Le 29/11/2017 La Servante

Le 29/11/2017 La Servante

Mercredi 29 novembre 2017 à 20h
Cinéma Juliet-Berto (Place Saint-André, Grenoble)

Cycle " Femmes d'Asie " (2/3)

La servante / Hanyoe

Kim Ki-young (Corée du Sud 1960 - 102 mn)

Le film est à l'Asie ce que Psychose est à l'Occident : la pierre fondatrice du cinéma d'épouvante.»

En voyant La Servante, qui ressort le 15 août en France, on se rend compte qu’on n’est plus très souvent choqué au cinéma. Il faut un film coréen vieux de plus d’un demi-siècle pour sortir de l’accoutumance à la violence, à la trahison, à la débauche qui s’est emparée du spectateur. La Servante a été tourné en 1960, est sorti en 1961, pendant la seule année de liberté d’expression que la Corée du Sud ait connue entre sa fondation en 1948 et les élections libres de 1987.
La nécessité d’exprimer tout ce qui avait été refoulé pendant la guerre et la dictature explique sans doute en partie l’incroyable violence du film. Celle-ci tient aussi au caractère provocateur de son réalisateur, Kim Ki-young, oublié pendant une décennie avant de devenir, au tournant du siècle, la figure tutélaire du nouveau cinéma coréen, juste avant sa mort dans l’incendie de sa maison, en 1998.
Les raisons importent finalement moins que le résultat. La Servante, c’est cent dix minutes de concentré de désir destructeur, de haine de classe, de perversité, une image saisissante d’une société ravagée par la violence. Sans vouloir se risquer à la psychanalyse de toute une nation, les séquelles de la guerre ne sont pas étrangères au climat délétère qui règne de bout en bout.[...]
Un mélange de grâce et de voyeurisme
L’irruption de cette créature étrange, fantasque, primitive, détruit en quelques semaines l’harmonie du foyer en un crescendo de transgressions qui ira jusqu’à l’horreur. Il ne faut pas se leurrer, La Servante relève en partie de ce genre, l’horreur, suscitant un plaisir pervers né du spectacle du dérèglement violent de la norme sociale et morale.
C’est aussi, et surtout, un film d’une immense beauté formelle. L’aisance avec laquelle Kim Ki-young installe son histoire dans une société qui plonge dans la modernité (les séquences à l’intérieur du chaebol, où les ouvrières compensent la contrainte par le libertinage) laisse bientôt la place au huis clos familial, dans lequel la caméra s’insinue avec un mélange proprement terrifiant de grâce et de voyeurisme. [...]
En 1997, une première rétrospective de son œuvre est organisée au Festival de Busan, et l’année suivante, la Berlinale lui rend hommage. En 2006, c’est la Cinémathèque française qui lui consacre une rétrospective.
Ce retour en grâce a pour promoteurs les jeunes cinéastes coréens, au premier rang desquels Im Sang-soo. Celui-ci réalise en 2010 un remake de La Servante, The Housemaid, présenté en compétition au Festival de Cannes. La comparaison entre l’original de Kim Ki-young et le film d’Im Sang-soo est passionnante. Si la trame du récit reste la même – l’irruption d’une créature étrangère dans une famille –, le milieu dépeint n’est plus la petite bourgeoisie mais le monde des très riches. Là où le père de famille de 1962 tapait laborieusement sur un piano droit pour gagner sa vie, le jeune et beau patriarche de 2010 joue en virtuose sur un instrument à queue. Manque cependant à cette variation la vigueur féroce de l’original. 
[Thomas Sotinel, Le Monde, 14 août 2012]

 

Dernière modification lejeudi, 26 octobre 2017 11:12
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