Christophe

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The assassination of Richard Nixon

Mercredi 29 avril 2015, 20h
Théorie du complot ? (2)
The Assassination of Richard Nixon
[Niels Mueller (USA - 2004)]
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Certains films laissent une empreinte. Sorte de trace indélébile dans le coeur, marquant à tout jamais l'idée que l'on peut se faire du cinéma. "The Assassination of Richard Nixon" est de ceux là. Un film étrange, fascinant d'inquiètude, de mystère, à la fois cruel, sordide, sombre et mélancolique. Mais dans lequel subsiste un espoir. Celui d'un homme qui veut refaire la société. Un homme qui rêve d'un monde meilleur, sans mensonge, sans amertume. Cet homme, c'est Sam Bicke.
Rapidement, le film étonne. Il surprend par sa mise en scène, discrète, légère, doublée d'une grande douceur. Un rythme assez lent, et un calme apparent des plus inquiétants. Le film de Niels Mueller carresse le spectateur, d'une drôle d'impression. A mi chemin entre un drame psychologique, toujours en retenue, et un film plus direct, inspiré d'une histoire vraie. Mais là ou le film prend une tournure intéressante, c'est justement dans le parti pris formel du cinéaste, d'utiliser en permanence, une sorte de distance entre l'action et la pensée du personnage. Effectivement, Sam Bicke, est un homme troublé, et troublant. Vendeur à la gomme dans une boutique de meubles. Peu rassurant, peu sûr de lui, il éprouve des difficultés à renouer avec un passé plus glorieux. Sorte d'homme perdu dans un présent sans véritable avenir, il vit de son job et semble s'en satisfaire. Du moins, en apparence.
Le cinéaste parvient avec beaucoup de classe, et une grande sobriété, à installer un climat d'opression constante. Il vole au dessus de Sam Bicke, le doute. L'identité bafouée d'un homme qui rêve d'une autre vie. Va naître alors en lui, l'idée morbide qui changera sa vie à jamais. Tuer le mensonge, effacer l'homme à la toute puissance d'une société qui dérape. Le président Richard Nixon, alors plongé dans le scandale du Watergate.
Le cinéaste confond presque les époques, et il plane au dessus de sa première oeuvre, présentée en 2004 dans la section parallèle du festival de Cannes "Un certain regard", une étonnante sensation d'insécurité post-11 septembre. Comme une manière d'apporter de la modernité, à une forme de classicisme.
Le jeu tout en nuance de Sean Penn, apporte sans doute, sa pierre à l'édifice. Magnifique de naturel, de classe, de subtilité. L'acteur déroule son jeu sans en faire de trop. Toujours en parfaite osmose avec la ligne directrice d'un metteur en scène prometteur.
Le film s'inscrit dans un genre particulier. A la croisée d'un cinéma indépendant américain, plein de promesse, recherchant l'audace et la créativité, et d'un cinéma grand public, tourné de manière à toucher, interpeller le spectateur, d'une manière plus subtile et réfléchie que la plupart des oeuvres dites de "genre". En somme, un cinéma commercial intellectuel. Une histoire vraie sans mélo, qui n'esquisse ni larmes forcées, ni émotion perverse. Toujours juste, sobre et simpliste, "The Assassination of Richard Nixon" marque le retour du cinéma public, à l'échelle du microcosme. Ni voyeuriste, ni extravagant.
C'est surtout, une remarquable ascension vers la folie. Une lente chute aux enfers, provoquée par la quotidienneté d'une vie. Société du mensonge, dirigée par les hautes instances. Des hommes de paroles, plus que de terrain, qui balayent d'un coup de main, l'opinion publique.
A base de discours télévisés, de débats, de meeting, les politiques attaquent la réflexion. Ils privent le citoyen de sa liberté de penser, ou d'agir comme il lui semble. Le regard de la société est détourné, noyé dans les paroles et les promesses d'une vie meilleure. Sam Bicke, derrière son visage marqué par l'incertitude, a compris depuis longtemps déjà, l'enjeu de sa démarche. De sa propre réflexion personnelle. Mettre fin à l'image de la politique sécurisante, pour montrer la face cachée des mensonges.
Dans son dernier quart d'heure, le film se réveille d'une étonnante façon. Après l'apparente décontraction du personnage, arrive le moment de mettre à execution, son plan morbide. Et la retenue du film, pendant plus d'une heure, laisse place à la sauvagerie. Non moins psychologique, que réellement physique, on y voit l'homme incertain, pris d'une étonnante certitude. Une grande confiance, sourire aux lèvres, dernier rampart de son chemin de traverse. Dernière étape de sa réflexion.
La folie de Bicke, ressemble à celle incarnée il y'a plusieurs années par De Niro dans "Taxi Driver". La ressemblance est quasi frappante. Le cinéaste lui, en revanche ne ressemble en rien à Scorsese. Plus contemplatif, son film n'a d'action que dix minutes. Le reste n'est que le parcours observateur d'un monde plus intelligent que la société elle même.
Lente descente aux enfers, chemin psychologique emprunté par un homme, défendant une cause qui lui semble juste. "The Assassination of Richard Nixon" est en fait l'inverse de son titre. C'est l'assassinat psychologique d'un homme qui rêve de mourir en effaçant le mensonge d'une société en plein déclin. Ce n'est pas la mort de l'homme qui lui semble primordiale, mais celle de la tourmente, et de l'aveuglement collectif.
Un film distancié, habile, juste.
[http://actee.canalblog.com/archives/2007/04/29/4775572.html

Les trois jours du Condor

Mercredi 22 avril 2015, 20h
Théorie du complot ? (1)
Les trois jours du Condor / The Three days of the Condor
[Sydney Pollack (USA - 1975)]
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

"Je fais des films pour essayer d’explorer les deux côtés d’une question dont j’ignore la réponse.
Et parce que je peux essayer de découvrir la vérité de ce qui devrait être.
Et quand ça marche bien, les deux vérités sont là
." Sydney Pollack.

Ce thriller a une étonnante résonance aujourd'hui. A l'époque, c'est l'engagement politique personnel de Robert Redford, notamment dans la lutte contre le pouvoir des compagnies pétrolières, qui le fit s'intéresser au scénario des Trois Jours du Condor. Il y joue un romancier embauché par la CIA pour décrypter des romans contenant des messages secrets, jusqu'au jour où une de ses découvertes referme sur lui une machination mortelle. Laquelle est commanditée par... la CIA, pour protéger la politique étrangère américaine. 

Accrochez-vous à votre siège : dès les premières images, l'ennemi est partout, invisible, aux aguets. La traque a déjà commencé ! Juste après l'excellent thriller Yakusa avec Robert Mitchum, Sydney Pollack fait monter la tension d'un cran avec ce film d'espionnage à la sauce seventies. Musique funky de série policière, sexe décomplexé, plus tous les ingrédients du genre : suspense haletant, agents troubles, retournements de situation et séduction à la dure. En jouant sur le thème du complot en haut lieu, le film touche une corde sensible chez les Américains au milieu des années 70, quelque peu méfiants à l'égard des autorités depuis le Watergate. Dans le rôle du (beau) grain de sable qui grippe la machine, Robert Redford est l'homme à abattre. Certes, il n'est pas forcément crédible en rat de bibliothèque qui se transforme un peu vite en grand maître de l'espionnage. Mais on se gardera bien de le lui reprocher, histoire de ne pas se gâcher le plaisir de le voir manoeuvrer et démasquer les méchants. Des méchants qui, comme dans tout bon film d'espionnage, sont parfois difficiles à distinguer des gentils... Les trois jours du Condor fut nominé en 1975 pour l'Oscar du meilleur montage mais fut devancé par Les dents de la mer. Sydney Pollack se rattrapa dix ans plus tard avec Out of Africa, toujours avec Robert Redford, qui en rafla sept.
Présentation du film par la Chaîne ARTE (24 janvie 2010).

Le Baiser de la femme araignée

Mercredi 8 avril 2015, 20h
Le baiser de la femme araignée / Kiss of the Spider Woman
Hector Babenco (Brésil - 1984)
Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
En partenariat avec le 15è Festival " Vues d'en face "

« Ce film possède, du début à la fin, l'étoffe des grands chefs-d'oeuvres. C'est une toile de celluloïd. »
The New York Times.
« Hector Babenco a réalisé une oeuvre curieuse, intelligente, étonnante, déroutante, digne et poignante.» 
Excessif.com.

William Hurt: Oscar du Meilleur acteur
et Prix d'Interprétation masculine au Festival de Cannes 1985.

Le Baiser de la femme araignée est de la trempe de ces films cultes qui font partie de notre mémoire collective, de notre histoire, de notre identité, au même titre que des chefs-d’œuvre comme Théorème, Querelle ou Torch Song Trilogy.
Dans une prison d’un pays d’Amérique latine, Valentino, militant politique (Raoul Julia) et Molina, un homosexuel travesti (époustouflant William Hurt), deux personnages isolés dans leurs idéaux, vivant deux réalités différentes, sont enfermés dans la même cellule. Les longues heures de la journée sont rythmées par les cris des détenus passés sous la torture des gardiens. Pour fuir la peur et l’ennui, Molina s’évade par les songes et rêve de l’âge d’or du cinéma. Tous les jours, il raconte en détail à son codétenu l’histoire d’un film d’espionnage romantique de l’époque de l’UFA qui avait bercé son enfance. Molina se la joue Zarah Leander et semble s’identifier à l’héroïne de cette histoire d’amour, de trahison et de mort.
Molina n’est-il pas en train d’inventer cette histoire ? N’est-il pas en réalité en train de la vivre et de la construire ? Cette histoire de femme araignée n’est-elle pas tout simplement sa propre histoire ? Prisonniers de leurs conditions, de leurs désirs, en dépit des tentatives de manipulation des gardiens, le révolutionnaire marxiste et l’homosexuel efféminé vont apprendre à se connaître, s’apprivoiser, s’entraider, s’aimer. Mais tout cela n’est–il pas un jeu de dupes ? Chacun ne voit-il pas à travers l’autre le moyen de s’assurer la liberté ?
Film carcéral onirique et labyrinthique (on pense souvent à Brazil de Terry Gilliam ou à Birdy d’Allan Parker), mais aussi vrai film politique, théâtre de la tragédie humaine à l’ambiguïté vénéneuse, Le Baiser de la femme araignée tutoie plus d’une fois le sublime. Adapté brillamment par le Brésilien Hector Babenco du roman éponyme de l’Argentin Manuel Puig, spécialiste des techniques littéraires expérimentales, le film est présenté pour la première fois à Cannes dans la sélection officielle en 1985. William Hurt y obtient le prix de la meilleure interprétation masculine. Le film est revenu à Cannes en 2010 dans la sélection Cannes Classics, vingt-cinq ans tout juste après sa première présentation au Festival, dans une copie flambant neuve. Une reconnaissance méritée pour un film désormais classique.
Ivan Mitifiot, 5 février 2015.
[http://www.heteroclite.org/2015/02/le-baiser-de-la-femme-araignee-babenco/]

Titus

Mercredi 1er avril 2015, 20h
Titus [Charlie Cattrall (GB - 2013)]
Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Prix du public au Festival du Film Britanique de Dinard
Attention: ce film est inédit en salle

Titus, jazzman afro-américain, dépérit à Londres chez une amie, séparé de son amour, son saxophone alto. C'est alors que Jessica entre dans sa vie pour mettre, pendant un temps, ses démons en sommeil. Titus nous plonge dans une histoire poétique, la rédemption d'un homme n'ayant connu que l'enfer. Il modernise le couple "film noir et blanc et jazz" pour le plaisir des yeux et des oreilles.
Le jazz, forcément ! Derrière l'histoire dramatique du scénario, il y a une magnifique invitation à l'écoute musicale. Certaines scènes sont portées par la musique. Paradoxalement, l'on peut savourer certains moments du film les yeux fermés. Mais ce serait dommage au vu de subtilité des angles de vues choisis lors de la réalisation.

Note: Le film n'ayant pas encore eu de distribution en France, on peut lire une critique du film lors de sa programmation au Raindance Film Festival (GB), et une interview de Charlie Cattrall sur la genèse du film dans les fichiers téléchargeables ci-dessous.

 

Le Carrosse d'or

 

Mercredi 17 décembre 2014, 20h

 
" Trois aspects du Cinéma de Jean Renoir" (fin)
Le Carrosse d'or (Jean Renoir, France/Italie - 1953)
Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

« Cet écrin précieux a eu le rare bonheur d’enfermer les riches joyaux qui ont nom : 
Commedia dell’arte, Vivaldi, Magnani. Rien donc de théorique. 
Si un auteur peut se flatter de faire passer
dans la forme ce qui constitue 
d’habitude le fond de son propos,
c’est que celui-ci est en 
même temps le propos privilégié de l’art dans lequel il s’exerce. »
Eric Rohmer [in André Bazin, Jean Renoir [Ed. Champ Libre (1971)].

Le Carrosse d’or est le deuxième film en couleurs de Renoir après Le Fleuve (1951). C’est une étape particulière dans la filmographie du cinéaste après les dix ans de sa prolixe période étatsuniene (L’Étang tragique (1941), Vivre libre (1943), L’Homme du Sud (1945), Le Journal d’une femme de chambre (1946), La Femme sur la plage (1947), etc.). Avec Le Fleuve, Renoir a exploré le potentiel à la fois réaliste et onirique de la couleur, travaillant la picturalité des vêtements, des corps et des décors. On retrouve ces potentialités dans le drôle et flamboyant Carrosse d’or. Dans une histoire apparemment désuète, on retrouve toutes les obsessions habituelles de Renoir : l’hypocrisie sociale, la lutte des classes, la difficulté à exister en dehors de son milieu et de ses passions. Son héroïne, Camilla (Anna Magnani), n’est pas bien différente du bougon Maurice Legrand de La Chienne, qui préfère une vie vagabonde au confort bourgeois et aux préoccupations matérielles.

Jean Renoir sur Le Carrosse d’or
J’ai proposé de m’appuyer sur la commedia dell’arte et de faire de Magnani un personnage de commedia dell’arte. Cette proposition a été acceptée. J’ai donc commencé à étudier la commedia dell’arte et j’ai cherché une musique – c’est très commode d’avoir une musique qui vous aide, même à écrire un screen-play, ça vous met dans un certain état d’esprit – et à ce moment-là un nom a surgi, s’est imposé à mon esprit et immédiatement j’ai demandé à cet illustre personnage d’être mon collaborateur, j’ai nommé Vivaldi. D’ailleurs c’est très commode d’avoir comme collaborateur un personnage qui est mort depuis plusieurs centaines d’années parce qu’il ne proteste jamais, il est toujours de votre avis. Vivaldi a été très gentil. Alors, en me basant sur les rythmes de Vivaldi, j’ai essayé d’écrire un scénario – ce que j’ai fait avec la collaboration de plusieurs camarades.[…]
Jean Narboni, Janine Bazin et Claude Gauteur, Jean Renoir, entretiens et propos, Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma (2005), p. 343.

On peut voir la présentation du Carrosse d'or par Jean Renoir à l'adresse:
https:/
/www.youtube.com/watch?v=6iCzAdFf7s0

Ce programme est le dernier de l'année 2014
Toute l'équipe du CCC vous souhaite de Belles fêtes de fin d'année
et vous donne rendez-vous
le mercredi 7 janvier 2015 à 20 h
pour le premier film du cycle 
« A table! au Cinéma »

La grande bouffe / La grande abbuffata
 (Marco Ferreri, France/Italie - 1972)

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