Quand la jungle s'éveille

Jeudi 22 janvier 2015 - 20h - Salle Juliet Berto

Curucu, Beast of the Amazon
Film américain de 1956 - 76 mn
Réalisation : Curt Siodmak
Scénario : Curt Siodmak
Interprétation : Beverly Garland, John Bromfield, Harvey Chalk, Larri Thomas

L’aventurier Rock Dean et le Dr Andréa Romar recherchent des plantes médicinales en Amazonie. Or, les plantations sont désertes, les travailleurs ont fui, craignant d’être vicitmes d’une créature monstrueuse : Curucu.

Moins connu que son grand frère Robert, Curt Siodmak a pourtant près de quatre-vingt scénarios à son actif - principalement de séries B - de petits métrages aux titres alléchants tels que Frankenstein rencontre le loup-garou (R.W. Neill) à Sherlock Holmes et le collier de la mort de Terence Fisher en passant par le chef-d’oeuvre de Jacques Tourneur, Vaudou. A comparer, ses passages derrière la caméra sont rares, à peine une dizaine de films, et ses réalisations respecteront tous les clichés de la série B. Ainsi dans ce Curucuretrouvons-nous avec délectation un exotisme de pacotille, des jungles de studio, du kitschissisme et des stock-shots animaliers, sans oublier les stars John Bromfield et Beverly Garland, l'une des premières « scream-queen » du cinéma. Une vraie friandise pour cinéphile (ou pas).

En partenariat avec la Cinémathèque de Grenoble, copie issue de leurs collections

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Le retour de la créature du lagon

Jeudi 22 janvier 2015 - 22h - Salle Juliet Berto

Return of the Swamp Thing
Film américain de 1989 - 88 mn
Réalisation : Jim Wynorski
Scénario : Neil Cuthbert, Grant Morris, d’après les comics de Len Wein et Bernie Wrightson
Interprétation: Louis Jourdan, Heather Locklear, Dick Durok, Sarah Douglas, Ace Mask

Le Dr Arcane, qui a survécu à son affrontement avec la créature du marais, est toujours déterminé à devenir immortel. Pour cela, il est prêt à sacrifier sa belle-fille, Abby. Mais la créature veille...

Suite hautement improbable de la série B réalisée par Wes Craven en 1982, ce Retour de la créature est un cocktail savamment dosé de stupidité jouissive, de n’importe quoi miraculeux et de funk réjouissant. Des scène de dragues inoubliables entre l’homme «plant-aquatique» et une Heather Locklear manifestement droguée aux instants kitsch indescriptibles, cette créature du marais (ou du lagon en traduction française) offre son pesant de «what the fuck» à chaque seconde. On serait bien tenté de dire qu’il faut le voir pour y croire : vous ne le regretterez pas !

Attention ! Soyez à l’heure ! Avant de faire connaissance avec la «créature du marais», la belle Wanda de Lullabies vous présentera sa créature dans un show inoubliable !

En partenariat avec la Cinémathèque de Grenoble, copie issue de leurs collections

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Gorge Profonde

Vendredi 23 janvier 2015 - Minuit - Salle Juliet Berto

Deep Throat
Film américain de 1972 - 61 mn

Réalisation : Gerard Damiano
Scénario : 
Gerard Damiano
Interprétation : 
Linda Lovelace, Dolly Sharp, Harry Reems, Carol Connors

Linda a tout pour être heureuse. Une chose lui fait cependant souci : elle n'est jamais parvenue à l'orgasme. S'inquiétant de cet état de fait, elle se confie à son amie Helen qui l'oriente vers un médecin. Ce dernier va faire une étrange découverte.

1972, année pornographique. Une petite équipe tourne en six jours à Miami un film destiné au circuit clandestin; défiant les lois alors en vigueur sur l’obscénité, celui-ci va rapidement se retrouver à l’affiche des salles de cinéma, devenant ainsi l’un des plus gros succès d’audience du cinéma pornographique américain: le mythe Gorge profonde était né. Mais au-delà de sa réputation sulfureuse, l’œuvre de Damiano saisit aujourd’hui encore par sa modernité, son humour et son ton résolument féministe: car si l’intrigue, qui défie les lois de l’anatomie humaine, est un prétexte habile à la démonstration des talents de la troublante Linda Lovelace, le film n’en fait pas moins la part belle au plaisir féminin et à la quête de jouissance de son héroïne... Alors détendez-vous et embarquez pour une expérience charnelle et cinématographique délicieusement seventies; qui sait... peut-être entendrez-vous les cloches sonner !

Séance présentée par Eric Peretti

Interdit aux moins de 18 ans - classé X

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Yor le chasseur du futur

Samedi 24 janvier 2015 - 22h - Salle Juliet Berto

Soirée Grindhouse - Double programmation

Il mondo di Yor
Film italo-turc de 1983 - 88 mn

Réalisation : Antonio Margheriti
Scénario : Antonio Margheriti, Robert D. Bailey d’après Ray Collins et Juan Zanotto
Interprétation : 
Reb Brown, Corinne Cléry, John Steiner, Carole André

Yor est un fier guerrier de son époque - la préhistoire - qui désire découvrir son passé, savoir d’où il vient... et si c’était du futur ?

Ne vous y trompez pas: le nom d’Anthony M. Dawson sur lequel s’ouvre le générique cache bel et bien le nom d’Antonio Margheriti, auteur des grandioses Danse macabre et La Vierge de Nuremberg. Nulle trace de l’élégance habituelle de Margheriti ici avec cette improbable rencontre entre Les Maîtres de l’Univers et La Guerre du feu, qui parvient toutefois à tutoyer la grandeur de perles comme Conquest de Fulci, voire même2019, après la chute de New York de Martino: du très grand art pour fins gourmets. On aimerait réellement trouver les mots pour parler de la délicatesse de la performance de Reb Brown, des effets spéciaux bluffants, de la finesse d’un scénario tout en nuances et du charme particulier du doublage, mais on préfère vous laisser le bonheur de la découverte. Non, vraiment, de rien.

L’habituelle double-programmation «Grindhouse» qui clôture chaque Maudits Films met à l’honneur, cette année, les souvenirs d’enfance de toute une génération en réhabilitant ces héros souvent connus via la télévision alors qu’ils ont pris vie sur le grand écran.

Séances présentées par Eric Peretti

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Café Lumière

Mercredi 18 mars 2015, 20h
Café Lumière / Kôhi jikô
Hou Hsiao-hsien (Japon/Taïwan - 2004)
Salle Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Ce Café Lumière, beau comme un matin prometteur.”
Sylvain Coumoul [Cahiers du Cinéma, n° 596 (déc. 2004), p. 30-32].

Le tout compose une mélodie d’une telle douceur, d’un tel naturel ;
la ligne du film est si claire, si pure que le réel suscite un effet de
stupéfaction, voire de fascination.”
Jean-Christophe Ferrari, [Positif, n° 526 (déc. 2004), p. 6-7].

Hou Hsiao-hsien sur son film
« Le grand studio japonais Shochiku m'a proposé d’écrire et de réaliser un long métrage à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de Yasujirô Ozu. Jamais je n'aurais imaginé avoir un jour une telle chance. Je suis un réalisateur taïwanais. Même si je suis allé une vingtaine de fois au Japon au cours de ces vingt dernières années, je n'y habite pas. J’y suis un étranger. C’est donc instinctivement que je remarque les particularités du pays et de ses habitants. Dans mon observation de la vie japonaise, j’allais prendre un risque considérable : celui de passer à côté de la réalité. Or, je suis persuadé que la vérité du quotidien constitue la véritable base d'un film... Je craignais donc que ma perception du pays ne paraisse quelque peu superficielle. Mais finalement, c’est en termes très simples que je me suis interrogé : pourquoi tourner, moi, un film japonais ? Dans une langue que je ne comprends pas... Ma réponse fut plus simple encore : parce que j'en avais le désir. Et de tout mon cœur. »

Extraits de la critique de Vincent Ostria
L’Asie ! l’Asie ! l’Asie ! l’Asie !… C’est par cette exclamation mallarméenne qu’on pourrait célébrer le cinéma d’Extrême-Orient, fer de lance culturel du changement de polarité mondiale qui s’annonce. A l’est toute ! Radicalisme esthétique rime désormais avec Asie. Après l’amour en fuite de 2046, la maladie tropicale thaïe, la cyber-innocence d’Oshii, voici que Hou Hsiao-hsien construit un pont entre deux écoles asiatiques, entre deux îles, la sienne, Taiwan, et le Japon. Le prétexte officiel de Café Lumière est une commande de la Shochiku dans le cadre d’un hommage à Yasujiro Ozu, mort il y a quarante et un ans. Ce n’est certes pas un hasard si l’on s’est adressé à HHH. Voilà longtemps, nous avions décelé des airs de famille entre le cinéma de Hou et celui de Ozu. Dans ma critique de Un temps pour vivre, un temps pour mourir, je voyais l’influence d’Ozu dans cette tendance de HHH " à mettre les choses à plat, ce filmage frontal et ce goût du plan-séquence ". Je terminais mon article ainsi : " Il est clair que HHH n’a qu’un but, le plus ambitieux : faire entrer toute la vie dans un film." Réflexion à laquelle fait écho celle de Hou sur Ozu : " Il ne raconte pas de simples histoires familiales, son propos est plus ample. Ozu raconte le Japon tout entier…"[...]
Café Lumière donne à voir le réel avec une acuité aveuglante, tout en montrant une relative sérénité par rapport aux films précédents du cinéaste, dont le moteur était l’inquiétude. Trivialité de la vie de Yoko, cernée avec autant de maniaquerie que de poésie. On ne peut pas oublier un détail aussi gracieux que la manière dont elle drape son rideau au lieu de le tirer complètement. Mais on ne peut pas pour autant parler de vérisme. Sur ce plan, HHH est battu par une cinéaste coréenne, Gina Kim, dont le journal filmé a un sens de la banalité presque insoutenable. Avec Café Lumière, on voit simplement mieux. On voit le monde comme dans une loupe, plus profondément, plus intensément que dans n’importe quel autre film. Le plan récurrent d’immeubles et de voies superposées où se croisent différents trains ­un peu l’équivalent des plans de coupe paysagers chez Ozu ­possède une extraordinaire force expressive. C’est de l’hyperréalisme en 3D. Pour HHH, Café Lumière est sans doute une œuvre de transition, peut-être en raison même de cette limpidité extrême. Beaucoup de silences et de non-dits, certes, dans la famille de Yoko, mais pas de réelle zone d’ombre ni de manipulation. Le film décrit un entre-deux, un moment de latence chez les personnages. Yoko attend un enfant, elle ne sait pas encore ce qu’elle va faire. Repartir (à Taiwan) ou rester ? Son père remarié reste mutique ; son copain Hajime est un peu flasque. Hou Hsiao-hsien ne fait que passer au Japon, comme un usager des transports en commun. Et peut-on rêver d’un meilleur transport en commun au Japon que ce film, qui nous plonge dans la fascination du "vierge, du vivace et du bel aujourd’hui" ?
[Les Inrocks, 01 janvier 2004]

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The assassination of Richard Nixon

Mercredi 29 avril 2015, 20h
Théorie du complot ? (2)
The Assassination of Richard Nixon
[Niels Mueller (USA - 2004)]
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Certains films laissent une empreinte. Sorte de trace indélébile dans le coeur, marquant à tout jamais l'idée que l'on peut se faire du cinéma. "The Assassination of Richard Nixon" est de ceux là. Un film étrange, fascinant d'inquiètude, de mystère, à la fois cruel, sordide, sombre et mélancolique. Mais dans lequel subsiste un espoir. Celui d'un homme qui veut refaire la société. Un homme qui rêve d'un monde meilleur, sans mensonge, sans amertume. Cet homme, c'est Sam Bicke.
Rapidement, le film étonne. Il surprend par sa mise en scène, discrète, légère, doublée d'une grande douceur. Un rythme assez lent, et un calme apparent des plus inquiétants. Le film de Niels Mueller carresse le spectateur, d'une drôle d'impression. A mi chemin entre un drame psychologique, toujours en retenue, et un film plus direct, inspiré d'une histoire vraie. Mais là ou le film prend une tournure intéressante, c'est justement dans le parti pris formel du cinéaste, d'utiliser en permanence, une sorte de distance entre l'action et la pensée du personnage. Effectivement, Sam Bicke, est un homme troublé, et troublant. Vendeur à la gomme dans une boutique de meubles. Peu rassurant, peu sûr de lui, il éprouve des difficultés à renouer avec un passé plus glorieux. Sorte d'homme perdu dans un présent sans véritable avenir, il vit de son job et semble s'en satisfaire. Du moins, en apparence.
Le cinéaste parvient avec beaucoup de classe, et une grande sobriété, à installer un climat d'opression constante. Il vole au dessus de Sam Bicke, le doute. L'identité bafouée d'un homme qui rêve d'une autre vie. Va naître alors en lui, l'idée morbide qui changera sa vie à jamais. Tuer le mensonge, effacer l'homme à la toute puissance d'une société qui dérape. Le président Richard Nixon, alors plongé dans le scandale du Watergate.
Le cinéaste confond presque les époques, et il plane au dessus de sa première oeuvre, présentée en 2004 dans la section parallèle du festival de Cannes "Un certain regard", une étonnante sensation d'insécurité post-11 septembre. Comme une manière d'apporter de la modernité, à une forme de classicisme.
Le jeu tout en nuance de Sean Penn, apporte sans doute, sa pierre à l'édifice. Magnifique de naturel, de classe, de subtilité. L'acteur déroule son jeu sans en faire de trop. Toujours en parfaite osmose avec la ligne directrice d'un metteur en scène prometteur.
Le film s'inscrit dans un genre particulier. A la croisée d'un cinéma indépendant américain, plein de promesse, recherchant l'audace et la créativité, et d'un cinéma grand public, tourné de manière à toucher, interpeller le spectateur, d'une manière plus subtile et réfléchie que la plupart des oeuvres dites de "genre". En somme, un cinéma commercial intellectuel. Une histoire vraie sans mélo, qui n'esquisse ni larmes forcées, ni émotion perverse. Toujours juste, sobre et simpliste, "The Assassination of Richard Nixon" marque le retour du cinéma public, à l'échelle du microcosme. Ni voyeuriste, ni extravagant.
C'est surtout, une remarquable ascension vers la folie. Une lente chute aux enfers, provoquée par la quotidienneté d'une vie. Société du mensonge, dirigée par les hautes instances. Des hommes de paroles, plus que de terrain, qui balayent d'un coup de main, l'opinion publique.
A base de discours télévisés, de débats, de meeting, les politiques attaquent la réflexion. Ils privent le citoyen de sa liberté de penser, ou d'agir comme il lui semble. Le regard de la société est détourné, noyé dans les paroles et les promesses d'une vie meilleure. Sam Bicke, derrière son visage marqué par l'incertitude, a compris depuis longtemps déjà, l'enjeu de sa démarche. De sa propre réflexion personnelle. Mettre fin à l'image de la politique sécurisante, pour montrer la face cachée des mensonges.
Dans son dernier quart d'heure, le film se réveille d'une étonnante façon. Après l'apparente décontraction du personnage, arrive le moment de mettre à execution, son plan morbide. Et la retenue du film, pendant plus d'une heure, laisse place à la sauvagerie. Non moins psychologique, que réellement physique, on y voit l'homme incertain, pris d'une étonnante certitude. Une grande confiance, sourire aux lèvres, dernier rampart de son chemin de traverse. Dernière étape de sa réflexion.
La folie de Bicke, ressemble à celle incarnée il y'a plusieurs années par De Niro dans "Taxi Driver". La ressemblance est quasi frappante. Le cinéaste lui, en revanche ne ressemble en rien à Scorsese. Plus contemplatif, son film n'a d'action que dix minutes. Le reste n'est que le parcours observateur d'un monde plus intelligent que la société elle même.
Lente descente aux enfers, chemin psychologique emprunté par un homme, défendant une cause qui lui semble juste. "The Assassination of Richard Nixon" est en fait l'inverse de son titre. C'est l'assassinat psychologique d'un homme qui rêve de mourir en effaçant le mensonge d'une société en plein déclin. Ce n'est pas la mort de l'homme qui lui semble primordiale, mais celle de la tourmente, et de l'aveuglement collectif.
Un film distancié, habile, juste.
[http://actee.canalblog.com/archives/2007/04/29/4775572.html

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Chat Noir, Chat Blanc

Mercredi 3 juin 2015, 20h
Regards vers l'Est (3)
Chat noir, chat blanc / Cma macka, beli macorhe
[Emir Kusturica (Yougoslavie, France, etc. - 2004)]
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

" On aime bien Emir, on en ferait bien son pote. Il est assez rock'n roll sans se la jouer,
il a le sens de la fête, du partage. Cool sans être dandy. "

Une tempête, un ouragan, que dis-je, un tourbillon !
Chat noir, chat blanc est une comédie délirante qui vous donnera envie de vivre.
Alors qu’il vient de recevoir la Palme d’or au festival de Cannes en 1995 pour Underground, Emir Kusturica se retrouve au coeur d’une polémique initiée par l’intellectuel Alain Finkielkraut qui l’accuse de propagande pro-serbe à travers un article incendiaire [Alain Finkielkraut, Le Monde, 2 juin 1995]. Blessé par ces propos ridicules, le cinéaste annonce qu’il arrête définitivement le cinéma. Tandis que son pays se déchire dans une guerre civile sanglante, Kusturica est au plus bas. En dépit d’un état plutôt dépressif, il opte pour un radical retour aux sources et revient à ses premières amours : l’écriture d’un scénario sur les gitans. Retrouvant son compère Gordan Mihic, déjà auteur du Temps des gitans, l’ogre yougoslave reprend la plupart des thèmes présents dans son chef d’oeuvre de 1988 en les tournant cette fois-ci en dérision. Comme pour conjurer le sort s’acharnant sur lui, il signe alors son film le plus ouvertement optimiste, un délire visuel sans précédent qui lui vaut le Lion d’argent au festival de Venise.
Virgile Dumez [http://www.avoir-alire.com/chat-noir-chat-blanc]

Dualité et antagonisme
Comme le titre l’indique, Chat noir, chat blanc s’articule autour du thème de la dualité et de l’antagonisme. Le chat noir symbolise le malheur, le mal tandis que le chat blanc représente la pureté, le bien. Ce sont ces deux animaux métaphoriques qui rythment l’histoire. Ils invitent à percevoir le film comme un croisement continuel de doubles et de duels. Tout y passe. Des relations familiales (pères-fils, grands-pères-petits-fils, frères-sœurs…) aux relations amoureuses (Zare-Ida, Grga-Afrodita… le chat noir et le chat blanc !) en passant par les relations d’antagonisme (Mitko et Dadan) qui aboutissent à de l’amitié, à l’image de celle des deux grands-pères. Kusturica décrit le chaos avec insistance pour mieux recourir à l’harmonie au final (explicitement soulignée par la formule « Happy End » qui s’inscrit sur l’ultime plan.).
Et si, dans son histoire faussement naïve, personne ne meurt jamais vraiment bien longtemps (bien que la mort soit « éternelle alors peu importe quand elle commence » comme l’ironise Dadan), l’œuvre de Kusturica, derrière sa façade idéaliste, est éminemment politique. Décrire la guerre pour mieux recréer la paix, voilà qui nous rappelle que fin 90, dans la vraie vie rien n’est moins impossible que la paix dans les Balkans par exemple… Alors profitons encore un peu de cette chimère où la fausse mort côtoie la vie, ou le mal se fond avec le bien et où les géants épousent des naines !
Laurence Gramard [http://www.iletaitunefoislecinema.com/critique/1390/chat-noir-chat-blanc].
[On peut lire l'intégraité de l'article de Laurence Gramard dans le fichier téléchargeable ci-dessous].

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La Main du Diable

Mercredi 20 janvier 2016 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
En partenariat avec le 8è Festival des Maudits Films

La Main du diable 
Maurice Tourneur (France - 1943)

Maurice Tourneur et Jean-Paul Le Chanois modernisent la nouvelle de Gérard de Nerval en conservant sa vénéneuse poésie. Plusieurs récits se répondent, comme des instruments de musique au service d'une étrange mélodie. Le sortilège opère grâce à une fertile recherche esthétique : ombres géantes, collages, tableaux hallucinés... Le pire se déroule toujours hors champ. Même le démon qui tourmente Roland Brissot a les allures drolatiques et modestes d'un fonctionnaire vêtu de noir. Mais ce qui passe, le temps d'une seconde, dans son oeil rusé, est bien plus inquiétant que tous les Grand-Guignol. Pierre Fresnay, « damné » tour à tour goguenard, naïf, ambigu ou terrifié, est, comme toujours, extraordinaire."
Cécile Mury [Télérama6 juin 2009].

Le mythe de Faust pendant l'occupation
Réalisé en 1943 en pleine occupation allemande, La main du diable est produit par la Continental Films, une société de production française contrôlée par les occupants allemands. Le film est une adaptation de la nouvelle La main enchantée de Gérard De Nerval (1832). Le film évoque sans concession le mythe de Faust. En effet, Roland signe un contrat avec le diable. Il lui vend son âme en échange de la main qui lui permettra de réussir tout ce qu'il souhaite. On ne peut pas oublier que le film a été tourné pendant l'occupation. C'est pour cette raison que le pacte avec le diable apparaît comme l'équivalent du pacte entre certains français et l'Allemagne Nazie. On pense alors au gouvernement de Vichy, qui était un gouvernement de collaboration. Cette hypothèse est renforcée par le fait que l'avant- dernier propriétaire de la main soit d'origine italienne et que l'Italie était un allié de l'Allemagne Nazie. On peut voir dans le film un combat entre le Bien et le Mal que l'on peut étendre, étant donné la période, à la résistance et au nazisme. En effet, Ange le serveur du restaurant tente de dissuader Roland d'acheter le talisman. Grâce à son nom biblique, on comprend qu'il est du côté du Bien et qu'il tente d'aider Roland contre le diable.
Erin [http://www.odysseeducinema.fr/film.php?id=346]

La Main du diable : un film fantastique
Le caractère fantastique de La Main du diable est évident. Basée sur le mythe de Faust, dont les origines prennent source dans un conte populaire allemand du XVIème siècle, l’histoire raconte comment un artiste vend son âme au Diable pour connaître la gloire. C’est dans ce mythe que repose tout le caractère fantastique du film et non dans la représentation satanique qu’il en donne. Dans un article consacré au film, Franck Lafon – spécialiste du cinéma fantastique – évoque cette représentation de la peur dans la mise en scène de Maurice Tourneur. Il écrit notamment : "Tourneur manages to instill a sense of fear by emphasising the concrete consequences of the Faustian pact rather than the supernatural powers of the Devil." Il est vrai que si le film effraie une partie du public, c’est uniquement par identification au héros. Le pacte scellé par Roland Brissot (le héros) avec le Diable est le moteur de l’intrigue et de l’angoisse du spectateur. Plus le drame progresse, plus le destin de notre héros semble inéluctable et tragique. A l’instar de son fils (Jacques Tourneur), le cinéaste ne fait que suggérer la peur. La scène ou Roland Brissot se rend chez une femme pour se faire lire les lignes de sa main est représentative de ce parti pris artistique. Lorsqu’elle regarde sa paume, la caméra cadre ses yeux pris de panique puis son mouvement de recul. Ce n’est pas la main qui fait peur mais le sentiment de panique qu’elle provoque chez ce personnage ! Il faut toutefois noter qu’une scène représente l’horreur de façon équivoque: lorsque le restaurateur vend le coffre à Roland Brissot, il lui montre son contenu. Un plan pendant lequel on voit la main coupée se mettre à bouger. Mais ce plan quelque peu farfelu et qui suscita l’effroi dans certaines salles de cinéma n’a pas été filmé par Tourneur. C’est Jean Devaivre qui en est l’auteur et, pour l’anecdote, c’est sa propre main que l’on voit dans le coffre !
François-Olivier Lefèvre [DVDclassik (http://www.dvdclassik.com/critique/la-main-du-diable-tourneur)].

Tourneur père et fils
[...] Il est intéressant de constater que Maurice Tourneur, le réalisateur, est le père de Jacques Tourneur. Ce dernier va, à la même période, enchaîner plusieurs films pour la RKO, sous la houlette de Val Lewton, dans lesquels l’élément «Fantastique» se montre plutôt ambigu. On pense bien évidemment à LA FELINE, VAUDOU ou encore L’HOMME LEOPARD. L’utilisation d’éclairages ou de décors expressionnistes rapproche d’autant LA MAIN DU DIABLE des films précédemment cités. Néanmoins, il faut rappeler que lors de la création de ces films, les deux cinéastes parents sont séparés par la Seconde Guerre Mondiale. Jacques Tourneur est resté aux Etats-Unis alors que Maurice Tourneur est, à ce moment là, en France depuis son retour d’Hollywood quelques années auparavant. Le tournage de LA MAIN DU DIABLE se fait donc dans le contexte de la France occupée par les troupes allemandes. Plus surprenant, le métrage est produit par une société de production financée par l’Allemagne en vue de produire des métrages ne portant aucun message pernicieux contre l’occupant voire de propagande (ce qui ne sera pas vraiment le cas). La maison de production Continental Films produira d’ailleurs d’autres perles du cinéma français comme LE CORBEAU, LES INCONNUS DANS LA MAISON ou L’ASSASSIN HABITE AU 21.
Antoine Rigaud [http://www.devildead.com/indexfilm.php3?langage=1&section=0&FilmID=2152]

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Back soon

Mercredi 15 juin 2016 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)
Cycle " Rions ensemble " (3/3)
Back Soon / Skrapp ut
Solverg Anspach (Islande/France - 2008)

Envie de dépaysement et de fraîcheur en ce début d’été ?
Laissez-vous emporter par cette comédie délirante pleine de charme en terre islandaise.
A Reykjavik, une mère de famille, Anna Halgrimsdottir, décide d’offrir à ses deux fils adolescents une nouvelle vie au soleil, loin du froid islandais. Poétesse à ses heures mais surtout dealeuse de marijuana, pour accomplir son rêve elle conclut un marché avec l’acheteur potentiel de « son affaire » : son téléphone portable et le carnet d’adresses qu’il contient contre une belle somme d’argent.
Pendant les 48 h nécessaires à l’acheteur pour réunir l’argent, Anna va vivre des aventures rocambolesques à la recherche de son téléphone… avalé par une oie (ces choses-là arrivent en Islande !) alors que chez elle s’agglutinent ses clients, individus marginaux et pittoresques venus de tous les horizons.
A travers les portraits de personnages loufoques plongés dans des situations cocasses, la réalisatrice franco-islandaise décrit avec tendresse et amusement les travers d’une société marginale, généreuse et spontanée, accro à l’alcool et au cannabis.
Tourné dans les paysages rugueux d’Islande, la réussite du film doit beaucoup à l’actrice fétiche de Solveig Anspach, Didda Jonsdottir, figure de la femme islandaise ardente et libre, au look juvénile, véritable poétesse dans son pays.
Découvrez vite ce « feel-good movie », fantaisie nordique décalée, ainsi que d’autres films tout aussi étonnants de Solveig Anspach à travers le coup de projecteur que la Médiathèque départementale [du Loiret, 01 juin 2015] lui a consacré.

Solverg Anspach sur son film

"Avec Back Soon, je voulais surtout tourner avec des gens dont j'avais envie, tout simplement. Pas avec des acteurs qu'on m'impose. Mon producteur islandais m'a tout de suite dit que j'avais deux options : soit tourner le film en américain, avec des acteurs américains, ce qui pouvait permettre au film de s'installer plus facilement sur le marché ; soit m'obstiner à le faire en islandais avec des acteurs islandais inconnus. Or, pour moi, il était évident que ce film ne pouvait se faire qu'en Islande et en islandais. J'ai quelque chose de viscéral avec ce pays. C'est fort, beau et violent, tellement c'est écrasant. Du coup, les gens sont comme ça aussi. Ils sont déchaînés, excessifs, maniaco-dépressifs. Il y a énormément d'alcoolisme et de suicides en Islande. Les Islandais parlent peu, ils écrivent, ils chantent, sont dans l'action, ils plongent comme s'ils plongeaient dans la mer. Il y a quelque chose de très impulsif chez eux, et ça, ça me ressemble." 

[Festival premiers plans d’Angers, 22-31 janvier 2016]. 

MORT DE LA CINÉASTE SOLVEIG ANSPACH [Clément Ghys, Libération, 9 août 2015]
La Franco-Islandaise, auteure de «Haut les cœurs» et de «Lulu, femme nue», a succombé à une récidive du cancer à 54 ans.
La réalisatrice Solveig Anspach est morte vendredi 7 août dans la Drôme. Elle avait 54 ans. La cause de son décès est une récidive du cancer dont elle souffrait depuis des années, dont elle s’était un temps remise, et qui avait refait surface.
Cette même maladie, Solveig Anspach en avait fait le sujet de sa première fiction, Haut les cœurs !. Dans le film, Karin Viard est Emma, jeune femme qui apprend quasiment en même temps sa grossesse et sa maladie. Le film, sorti en 1999, fut un succès public, d’autant qu’il consacrait définitivement son excellente interprète dans le cinéma français, et qu’il révélait une cinéaste habituée aux documentaires.
Solveig Anspach était née le 8 décembre 1960 en Islande, d’une mère islandaise et d’un père autrichien qui avait fui le nazisme. Les parents se sont rencontrés à Paris, et c’est en France que la jeune femme fera ses études, intégrant la Femis. A sa sortie de l’école de cinéma, elle consacre un docu Vestmannaeyjar aux îles Vestmann où elle est née, ou encore au conflit en Bosnie.
Suite à Haut les cœurs !, Solveig Anspach a tracé une filmographie dont la discrétion fut toute relative, et contrée par un respect réel de la critique. Ainsi de Back Soon (2007) avec Didda Jónsdóttir, qui se déroulait dans son île d’origine et de sa suite Queen of Montreuil (2013), avec Florence Loiret-Caille. Elle filme, pour France 3, les années de bagne de Louise Michel, avec Sylvie Testud dans le rôle de la révolutionnaire. A côté de ses œuvres de fiction, le documentaire était toujours là, comme une voie parallèle.
En janvier 2014, elle retrouvait Karin Viard pour Lulu femme nue, touchant portrait d’une mère au foyer mal dans ses baskets qui fait tout pour changer de vie. Le film attira 500 000 spectateurs en salles. En 2016 sortira son dernier film, l’Effet aquatique, dernier volet de la trilogie comique entamée avec Back Soon, avec Didda Jónsdóttir, Florence Loiret-Caille et Samir Guesmi.
Testud, Loiret-Caille, Viard… Solveig Anspach savait choisir ses actrices, les traitait avec délicatesse, comme des prolongements d’elle-même. A Cannes, en 1999, elle confiait d’ailleurs à Libé : «L’important, c’est la relation aux gens qu’on filme, que ce soit du documentaire ou de la fiction.»

Notre prochain rendez-vous: Mercredi 22 juin prochain
En partenariat avec l'association " Les Rêv'Ailleurs " avec
Ghost in the shell / Kôkaku Kidôtai
(Mamoru Oshii, Japon - 1995)

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Le 17/01/2017 Le Retour des Morts-Vivants

Mardi 17 janvier 2017 à 20h
Cinéma Juliet Berto
Place Saint-André, Grenoble

Le Ciné-club de Grenoble aime et soutient le
9è Festival des Maudits Films

Le Retour des morts-vivants
The Return of the Living Dead

Dan O'Bannon (États-Unis - 1985)

Deux employés d'un entrpôt de fournitures médicales libèrent accidentellement un gaz toxique d'un conteneur militaire stocké dans la cave depuis la fin des années 60 et cencé ramener les morts à la vie.

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Radio Campus Grenoble

13-03-2015 Hits:6820 Partenaires Christophe

Radio Campus Grenoble Bâtiment EVE 701 avenue centrale – Domaine universitaire 38400 Saint Martin d’Hères cedex Tél :04 56 52 85 20

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Ville de Grenoble

12-12-2014 Hits:7425 Partenaires Christophe

Hôtel de Ville de Grenoble 11, boulevard Jean Pain CS 91066 38021 Grenoble Cedex 1 Tél. 04 76 76 36 36 Fax 04 76 76 39 40

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