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Le 16/05/2018 Les salauds dorment en paix

Mercredi 16 mai 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " Corruption " (3/4)

Les salauds dorment en paix
Akira KUROSAWA (Japon, 1960 - 151 mn)

Akira Kurosawa à propos de son œuvre cinématographique:
Avec mes films, j’ai cherché avant tout à comprendre mon pays et à le raconter à travers un instrument, le cinéma qui, parmi les moyens de communication et de connaissance dont nous disposons, est celui qui nous permet, dans les ombres qui prennent vie sur l’écran, de reconnaître nos espoirs, nos échecs et nos victoires, d’accentuer nos doutes et de réfléchir à la façon de transformer ces doutes en force pour la conquête du mieux par le moyen de la raison. J’ai toujours cru en la fonction du cinéma en tant que dénonciateur et témoin de la réalité, et en tant que support d’histoires dans lesquelles les enfants puissent connaître leur pères et en tirer un enseignement afin de se former un jugement dont l’Histoire serait la référence. Le cinéma est Histoire et en tant que tel il devrait devenir dans toutes les écoles du monde un complément indispensable de l’enseignement. "
J’ai voulu choisir un sujet valable et profitable à la société, au lieu de chercher seulement le succès commercial. J’en suis arrivé à traiter un sujet d’escroquerie. Parmi les “salauds” en ce monde, les gens qui se servent de l’escroquerie sont pires que les autres. Sous le couvert d’une organisation, ils commettent le mal à un point inimaginable pour les gens ordinaires."[Akira Kurosawa, Aldo Tassone. Paris : Flammarion, 1990 et Edilig, 1983. p. 143].]

Le cinéma d'Akira Kurosawa
Précise. Chaque mouvement de caméra, chaque déplacement d’acteur poursuivent un but. Rien, jamais, n’est laissé au hasard dans ce jeu de pistes à la noirceur insondable. Des bureaux d’entreprises aux ruines d’un Japon peinant à se remettre de la guerre, Kurosawa déroule un message qui pourrait presque paraître sarcastique s’il n’était pas d’un fatalisme glaçant. Avec férocité, le réalisateur semble nous assurer que tout cela est sans fin. Et que, oui, les salauds dormiront bien en paix, semant la mort et le désespoir sur leur passage. Même, Nishi, pose au final la question de la moralité de la vengeance. “ Il est difficile de haïr le mal sans pour autant se laisser posséder par lui”, dira-t-il. [leblogducinema.com]

Fichier téléchargeable: la fiche du film.

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Le 23/05/2018 La Corruption

Mercredi 23 mai 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " Corruption " (4/4)

La corruption / La corruzione
Mauro BOLOGNINI (Italie, 1963 - 82 mn)

Mauro Bolognini, la mélancolie à l’italienne
Lorsque l’on vous parle de cinéma italien, le nom de Mauro Bolognini n’est pas le premier qui vient en tête. On pense Antonioni, Fellini, Visconti, Pasolini... Mais ce serait une erreur de minimiser l’œuvre d’un cinéaste qui aura marqué de son empreinte une période du cinéma en Italie.
Pour cela, il convient d’abandonner tous les préjugés et les idées reçues qui ont accompagné la sortie des films de Mauro Bolognini dès les années soixante. Né du côté de la Toscane, à Pistoia en 1922, Il maestro a su faire évoluer son cinéma avec l’air du temps. Une carrière qui début d’abord avec des comédies, comme
Une fille formidable en 1953, film qui signe les débuts de la sublime Sophia Loren au cinéma. La collaboration scénaristique avec Pier Paolo Pasolini opère un chamboulement dans l’œuvre globale du cinéaste italien. D’abord, avec Marisa la civetta en 1957, jusqu’en 1961 où le fruit de leur travail accouchera notamment de Les Jeunes Maris (1958), magnifique film mélancolique sur l’évolution du temps sur la jeunesse italienne, Les Garçons (1959) ou encore Le Bel Antonio (1960), avec le duo Marcello Mastroianni et Claudia Cardinale. 
Architecte de formation, Mauro Bolognini est un cinéaste du mélodrame, cette forme spécifique du cinéma méditerranéen qui se nourrit des dysfonctionnements de la famille. Son propos est souvent pessimiste, éminemment nostalgique. Dès 1961, son émancipation se manifeste avec La viaccia dont le style fera la renommée du cinéaste. Il y raconte l’exil d’un jeune paysan à la ville et son amour impossible pour une prostituée. Mais, Bolognini est aussi un cinéaste engagé. La critique sociale orne une partie de sa longue filmographie. Elle est présente, notamment, dans Quand la chair succombe (1962) et en 1963, avec La Corruption qui décrit les manœuvres d’un père, riche industriel, pour empêcher son fils d’entrer dans les ordres.
[FESTIVAL CINÉMA MÉDITERRANÉEN, MONTPELLIER 21-29 OCTOBRE 2016]

 “ LA CORRUPTION est captivant, chaque plan mériterait d’être observé avec attention. Du grand cinéma !”
Bolognini propose une œuvre d’une grande beauté, à la réalisation extrêmement riche, précise et réfléchie. Rien n’est dû au hasard avec Bolognini. Chaque plan, chaque composition, chaque éclairage et chaque façon dont se succèdent les scènes, est réfléchie avec minutie. Car le réalisateur exprime les choses aussi bien par les dialogues et par son scénario, que par l’ensemble de sa réalisation, fondée en grande partie sur les regards. Des regards sur lesquels il insiste dès le générique, lors de la remise de diplôme de Stefano. Celui-ci observe déjà le monde avec incertitude. A son retour du lycée, il observera cette fois sa mère, internée dans un hôpital et obnubilée par son apparence. Après un échange de regards complices avec un employé de son père, il verra la vraie nature de celui-ci. [...]
Ainsi, même si le grand intérêt de La corruption ne réside pas vraiment dans son histoire, somme toute relativement prévisible, Bolognini parvient à offrir une vision dure mais personnelle du monde. Un monde cruel, vicieux et matériel, qu’incarne Leonardo. Un monde qui n’a plus de valeur, amoral et uniquement dans l’apparence, qu’incarne également Adriana. Enfin, un monde superficiel, formaté et régi par l’argent, qui ne laisse plus de place à l’honnêteté et à l’ouverture vers l’autre. En atteste, cette dernière séquence à la symbolique terrifiante, d’un groupe de gens qui dansent le Madison. De véritables robots réalisant les mêmes pas, dans le même rythme et qui n’échangent cette fois plus aucun regard (le Madison se dansant sans partenaire). On laisse alors Bolognini refermer brillamment son œuvre par un dernier symbole. Comme avec Le Bel Antonio, où Antonio restait face à lui-même devant son miroir, destiné à vivre avec son secret, La corruption se termine de manière tragique, Stefano en larme devant ce monde antipathique qui a eu raison de lui. Un film captivant jusqu’au bout, où chaque plan mériterait d’être observé avec attention. Du grand cinéma !
[Pierre Siclier (leblogducinema.com)]

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Le 30/05/2018 Les Galettes de Pont-Aven

Mercredi 30 mai 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle "#balancetonfilm " (1/3)

Les galettes de Pont-Aven
Joël SÉRIA (France, 1975 - 101 mn)

Les Galettes de Pont-Aven, définitivement cul...
Un rendez-vous avec le réalisateur Joël Séria, c'est un fantasme qui se réalise. Celui de tourner autour du plus beau culte du cinéma français. Les lois de la grammaire voudraient que l'on ajoutât "film" entre beau et culte, mais les règles ne sont plus de mise quand il s'agit d'évoquer Les Galettes de Pont-Aven,vaisseau amiral de la carrière de Séria, tornade libertaire de 1975, moins dévastatrice que Les Valseuses de Bertrand Blier sorti un an avant, mais inscrit au panthéon des longs-métrages inclassables, incomparables, inoxydables.  
C'est pourquoi ce trésor du patrimoine, où un représentant de commerce, amateur éclairé de postérieurs, abandonne femme et enfants pour devenir peintre sur les côtes du Finistère, sera la pièce maîtresse du Festival du film culte organisé à Trouville (Calvados) par Karl Zéro et dont le jury sera présidé par... Jean- Pierre Marielle, héros des Galettes de Pont-Aven! Ce n'est pas un hasard, non. "J'avais écrit le film pour lui, se souvient Joël Séria, 80 ans. Le texte le faisait saliver."
Plus de quarante ans après, les mots n'ont rien perdu de leur truculence ni de leur saveur. "Je me suis lâché, c'est vrai. Le producteur Jean Bolvary m'avait laissé carte blanche. Après Charlie et ses deux nénettes, mon film précédent, il m'a fixé rendez-vous dans un café et m'a demandé ce que j'avais en tête. Je lui ai dit penser à une histoire avec Marielle. Sans rien savoir d'autre, il m'a donné une liasse de billets et m'a incité à écrire."  
Le bon vieux temps... Mais les distributeurs n'en étaient pas moins frileux. "Tous ont refusé en lisant le scénario, raconte Joël Séria. L'un d'eux m'avait reçu uniquement pour me dire en face qu'il le trouvait 'd'une vulgarité abominable'." Tout cela parce que Marielle n'a de cesse de s'extasier, avec un langage fleuri régulièrement ponctué d'un "Oh, nom de dieu de bordel de merde!",sur les paires de fesses d'Andréa Ferréol ou de Jeanne Goupil, laquelle, peintre, est l'auteur de tous les tableaux du film... 
Des sentiments éternels qui traversent les époques
Le fait que Séria soit déjà passé sous les fourches caudines de la censure avec son premier long-métrage très anticlérical Mais ne nous délivrez pas du mal (1970) n'arrange rien. Les Galettes de Pont-Aven est moins sulfureux, mais son ton totalement décomplexé teinté de désespoir effraie les décideurs. "Heureusement, Jean-Paul Belmondo, ami de Marielle, a convaincu UGC de prendre le film", explique le metteur en scène.  
Grand bien leur en a pris, car Les Galettes de Pont-Aven dépasse le million d'entrées et reste le plus gros succès de Séria qui, ensuite, tournera Les Deux Crocodiles puis Mumu, loin d'avoir la même étoffe. "Si Les Galettes de Pont-Aven traverse les époques, c'est parce que le film ne s'inscrit pas dans l'air du temps. Il traite de sentiments éternels. Un homme amoureux dira toujours à sa femme que son cul est magnifique." Et il avoue le répéter à l'envi à son actrice Jeanne Goupil, avec qui il file encore le parfait amour. Les Galettes de Pont-Avenest finalement l'œuvre d'un grand romantique. 
[Christophe Carrière, L’Express, 16 juin 2016].

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Le 05/06/2018 La vallée des loups

Attention: séance exceptionnelle le MARDI

Mardi 5 juin 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

En présence du réalisateur

LA VALLÉE DES LOUPS

Jean-Michel BERTRAND (France - 2016, 90 mn)

Jean-Michel Bertrand:
Je suis né dans les Hautes-Alpes, dans une vallée très préservée, et j’ai toujours eu la passion du sauvage. J’ai quitté l’école à 16 ans pour filmer et photographier les animaux près de chez moi, mais les hasards de la vie m’ont fait réaliser des documentaires aux quatre coins du monde, en Mongolie, en Sibérie, en Chine ou encore en Irlande. C’était passionnant mais j’étais frustré à chaque fois que je partais en expédition. J’ai fini par tout arrêter, pour réaliser un film comme je l’entendais, Vertige d’une rencontre (sorti en 2010), dans ma vallée et sur un sujet qui me fascinait : les aigles. Je n’ai jamais été aussi mal financièrement mais aussi bien dans ma tête.
Une nuit, j’ai eu une révélation. Je me suis dit que les loups étant revenus en France depuis vingt-cinq ans, j’allais essayer de les trouver dans ma vallée, qui me paraissait ultrafavorable car immense, isolée et giboyeuse, située à 1 800 mètres d’altitude. Ce canidé, c’était le Graal pour moi, un être inaccessible, que j’associais au Grand Nord canadien, à la Mongolie. Certains l’avaient croisé, mais l’animal restait discret, très difficile d’accès. Je voulais absolument filmer le vrai loup, le loup sauvage. J’ai du mal à comprendre l’intérêt de raconter le sauvage en filmant des animaux apprivoisés. Il n’y a pas de poésie, pas de magie, pas d’émotion.
."
[Propos recueillis par Audrey Garric (Le Monde, 4 janvier 2017)].

La vallée des loups n'est pas un documentaire animalier comme on en produit et diffuse à la chaîne. C'est un vrai film de cinéma, avec un point de vue et des choix de mise en scène. Un documentaire peut aussi avoir ses personnages. La route du cinéaste est ponctuée de rencontres toutes plus insolites les unes que les autres : chouettes et chevaux deviennent ainsi ses compagnons d’aventure. Aidé de ces drôles d’acolytes, l’auteur trace ses itinéraires sur un simple carnet à dessin, et pointe des lieux pour bivouaquer d’une croix comme sur une carte au trésor. Jean-Michel Bertrand a la force d’un chasseur et la ruse d’un renard : pour être au plus près de l’animal, il faut en devenir un et marquer son territoire. Pas question pour Jean-Michel Bertrand d'opter pour la facilité et d'aller filmer des loups dans des parcs ou des réserves. Faire un film sur la liberté, cela ne se fait pas au détriment de l'honnêteté et d'une certaine éthique pour ce cinéaste qui se refusera à nous révéler le lieu où se trouve la tanière. Le film est brut et donne àvoir ces animaux et cette vallée le plus spontanément possible. Les paysages majestueux et simples à la fois prennent le relais sur les commentaires du réalisateur, eux même accompagnés de la subtile musique d'Armand Amar. [benshi.fr]

Demain, Mercredi 6 juin 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
Suite du cycle " #balancetonfilm " (2/3)
Calmos (Bertrand Blier, France, 1975 - 107 mn]

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Le 06/06/2018 Calmos

Mercredi 6 juin 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle "#balancetonfilm " (2/3)

Calmos
Bertrand BLIER (France, 1976 - 107 mn)

“Aujourd'hui, ce n'est pas qu'on ne peut plus être insolent, c'est qu'on ne veut plus.”
Pour moi, il n'y a plus de cinéma
(Bertrand Blier)

Misanthrope, irrévérencieux, férocement drôle : le réalisateur divise, encore et toujours. Mais ni le temps, ni les critiques n'altèrent son goût pour la provocation. Dans Le Bruit des glaçons, son dernier film, qui sort aujourd'hui, mots et conventions continuent de valser.
Dans la première pièce de Bertrand Blier, 
Les Côtelettes, Michel Bouquet s'introduisait chez Philippe Noiret avec cette réplique définitive : « Je viens pour vous faire chier. » C'est un peu la devise de Bertrand Blier, qui aligne, depuis cinquante ans, des films drôles ou tragiques qui ne plaisent pas à tout le monde. Parfois même à personne. Deux zozos qui sèment la terreur dans la France pompidolo-giscardienne (Les Valseuses). Un mec qui en séduit un autre pour finir avec lui sur le trottoir (Tenue de soirée). Un paumé grave essayant désespérément de faire sourire une femme qui se donne à des inconnus dans les trains (Notre histoire)... Le voilà sur deux fronts en cette rentrée. Au cinéma sort aujourd'hui Le Bruit des glaçons, la rencontre entre un écrivain alcoolique et son cancer. Au Théâtre Antoine, dès le 9 septembre, une bourgeoise accueillera chez elle une SDF dans Désolé pour la moquette...

Rencontre avec un cinéaste resté zen sous les compliments et les insultes...
[Propos recueillis par Pierre Murat, Télérama, 27 août 2010].
Dans votre deuxième film, Calmos, Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle rembarrent une femme. « Vous pourriez être polis », leur dit-elle. Et Marielle de répondre : « Polis. En quel honneur ? » N'est-ce pas là une définition de votre cinéma ?
C'est mon côté « noir ». Mon côté Cioran : à quoi ça sert d'être poli ? A quoi ça sert de se lever de bonne humeur ? N'empêche, Calmosest la grosse connerie de ma vie. Le scénario était bon, mais je n'avais, pour le tourner, ni le fric, ni les acteurs.
Ils étaient pourtant très bien, Marielle et Rochefort...
Très. Mais tout ça manquait de vigueur, de folie. C'était un film « kubrickien », vous savez, avec tout un univers à construire, sauf qu'on n'avait pas les moyens de Kubrick. Et que je n'avais pas son talent. Mais le talent, on s'en arrange. L'argent, jamais...
Il y a, pourtant, une scène formidable dans Calmos : le festin auquel participent votre père, Bernard Blier, en curé rubicond, et Pierre Bertin en chanoine...
Là encore... Je voulais Gabin pour le chanoine. Le rôle était court, mais j'avais un bon contact avec lui. Un matin, à 11 heures, il semble d'accord et me dit : « Envoie-moi ton producteur, mais pas avant 15 heures, que je puisse becqueter ». Et à 15 heures, il dit à Christian Fechner : « Vous savez, que vous m'ayez deux jours ou trois mois, c'est le même prix !». Vu ce qu'il demandait, Fechner est évidemment tombé par terre...
C'est Calmos qui a fait votre réputation de misogyne forcené...
Non, non, tout a commencé avec Les Valseuses, en 1974. On était en plein MLF et il y a eu des manifestations devant les cinémas. Des banderoles... La cinéaste Chantal Akerman allait de salle en salle en apostrophant les futurs spectateurs : « N'allez pas voir cette merde, c'est une insulte envers les femmes.» Et, dans Le Figaro – Le Figarode l'époque, le vrai, le pur, le dur –, le professeur Debray-Ritzen demandait carrément l'interdiction du film. C'était extravagant... Je m'en fichais un peu, moi, car j'avais reçu l'aval de Buñuel. Je le rencontre, un jour, par hasard, et il me dit : « Ah, la scène de l'autorail... avec la femme qui donne le sein... c'est très érotique !» J'étais inondé de bonheur. [...]

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Le 13/06/2018 Le Mari de la femme à barbe

Mercredi 13 juin 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle "#balancetonfilm " (3/3)

Le mari de la femme à barbe
Marco FERRERI (Italie, 1964 - 100 mn)

La fiction, imaginée par Ferreri et son collaborateur Rafael Azcona après la lecture de l’histoire de Julia Pastrana, une femme à barbe exhibée à travers le monde durant la seconde moitié du XIXème siècle, n’est qu’un prétexte pour raconter l’histoire d’une solitude et, plus largement, celle de l’homme parmi ses « semblables ». Plus que de la cruauté qui se manifeste différemment dans chacune des trois versions, le regard de Ferreri sur la réalité relève d’un profond nihilisme ou d’une forme de lucidité qui fait de lui un critique implacable des mœurs dites civilisées.
En tournant le film entre Naples et Paris, le cinéaste documente en effet la décadence progressive de la civilisation occidentale, victime d’obsessions ridicules et encourageant un individualisme absurde et forcené. Ainsi, un film consacré à une « bête » s’avère-t-il bien davantage un miroir tendu à une humanité parfois monstrueuse.

[Valeria Guazzelli - 30 novembre 2017 (cinematheque.fr)]

Marco FERRERI, un cinéaste visionnaire
C'est aussi un visionnaire, chez qui une appréhension naturaliste du monde débouche sur une forme de mythologie moderne. Si l'on doit relever des thèmes dans l'œuvre de Ferreri, ils sont forcément élémentaires et universels : l'homme, la femme, le couple, les enfants. C'est ainsi que ses films ressembleront de plus en plus à des fables, le cinéaste parvenant toujours à inscrire l'intemporalité et la poésie de son propos dans un contexte social et politique parfaitement défini. Touche pas à la femme blanche, par exemple, est un pamphlet anti-impérialiste et antiraciste qui reconstitue la bataille de Little Big Hornen plein trou des Halles, et se transforme ainsi en documentaire sur le Paris de cette époque. Car jamais aucun cinéaste n'aura été aussi préoccupé par la monstruosité du monde moderne. Le New York apocalyptique envahi par les rats de Rêve de singe,les usines et les grands ensembles de Créteil dans La Dernière femme, le centre commercial du Futur est femme sont autant de visions cauchemardesques de la déshumanisation du paysage urbain, souvent proches d'un fantastique quotidien. [...]
Résistance radicale à la société de consommation et à la consommation des images, les films de Ferreri enregistrent les modes de leur époque pour mieux les railler. Réfractaire à tous les courants de pensée, hostile aux intellectuels, Ferreri n'a pourtant jamais cessé de faire un cinéma politique. Mais comme chez les Straub, l'antifascisme de Ferreri passe directement dans les sujets de ses films, pas dans un discours signifiant.
[Olivier Père (Les Inrocks, 30 septembre 1998)]

Notre saison s'achève avec cette séance, et toute l'équipe du Ciné-club prépare activement la programmation de la prochaine saison.
Très bel été à tous. Nous pouvons déjà vous annoncer que la saison 2018-2019 débutera dans la bonne humeur, avec, au programme:

Mercredi 3 octobre 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle "loser " (1/3)

The Big Lebowski
Joel et Ethan COEN (États-Unis, 1998 - 117 mn)

Comme l'expliquait l'ethnologue Isabelle Rivoal dans les colonnes du HuffPost, le regain d'intérêt du loser ne date pas des frères Coen. "Le loser, c'est l'antithèse du golden boy des années 1980. Avec lui, l'image de l'homme hyper-individualiste qui réussit s'effondre complètement. Du coup, le loser s'indiffère au monde qui l'entoure".
Un personnage mythique créé par les frères Coen, incarne peut-être mieux que tout autre la lose du changement de siècle. Jeff Lebowski, plus connu sous le nom de The Dude (traduit en Duc dans la version française) et héros de The Big Lebowski.[…]
En partant d’un simple quiproquo basé sur l’homonyme, cette comédie un rien déjantée, carburant aux répliques cultes et avec une sacrée dose de second degré, fonctionne à plein régime. Pour cause, servi par un attachant premier rôle en la personne de Jeff Bridges, The big Lebowski se caractérise par le talent d’acteurs féroces - au service de savoureux dialogues - dirigés par les prodiges frères Coen. Ceux-ci s’en donnent à cœur joie. Avec une subtilité incomparable, ils embarquent leurs personnages atypiques dans des situations inextricables, absurdes mais tellement jubilatoires où le politiquement incorrect et le ridicule sont de mises. Deux ans après l’excellent Fargo, cette œuvre au caractère bien trempé est une agréable récidive aussi inoffensive qu’irrévérencieuse constituant la marque de fabrique des talentueux frangins : humour noir irrésistible, scénario en béton, mise en scène imparable, situations cocasses et personnage(s) attachant(s).
Cet hilarant et divertissant bijou du 7ème art est à classer, sans conteste, parmi les plus cultes du genre. Incontournable. [avoir-alire.com]

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Le 03/10/2018 The big Lebowski

Mercredi 3 octobre 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " Les Losers magnifiques " (1/3)

The Big Lebowski

Ethan & Joel COEN (États-Unis, 1998 - 117 mn)

" L’œuvre des Coen est au-delà d’une simple farce. Dans un monde rationalisé et
tourné vers la rentabilité, le Dude propose une forme de rébellion salvatrice.
 C’est un film post-idéologique : le Dude fait la révolution tout seul dans son coin.
 Mais il peut, si on l’imite, ébranler le système." 
(Olivier Maulin).

Mythologie
Comme l'expliquait l'ethnologue Isabelle Rivoal dans les colonnes du HuffPost, le regain d'intérêt du loser ne date pas des frères Coen. "Le loser, c'est l'antithèse du golden boy des années 1980. Avec lui, l'image de l'homme hyper-individualiste qui réussit s'effondre complètement. Du coup, le loser s'indiffère au monde qui l'entoure". L'émergence de figures telles que celle de Homer Simpson est symptomatique de cette époque. Mais un autre personnage mythique créé par les frères Coen, incarne peut-être mieux que tout autre la lose du changement de siècle. Jeff Lebowski, plus connu sont le nom de The Dude (traduit en Duc dans la version française) et héros de The Big Lebowski. [avoir-alire.com]

Comment « The Big Lebowski » est devenu un film culte
A sa sortie en 1998, le film des frères Coen, présidents du Festival de Cannes 2015, n’a pas fait grand bruit. C’est au fil des ans et des fans que cette ode à la non-performance s’est imposée comme un phénomène mondial.
« Ils n’ont ni notre bénédiction ni notre malédiction. » Placée en exergue de Je suis Lebowski, tu es Lebowski (éditions Séguier), un livre de fans, cette citation de Joel et Ethan Coen synthétise leur ambivalence à l’égard du culte suscité par The Big Lebowski, rediffusé en salles à l’occasion de leur présidence cannoise. Souvent galvaudé par la pop culture, le mot « culte » peut s’entendre ici dans son sens premier puisque le personnage de loser magnifique incarné à l’écran par Jeff Bridges, surnommé « The Dude » (le mec), a été canonisé en 2005 par le « dudeism », une religion potache mariant le Non-Agir (précepte tiré du taoïsme), déambulations en peignoir, et dégustation de cocktails (White Russians, of course). Délivrant ses ordinations à ses ouailles sur canapé par simple retour de mail, le dudeism (dudeism.com) revendique 220 000 prêtres en ce bas monde.
Sorti en 1998, The Big Lebowskimet en scène, sur une trame empruntée au Grand Sommeilde Raymond Chandler, les aventures picaresques du Dude, un personnage d’apparence minable sorti de sa routine (joint-cocktail-bowling) par un acte sacrilège : un malfrat, le confondant avec un homonyme, s’est permis d’uriner sur son tapis persan, celui « qui harmonisait la pièce ». Au box-office américain, cet antihéros en peignoir et tongs réussira modestement à s’installer à la sixième position dans le sillage du Titanic de James Cameron qui écrase alors la concurrence.
Un succès mitigé aux yeux du public comme de la critique. Même Jeff Bridges avoue sa relative déception en préface de Je suis un Lebowski, tu es un Lebowski. « On me demande souvent si je suis surpris par le retentissement qu’a eu The Big Lebowski ces dernières années. En général, on s’attend à ce que je réponde “oui”, mais ma réponse est toujours “non”. Ce qui me surprend, c’est qu’il n’ait pas aussi bien marché que ce à quoi je m’étais attendu. Il était extrêmement drôle et les frères Coen venaient de remporter l’Oscar pour Fargo. Je pensais que les gens allaient adorer. Pour vous dire la vérité, j’ai été un peu déçu.» [Julien Guintard, Le Monde, 7 mai 2015]

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Le 10/10/2018 Macadam Cowboy

Mercredi 10 octobre 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " Les Losers magnifiques " (2/3)

MACADAM COWBOY / MIDNIGHT COWBOY

John Schlesinger (États-Unis, 1969 - 110 min)

Macadam Cowboy et le Nouvel Hollywood
Courant majeur dans l'histoire du cinéma américain, le Nouvel Hollywood a marqué les années 70 et profondément renouvelé la manière de faire des films. La tendance est à la fin du héros américain ordinaire (Butch Cassidy et le Kid, Les Désaxés …); dans Macadam Cowboy, le cow-boy est un gigolo, qui vit dans un studio avec un tuberculeux. Les deux amis (interprétés par les stupéfiants Jon Voight et Dustin Hoffman) vivent dans des conditions indignes et sordides, mais John Schlesinger les filme toujours avec respect. Le nouveau héros l'est par ses qualités humaines et la façon dont il surmonte ses difficultés.

Le prostitué et le clochard
Il fallait beaucoup de tact, d'humour et de virtuosité pour rendre supportable cette histoire sordide. John Schlesinger a su éviter le pire sans pour autant édulcorer le roman de James Leo Herlihy, d'où est tiré ce Midnight Cowboy rebaptisé en français Macadam Cowboy.
Oui, il fallait de la part du réalisateur beaucoup de tact, d'humour et de virtuosité... Aussi souvent qu'il a pu, John Schlesinger a gommé la crudité des situations en faisant bifurquer son récit vers la comédie (les premières rencontres de son cow-boy sont plus cocasses que déplaisantes), en multipliant les gags et les notations satiriques et, surtout, en utilisant - avec habileté - les ressources d'un style dont l'élégance et la fantaisie nous distraient de la réalité immédiate. Il y a de l'illusionniste chez Schlesinger. Mais cet illusionniste n'est pas un tricheur. S'il jette de la poudre aux yeux, il n'escamote pas l'essentiel. Sa description de New York est impitoyable (sur un trottoir, cet homme affalé que personne ne regarde, cette crasse des bas quartiers et partout cette fange morale...), et c'est sans concession qu'il dépeint ses personnages, leur veulerie, leur abjection, la stupidité de Joe, le cynisme de Ratso. La désinvolture du ton n'exclut jamais ici la franchise et la sensibilité.
Les interprètes sont parfaitement dirigés. Jon Voight fait d'excellents débuts dans le rôle du cow-boy et la composition de Dustin Hoffman sous les traits du clochard souffreteux et boiteux confirme le talent de ce comédien révélé par le lauréat.
On peut souhaiter d'autres films sur d'autres sujets. Mais si, dans Macadam Cowboy, John Schlesinger remue beaucoup de boue, du moins, personnellement, garde-t-il les mains propres.
TROIS OSCAR EN 1970. [Jean de Baroncelli, Le Monde, 2 mai 2008]

Macadam Cowboy, une tragédie urbaine d'une poésie sans limite
Premier film américain d’un grand cinéaste anglais, classé X (strictement interdit aux moins de 17 ans) aux Etats-Unis lors de sa sortie en 1969, porté par les interprétations éblouissantes de John Voight et Dustin Hoffman, Macadam Cowboyest typiquement LE FILM impossible à produire dans le système hollywoodien actuel.
Du fait, Macadam Cowboy commence fort : le premier plan du film fait entendre une bande-son de western alors qu’un zoom arrière s’éloigne de l’écran de cinéma d’un drive-in. John Schlesinger annonce la couleur et semble dire: « Je vais vous sortir du mythe du Far West, du Western, du rêve américain ! Macadam Cowboy ne va pas vous caresser dans le sens du poil !»
Et c’est parti pour 1h53 d’un cinéma tant en avance sur son temps qu’il n’a quasi pas pris une ride (on ne s’habille plus vraiment comme cela aujourd’hui, mais on s’en fiche royalement).
L’une des grandes forces de Macadam Cowboy, c’est évidemment ses interprètes. On découvre à l’époque un jeune gars qui fera une belle carrière : Jon Voight. Le futur papa de Angelina Jolie n’a que quelques films à son actif lorsqu’il est préféré à des stars plus confirmées comme Warren Beatty; mais beaucoup trop identifiables par le public. Voight impose un mélange assez inédit de candeur, sex-appeal. Son personnage de Joe Buck amuse autant qu’il agace, attendri ou effraie.
Dustin Hoffman, quant à lui, est exceptionnel dans le rôle de Ratzo Rizzo: loser number one de la Grosse Pomme. Hoffman qui sort à peine de Le Lauréatde Mike Nichols est méconnaissable. On a quitté un gamin propre sur lui pour découvrir un homme aux aboies, habitant un taudis dégueulasse et vivant d’arnaques minables. Ratzo Rizzo est le rôle qui restera de Hoffman avec ceux de Little Big Manet Le Lauréat!
L’association des deux acteurs est explosive ! En un sens Macadam Cowboyest le plus grand Buddy Movie de l’histoire du cinéma américain.
Le film est une histoire d’amitié bouleversante, d’une noirceur qui se déroule tout au long du récit. Jusqu’à une fin désespérée – que nous ne dévoilerons pas – et qui rendra hystérique tout amateur de happy end! Aucun studio n’oserait produire un tel film aujourd’hui ! D’autant plus que Schlesinger (qui n’a jamais vraiment fait mystère de son homosexualité) y aborde la sexualité de manière crue, misérable, réaliste, sordide mais aussi joyeuse ou hilarante.
Dans Macadam Cowboyle sexe est homo, hétéro, gratuit ou tarifé. Schlesinger se permet même de montrer sous formes d’images mentales (et dans un noir et blanc crapoteux) le viol commis sur le personnage de Joe Buck. On imagine la tête des spectateurs lorsqu’ils ont découverts le film au moment de sa sortie ! Mais, une fois de plus, Macadam Cowboy est avant tout une histoire d’amitié, qui chavire le cœur et vous fait monter les larmes. Sans démagogie. Sans putasserie !
Macadam Cowboy recevra l’Oscar du meilleur film pour son producteur Jerome Hellman. John Schlesinger celui du meilleur réalisateur. L’Oscar de la meilleure adaptation sera décerné à Waldo Salt pour son travail sur le film.
Schlesinger – mort en 2003 – retrouvera Dustin Hoffman sept ans plus tard pour un autre futur classique du cinéma américain : Marathon Man (1976). Un seul mot résume Macadam Cowboy: CHEF-D’OEUVRE ! [Grégory Marouzé (toutelaculture.com)]

Attention
Samedi prochain, 13 octobre 2018

Soirée spéciale dans le cadre de notre évènement
NSK Rendez-vous Grenoble 2018

LIBERATION DAY
Ugis OLTE / Morten TRAAVIK (Letttonie / Norvège - 2016)
Ouverture de la buvette à 19h
Séance à 20h

 

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Le 17/10/2018 Le Pigeon

Mercredi 17 octobre 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " Les Losers magnifiques " (3/3)

Le pigeon / I soliti ignoti

Mario MONICELLI (Italie, 1958 - 102 min)

" La vie est une farce cruelle que seul le rire peut déjouer." (Mario Monicelli).

MARIO MONICELLI, MONSTRE SACRÉ DE LA COMÉDIE À L'ITALIENNE
Le triomphe du Pigeon (1958) apporte une célébrité internationale à Mario Monicelli scénariste et metteur en scène très actif dès les années 30 et qui avait déjà cosigné avec son camarade Steno de nombreuses comédies souvent interprétées par le génial Totò. Le titre original du Pigeon, que l’on pourrait traduire par « les éternels inconnus » ou « les habituels laissés-pour-compte » explicite l’héritage du néo-réalisme dans son souci de filmer la réalité des classes populaires et de la misère du pays, mais avec un cynisme et une férocité propres à la culture italienne et à l’humour romain. Les protagonistes du Pigeon sont des ratés, constamment frappés par la malchance, mais leur énergie et leur appétit de vivre leur permettent de surmonter humiliations et échecs à répétition. Le Pigeon est un pastiche assumé du Rififi pour les hommes de Jules Dassin, transposé dans le sous-prolétariat de Rome : la préparation minutieuse d’un cambriolage par une équipe disparate, assortie de péripéties et imprévus cocasses, puis sa réalisation marquée par un coup de théâtre absurde. Le film, extrêmement bien écrit et interprété, avec des situations et des dialogues irrésistibles a la particularité de réunir plusieurs générations d’acteurs formidables. Le vétéran Totò, prince de la comédie napolitaine, y donne la réplique aux jeunes Mastroianni et Gassman – au bagout extraordinaire – qui ne sont pas encore des stars mais qui vont le devenir bientôt, et réapparaîtront régulièrement dans des comédies. La belle Claudia Cardinale y fait sa deuxième apparition à l’écran, après Goha de Jacques Baratier tourné la même année dans sa Tunisie natale. Ce classique à l’immense popularité permettra à Monicelli d’enchaîner plusieurs chefs-d’œuvre du cinéma italien dans les années 60 et 70. Le succès du Pigeon engendrera une multitude de copies, remakes, imitations ou suites plus ou moins officielles, lançant la mode de la fameuse « comédie à l’italienne. » [Olivier Père (Mai 2014), arte.tv]

BRAQUEURS AMATEURS 
On célèbre aujourd’hui la reprise d’une comédie culte de la belle époque italienne. Un mets de choix à déguster sans modération avant la grande bouffée d’hilarité qu’apporteront deux décennies de comédie à l’italienne.
C’est une tendresse et une légère nostalgie pour l’Italie d’alors qui pointent le bout de son aile lorsque l’on revoit Le Pigeon. Sorte de Touchez pas au grisbi transalpin, le film met en scène une fricassée d’italiens à la petite semaine dont le but est de remporter le pactole en organisant un menu fric-frac. Malheureusement, en bons amateurs indécrottables, le gang bigarré doit faire face à des embûches conséquentes, des conseillers maladroits et un anti-professionnalisme constant. Le pigeon en question est d’abord ce remplaçant de fortune que les Mario, Michele et consorts cherchent à tout prix à recruter pour sauver des geôles le malheureux Cosimo, pris plus tôt la main (et la manche) dans le sac. Ce sera le boxeur Peppe qui passera par cette case tandis que Cosimo, lui, y restera. Une infortune crasse que la suite du film ne fera qu’infirmer et que les minables gangsters, dans leurs humbles manigances, appelleront aussi.
Le Pigeon pose les bases de la comédie italienne. Derrière sa toile de fond populaire où se rencontrent des personnages gouailleurs et bons vivants, il distille un mélange d’humour pittoresque et de théâtralité débonnaire. Si le genre repose essentiellement sur des gueules d’acteurs prêt à toutes sortes de cabotinage, le film de Monicelli se démarque par son casting de choix. Ainsi, l’on pourra savourer la tchatche de Vittorio Gassman, être une fois encore séduit par la beauté généreuse de Claudia Cardinale (ou de Mastroianni) et goûter à un large choix de répliques savoureusement lancées. Des superpositions de voix canailles lorsque l’on se chamaille, aux bons mots (« Tu pourrais crier doucement ? », « La vie est comme une longue fleur qui ne s’ouvre qu’une fois ») jusqu’aux piteux préparatifs d’un casse que Woody Allen exportera dans un sketch fameux (Prends l’oseille et tire-toi), Le Pigeon fonctionne tout du long. Même les cartons (ironiques à souhait) seront contaminés par la fièvre drolatique de l’entreprise. Enfin, la réitération d’un idéal de braquage (« Faire les choses scientifiquement ») opposé dans les faits à des ustensiles de bazar, instruit sur les mécanismes du rire tendre et moqueur de la comédie à l’italienne. Toujours alimentées par d’improbables perturbations (la scène de la clé) qui enrayent continuellement la machine, les situations du Pigeon ne font qu’enregistrer le cadre précaire de ces existences en marge pour ensuite les embellir en un rire noble et franc. [Romain Genissel (critikat.com)]

UN QUATUOR DÉCISIF
Le scénario fut écrit par Mario Monicelli, Suso Cecchi D’Amico, Age et Scarpelli. Cecchi D’Amico était directement issue du néoréalisme puisqu’elle avait travaillé avec Francesco Rosi, Michelangelo Antonioni et surtout Luchino Visconti dont elle restera la principale scénariste. Quant à Age et Scarpelli, ils avaient déjà souvent collaboré avec Monicelli pour ses films avec Totò. Ce tandem de scénaristes s’était formé au sein du journal satirique Marc’Aurelio où le premier (Agenore Incrossi de son vrai nom) écrivait des histoires comiques tandis que l’autre (Furio Scarpelli) faisait des caricatures.
Selon Jean A. Gili, Age et Scarpelli sont ceux qui ont définitivement opéré « la greffe du néoréalisme sur l’arbre de la comédie populaire ». Ils ont travaillé avec tous les grands réalisateurs de la comédie à l’italienne, et beaucoup d’historiens les considèrent comme les véritables cerveaux de ce courant. Leur ton très corrosif se caractérise par une connaissance profonde de la réalité sociale de leur pays (due notamment à leur expérience de journaliste) associée à un sens aigu de l’observation et à un humour féroce.

 

 

 

 

 

 

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Le 04/11/2018 Lost in Translation

Mercredi 7 novembre 2018 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " Au féminin " (1/3)

LOST IN TRANSLATION
(Sofia Coppola - USA - 2004 - 102 min)

La mise en scène de Sofia Coppola, tapissage sensoriel de lumière tamisée, de musique planante et de calfeutrage nocturne, restitue opportunément ce déphasage spatio-temporel des personnages qui les pousse irrésistiblement, entre attraction amoureuse et affinité amicale, à trouver en l'autre une planche de salut existentiel. (…)
Sans doute Sofia Coppola - depuis 
Brève rencontrede David Lean (1945) jusqu'à In the Mood for Lovede Wong Kar-waï (2000) - n'est-elle pas la première à tirer d'un amour impossible matière à d’aussi aléatoire poésie. Mais la drôlerie et l'élégance de sa mise en scène, cette touche singulière qui lui permet de suggérer un maximum de choses en un minimum de mots, sa prédilection pour un pastel esthétique qui relèverait de l'effet de mode si elle n'ouvrait sur un abîme de désarroi, tout cela fait de Sofia Coppola bien plus qu'une fille à papa - ce qui ne serait en l'occurrence pas si mal -, mais une cinéaste à part entière, c'est-à-dire quelqu'un qui sait faire corps avec son temps.
Jacques Mandelbaum [Le Monde, 6 janvier 2004]

L'ACCUEIL CRITIQUE EN FRANCE
Le film obtient un score de 4,45/5 sur la revue de presse d'Allociné. Florence Colombani, du Monde souligne « la drôlerie et l'élégance de la mise en scène » et le don qu'a Sofia Coppola de « suggérer un maximum de choses en un minimum de mots ». Emmanuel Burdeau, des Cahiers du cinéma, évoque « le meilleur cinéma, immobile et attentif, occupé à la tâche sans fin de son autotraduction ». Serge Kaganski, des Inrockuptibles, estime que c'est « une comédie romantique aussi subtile que mélancolique ». Jean-Pierre Coursodon, de Positif, évoque « un film très libre, et parfois désopilant, en même temps que secrètement nostalgique ». Pour Martine Landrot, de Télérama, c'est un film « radieux, retenu et remuant [qui] marque une date dans l'histoire personnelle de celui qui l'a vu » et bénéficiant de l'interprétation de « deux acteurs au jeu translucide et pénétrant ». Didier Peron, de Libération, met en avant la « légèreté de la forme » et la « profondeur de fond », une « étude en mode mineur d'un certain état de l'individu moderne déchiré entre les souffrances de l'ubiquité et les ravissements de la solitude ultime »
[https://fr.wikipedia.org/wiki/Lost_in_Translation]

SENSE OF TOUCH
Ne pas s’y tromper : avec ce second essai, Sofia Coppola nous laissait alors le soin de rêver, de flotter tout doucement dans l’éther du 7ème Art, sans jamais perdre cette sensation unique. Avec plein de questions qui continuent encore de toquer à notre esprit : l’âme du Japon moderne n’avait-elle jamais été aussi bien captée et retranscrite sur grand écran ? L’impression de naviguer dans une atmosphère de zénitude et de volupté n’avait-elle jamais atteint un tel zénith auparavant ? Bill Murray était-il devenu en l’espace d’un seul film l’acteur le plus éblouissant du monde ? Scarlett Johansson avait-elle enfin quitté son enveloppe de comédienne cantonnée aux seconds rôles ingrats pour irradier l’écran dans un mélange de douceur et de sensualité ? Sofia Coppola avait-elle touché à l’essence même de ce qui peut inconsciemment relier le spectateur à toutes les composantes d’une œuvre de cinéma ? Et de notre côté, avait-on enfin la sensation de tomber littéralement amoureux d’un film, au point de ne jamais vouloir s’en séparer ? Les réponses sont dans les questions.
[http://www.courte-focale.fr/cinema/analyses/lost-in-translation/]

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