonnantes que celles d’un cerveau ; un débarras poussiéreux à côté d’un bureau reculé, où s’entassent les souvenirs, les désirs, les pulsions, bref tout ce qui compose une personnalité. En pénétrant dans cette demeure, Buñuel explore à la fois un espace et un psychisme ; il fait de sa caméra un instrument d’analyse, et du travelling un mouvement opératoire propice à tous les dévoilements.

Le premier diagnostic est alors posé : replié sur lui-même, soucieux de ses seuls intérêts, Francesco est un Narcisse. Pour le meilleur comme pour le pire. De fait, le narcissisme est une composante indispensable de la vie psychique : il confère au sujet une identité qui lui permettra de chercher un(e) partenaire avec lequel (laquelle) il formera un couple. C’est parce qu’il a suffisamment d’estime de soi que Francesco n’hésite pas à poursuire une inconnue de ses assiduités, bien que cette dernière ait tout d’une femme inacessible.
Malheureusement, l’homme substitue à ce narcissisme de vie un autre plus inquiétant, qui « loin d’aider à réaliser une unité, aspire, contre toute apparence, à toujours moins de désir, à toujours moins d’objet et, en fin de compte, à toujours moins d’altérité ». Ce qu’il recherche n’est pas tant une conjointe qu’un double de lui-même ; il ne souhaite pas une pleine rencontre avec l’autre mais veut s’abîmer dans son propre reflet. Le monde est tout entier ramené à lui. Uniquement lui. […]
Yannick Lemarié, Positif, n° 581/582 (Juillet/Août 2009), p. 34-36.

Rappelons que le Dr Patrice Baro, psychiatre au CHU de Grenoble, interviendra après la projection en co-animation avec le C.C.C. offrant ainsi deux axes de lecture et d’échange, le cinéma et la médecine.

 

Répulsion

Mercredi 5 novembre 2014, 20h
 
Suite du cycle "Folies ordinaires"
Répulsion (Repulsion, Roman Polanski, GB - 1965)
Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Gilles Jacob distingue « deux Polanski », « Le réalisateur audacieux des premiers films et des courts métrages. Et l'autre celui des grands films à vocation populaire [...]. L'un, inventeur de surprises, de formes cinématographiques, de trouvailles bizarres (les pommes de terre qui germent dans le frigo de Répulsion, les œufs de Cul-de-sac), l'autre, plus accompli peut-être, mais plus attendu aussi. ».

Polanski sur Répulsion: 
Pour exprimer l’univers mental de Carol, j’ai eu recours à toutes sortes de poncifs que j’ai voulu exploiter jusqu’au bout. Prendre un thème très cinématographique - vous savez que j’aime passionnément le cinéma et surtout son côté « magique » - mais aussi m’emparer d’une matière ingrate et en tirer quelque chose, accomplir en quelque sorte un « tour de force » (et non un « exercie de style », comme on l’a dit) telle a été ma démarche. J’ai fait ce film pour me faire plaisir. […]
Polanski par Polanski,
Texte et documents réunis par Pierre-André Boutang, (Les Editions Chêne 1986, p. 57-70).

Les vierges folles des années 60
L’espace de la folie prend corps à travers les voix off, les fissures aux murs et les dessins de lumière. Dans Répulsion, l’incarnation est poussée plus loin par le jeu des mains. Carole, jeune femme belge qui fait des manucures dans un salon de beauté, en vient à se cloîtrer dans l’appartement londonien de sa sœur, terrorisée à l’idée d’être touchée par les paumes masculines. Elle tourne en rond dans le salon, s’enferme dans la chambre, rase les parois. Ses délires prennent des dimensions sonores et visuelles hallucinantes, les séquences se passant peu à peu intégralement dans son espace mental ; ce qui n’enlève en rien à leurs vibrants effets. Les murs, censés protéger les différentes zones d’habitation et en marquer les frontières, deviennent une interface plastique entre l’architecture du lieu et les projections psychologiques de l’héroïne. Leurs déformations rythment la progression de la folie dans le récit : apparitions alarmantes de fissures, empreintes en négatif de mains, surgissements de bras agripeurs qui empoignent le buste d’une Carole maquillée à outrance, comme si le lieu allait lui faire l’amour. Le fantasme d’un corps à corps entre la jeune femme agitée et l’espace du délire est remis en scène quand des membres sortent à nouveau des parois du couloir pour la posséder.
Diane Arnaud, Positif, n° 581/582 (Juillet/Août 2009), p. 24-27.

Rappelons que le Dr Patrice Baro, psychiatre au CHU de Grenoble, interviendra après la projection en co-animation avec le C.C.C. offrant ainsi deux axes de lecture et d’échange, le cinéma et la médecine.

 

Vol au dessus d’un nid de coucou

Mercredi 29 octobre 2014, 20h
 
Dans le cadre du cycle "Folies ordinaires"

Vol au-dessus d'un nid de coucou
One flew over the cuckcoo's nest

(Milos Forman, USA - 1975)

Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Le cycle "Folies ordinaires"
La naissance du cinéma et celle de la psychanalyse sont contemporraines. Les frères Lumière et Sigmund Freud ont révolutionné, à la fin du XIXè siècle, l’approche de la réalité. Les surréalistes ne s’y sont pas trompés qui ont célébré l’étude de l’insconcient et la fréquentation des salles obscures. L’expérience du rêve avec ses libres associations a été comparée à juste titre avec la capacité du montage à faire coexister des mondes en apparence hétérogènes. Dès 1913, Léonce Perret a fait de l’hypnose l’un des thèmes majeurs du Mystère des roches de Kador,et, en 1919, Le Cabinet du Dr Caligari de Robert Wiene ouvre la voie à la peinture de la folie dont vont se saisir le cinéma expressionniste allemand, et plus tart, le cinéma hollywoodien.

« Cinéma et folie » Dossier réuni par Michel Ciment et Floreal Peleato
Positif, n° 581/582 (Juillet-Août 2009).

Le Dr Patrice Baro, psychiatre au CHU de Grenoble, interviendra après la projection des quatre films du cycle en co-animation avec le C.C.C. offrant ainsi deux axes de lecture et d’échange, le cinéma et la médecine.

Le film dans l'oeuvre de Milos Forman
Deuxième film étatsunien de Milos Forman, après Taking off, Vol au-dessus d’un nid de coucou s’inscrit au cœur des années 70, alors que le roman éponyme de Ken Kensey date des années 1960. Ayant vécu l’expérience de l’enfermement, on pourrait imaginer que le Tchèque Milos Forman tenait là l’occasion de régler ses comptes avec un système qui l’avait conduit à l’émigration : l’hôpital psychiatrique comme figure de l’emprise totalitaire et de la surveillance généralisée, la rééducation pour les mal pensants...

Jack Nicholson, acteur

Avant Shining, et de manière beaucoup plus complexe, le grand rôle de la folie est bien sûr celui de Vol au-dessus d’un nid de coucou. Rôle passionnant parce que contenant, dans sa logique même, une réflexion sur l’inteprétation de la limite, de l’ambigüité, des signes du dérègment. Nicholson y joue un condamné qui, pour échapper à la prison, fait mine d’être mentalement dérangé ; et ni l’institution psychiatrique ni les spectateurs ne savent très bien ce qu’il en est, au moins dans la première moitié du film. L’acteur joue donc la folie, mais peut-ête aussi quelqu’un qui joue la folie… Le rôle renvoie ainsi à ce qui fait la réputation même de l’acteur, cette incertitude qui flotte autour du comportement, cette opacité des signes, cette ambivalence de l’expression. Comme une pointe extrême, le personnage de McMurphy qu’il incarne dans le film de Forman renvoie aux premiers rôles fondateurs, mais encore à tous ceux qui, plus tard, accréditeront un certain cabotinage. Il en est l’alpha et l’oméga, celui qui les légitime et celui qui les relativise, ouvrant la brèche de l’interprétation et des ses marges, c’est-à-dire de tout ce qui se situe aux frontières de la normalité. […]

Vincent Amiel, Positif, n° 581/582 (Juillet/Août 2009), p. 16-18.

Les voyages de Sullivan

Mercredi 22 octobre 2014, 20h
 
Dans le cadre d'une soirée consacrée à la Comédie américaine
Les Voyages de Sullivan / Sullivan's Travels 
(Preston Sturges, USA - 1942)
Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cinq raisons de (re)voir Les voyages de Sullivan

A la fois comédie sociale sur l'Amérique des déclassés et mise en abîme lucide du cinéma hollywoodien, Les Voyages de Sullivan de Preston Sturges reste une pièce maîtresse dans l'histoire du septième Art. Il ressort aujourd'hui en salles. Courez-y!
Plongée au coeur de la misère américaine
Les Voyages de Sullivan est sorti en 1941. Il raconte les déboires de John L. Sullivan, un réalisateur de comédies à succès d'Hollywood. Après la projection d'un film social, le cinéaste décide de changer de registre et de mettre en scène des drames afin de rendre compte de la misère humaine. Pour mener à bien son nouveau projet, Sullivan qui ne connaît que la vie facile des stars, décide de se faire passer pour un vagabond et vivre ainsi aux côtés de tous les oubliés de l'American dream...
Rire ou ne pas rire ?
A travers ce chemin de croix d'un cinéaste adepte du rire qui décide de faire des films "sérieux" afin d'éveiller les consciences, le cinéaste Preston Sturges - auteur de comédies lui-même - pose un regard ironique sur son métier. Sullivan va en effet se rendre compte que les miséreux ont surtout besoin de rire pour surmonter une vie difficile. Sturges ouvre d'ailleurs son long métrage avec cette dédicace très explicite: " À la mémoire de ceux qui nous ont fait rire (...) les clowns, les bouffons, de tous temps et de tous pays, dont les efforts allégèrent un peu notre fardeau, ce film est dédié."
Sacralisation du cinéma
Les voyages de Sullivan contient l'une des plus belles séquences du cinéma... sur le cinéma! Suite à un quiproquo, Sullivan se retrouve bagnard. Un soir, il assiste avec ses compagnons d'infortunes à une projection dans une chapelle. Les fidèles, tous afro-américains, entonnent alors un chant religieux pour accueillir les prisonniers. La solennité du moment laisse bientôt place à un concert de rires tandis que sur l'écran est projeté un dessin animée. Sullivan d'abord surpris se laisse finalement porter par le divertissement. Pour la première fois de ses voyages le voilà enfin en communion totale avec ces "pauvres gens" dont il ne connaissait rien. Frisson garantie.
Les Voyages de Preston Sturges
La carrière de cinéaste de Preston Sturges fut brève: 12 longs métrages entre 1940 et 1955. Avant de mettre les pieds à Hollywood, l'homme a eu mille vies. Ballotté au gré des rencontres de sa mère, Sturges - né à Chicago en 1898 - sera tour à tour: parisien (il étudia au Lycée Janson de Sailly), fabricant de cosmétiques, militaire, inventeur sans grand succès puis auteur de pièces de théatre à Broadway, scénariste oscarisé à Hollywood et enfin réalisateur. Digne descendant des maîtres de la comédie américaine: Frank Capra et Ernst Lubitsch, Preston Sturges a signé des classiques du genre: The lady Eve (1941), Infidélement vôtre (1948) ou encore Mamzelle Mitraillette (1949). Sa carrière se termine en France avec Les carnets du major Thompson (1955). Il meurt dans un relatif anonymat, 4 ans plus tard, à New York.
Veronika Lake et ... Joel McCrea
Si le rôle titre est interprété par Joel McCrea, c'est la présence au générique de Veronica Lake qui focalisa tous les regards lors de la promotion. L'actrice iconique connue pour sa longue chevelure blonde lui masquant une partie du visage, est mise en avant jusque sur l'affiche qui montre une représentation graphique de sa silhouette. Une silhouette qui servira de modèle notamment à la plantureuse pin-up de Qui veut la peau de Roger Rabbit? (1988). Quant au plus confidentiel Joel McCrea, outre ces Voyages de Sullivan et plusieurs films de William Wyler dont Rue sans issue (1937), il est impérial en cowboy vieillissant dans Coups de feu dans la Sierra de Sam Peckinpah (1962).
                                            Thomas Baurez [Studio Ciné Live, 15 février 2013].

 

Printemps, été, automne, hiver... et printemps

 

Mercredi 15 octobre 2014, 20h
Printemps, Eté, Automne,
Hiver... et Printemps

(Kim Ki-duk, Corée - 2003)
Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
En partenariat avec les XVIIIè Rencontres "Ethnologie et Cinéma"
Quatre prix au Festival de Locarno 2003 - Prix du public au Festival de San Sebastian 2003
 
Présentation du film par la chaîne ARTE (17 octobre 2007)
Sur un lac aux eaux calmes, perdu au fond d’une vallée encaissée, se trouve un petit temple flottant. Un vieux maître zen et son disciple, un petit garçon, y vivent en harmonie avec la nature. Le passage des saisons rythme les différents cycles de la vie du jeune moine. Au printemps survient la perte de l’innocence. L’été accompagne l’éveil du désir et de la passion, qui consument les sens et égarent les esprits. En automne explosent la violence et la destruction. L’hiver est l’âge de la raison et de la rédemption. Puis arrive un nouveau printemps, celui de la sagesse et de la transmission : le disciple est devenu maître à son tour.
Printemps, été, automne, hiver… et printemps est une fable épurée sur les différentes étapes de la vie, marquée par des joies et des épreuves menant peu à peu vers la sérénité. Ni réellement méditative ou contemplative, elle frappe tout d’abord le spectateur par sa splendeur visuelle. Réalisateur à part dans le paysage cinématographique sud-coréen, Kim Ki-Duk est un esthète convaincu, venu étudier l’art à Paris au début des années 1990, où il fut également peintre. Tourné dans un cadre naturel d’une exceptionnelle beauté, le site du lac de Jusan, ce parcours initiatique est parsemé de détails étranges, tel un chat dont la queue sert soudain de pinceau, ou des portes qu’aucun mur ne soutient. Cette tonalité légère et surréaliste tempère le symbolisme d’un film où se retrouvent les thèmes de prédilection du cinéaste : l’omniprésence de l’eau (L’île, The Coast Guard, L’arc), des personnages marginaux, parlant peu (Locataires), ou l’opposition entre un monde moderne violent et une nature isolée source d’apaisement. Acteur pour la première fois dans un de ses propres films, Kim Ki-Duk interprète le moine parvenu à l’âge de la maturité.

Entretiens avec le réalisateur
     Votre film fait-il référence à des épisodes personnels ?
Pas le moins du monde. C'est un film sur les valeurs de la culture bouddhique, qui imprègnent tous les Coréens, qu'ils soient ou non pratiquants. Tous sont marqués par cette idée que le bonheur s'obtient moins par les conquêtes matérielles que par les choses de l'esprit. Ce concept hante tous mes films, donc il m'habite, mais moi je ne suis pas bouddhiste, je suis chrétien, protestant. Le seul rapprochement que l'on pourrait faire avec ma vie, c'est l'image de l'hiver. Car en fait, j'ai changé ces dernières années, et particulièrement en tournant le film. C'est lui qui a déteint sur moi. Depuis, je suis dans le détachement. Je préfère recevoir des coups qu'en donner.
     Vos personnages sont toujours en marge du monde...
Cette perception de mes films m'étonne. A mes yeux, un pauvre, un voyou, une prostituée sont des êtres humains comme les autres. Je n'ai pas du tout le souci de faire de la critique sociale. Et si je les filme dans une île, au milieu d'un lac ou perdus dans les montagnes, ce n'est pas du tout pour les isoler, car, métaphoriquement, ces lieux représentent la société. Mais ils sont souvent encerclés par l'eau ! J'en conviens. Pourquoi suis-je revenu dans ce type de décor ? Avez-vous remarqué qu'ici, au milieu de ce lac, le temple flotte ? J'aime l'idée qu'en pivotant, il se tourne tour à tour dans les quatre directions, nord, sud, est, ouest. Donc qu'il brouille les repères.
Seule l'eau permet de figurer cette liberté, ces changements de direction qu'une vie peut opérer. Les hommes sont à l'image des poissons que j'ai placés dans le film : enfermés dans un bassin ou en liberté dans la nature, ils sont toujours enserrés dans un paysage cosmique. L'infiniment petit dans l'infiniment grand.
     Que signifient les inscriptions que l'assassin, par châtiment, doit graver sur le plancher du temple ?
 C'est le Banyashimgyeung, l'un des textes du bouddhisme. L'important n'est pas tant dans le contenu de ce texte que dans l'épreuve qui consiste à en graver un à un les caractères dans le bois, avec un couteau.
Je peux vous dire que c'est très dur, car c'est moi, avec l'équipe, qui ai dû les sculpter pour les besoins de la scène. Cet exercice dissipe peu à peu la haine que l'on peut avoir en soi.
Propos recueillis par Jean-Luc Douin, Le Monde (14 avril 2004).

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